Montagne, qui es tu?

 

Romain Mouton | 13 septembre 2017

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Tempête sur les cabanes de Deurali, Sanctuaire des Annapurnas, Népal

Une montagne, c’est un amas de caillasses sortant du sol. Voilà pour la définition romantique. Caractérisée par sa proéminence (on la remarque dans le paysage) et son altitude, ce n’est rien de plus d’un point de vue géologique. Vous pouvez dès à présent fermer votre navigateur.

 

Et pourtant, à l’échelle mondiale, force est de constater une certaine diversité : les montagnes du Massif Central sont bien différentes de celles de l’Himalaya. Mais cette définition un peu simpliste permet d’écrire qu’un quart de la population mondiale vit sur des pentes et des hauts plateaux. Une répartition logique quand on sait que ces mêmes montagnes occupent un quart de la surface émergée.

 

Avec autant de monde privé des joies de la plage et des bikinis, la montagne a forcément eu un impact fort sur les esprits. A la fois dangereuse, puissante et romantique, elle ne laisse pas le quidam indifférent. En tout cas, elle ne devrait pas !

Actrice de la biodiversité

La montagne se dissocie du paysage grâce à son altitude, clé de sa biodiversité. L’augmentation de l’altitude vient modifier les températures et de taux d’humidité, ainsi que les types de sol. Les pentes de ces cathédrales de pierre offrent au grimpeur la possibilité de rencontrer plusieurs écosystèmes bien différents, et pourtant si peu distants. Rien que sur l’ascension du Kilimandjaro, le sentier débute dans une jungle tropicale difficilement pénétrable pour terminer au milieu de la roche et de la glace.

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Sur les premières pentes du Kilimandjaro

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même Kilimandjaro mais un peu plus haut

Des chaînes de montagne s’entrecroisant créent également des hautes vallées, isolées de leurs voisines de plus basses altitudes. Une faune et une flore peuvent alors s’y développer en vase clos, permettant l’émergence de nombreuses espèces endémiques.

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fleur endémique aux pentes du Kilimandjaro

Ces écosystèmes ont pu émerger grâce aux montagnes, bien que ça soit leur climat difficile et les conditions de vie délicates qui ont poussés ces espèces à s’adapter. Mais ces mêmes montagnes jouent aujourd’hui un rôle de protection, limitant les contacts possibles avec nous autres les humains. Les Rocheuses canadiennes offrent notamment de vastes étendues sauvages, refuges pour les grands carnivores de la région. Un autre exemple de cet effet d’écrin de protection sont les montagnes Virunga, à la frontière entre le Rwanda, la République Démocratique du Congo et l’Ouganda. C’est ici que vivent les derniers gorilles de montagnes de la planète.

Présente dans nos quotidiens

Cette diversité des biotopes a également été  une formidable source de diversité culturelle et communautaire pour l’humanité. Prenez l’exemple de la Nouvelle-Guinée. La population vivant sur cette île (au passage, la troisième plus grand île du monde) parle plus de 1050 langues différentes. Et sur ce nombre déjà affolant, 700 d’entre elles sont originaires des hauts plateaux, alors qu’ils n’occupent que 30% de son territoire.

 

La différence géographique joue également sur les différentes stratégies d’acclimatations. Les Sherpas de l’Himalaya se sont adaptés différemment à l’altitude que les Quechuas dans les Andes ou les Afar en Ethiopie. Et tout ce petit monde nous la colle quand il s’agit de faire la course au-delà de 3000 mètres d’altitude…

 

Et même si vous habitez dans la Beauce et que le paysage est dans le genre chiant, pardon, plat, il est probable que les sommets lointains aient un impact dans vos quotidiens. A commencer par l’eau que vous buvez : presque la globalité des cours d’eaux majeurs voit leurs sources en altitude, où les pentes abruptes récoltent la neige et la glace, et où les vallées transportent l’eau. La Loire prend par exemple sa source sur les pentes du Mont Gerbier-de-Jonc, en Ardèche. Au final, c’est plus de la moitié de la population mondiale qui dépend directement de cet approvisionnement en eau. Pas mal pour juste un quart de la surface émergée.

 

Mais les montagnes ont eu un impact également dans nos assiettes. Ce sont sur les hauts plateaux andins que furent domestiqués les pommes de terre et le maïs, sans oublier le blé qui aurait son origine sur les pentes du volcan Karaca Dag en Turquie. Et encore je ne vous parle pas du quinoa et du tef…

 

Si l’eau et la bouffe, ce n’est pas importante pour vous, sachez également que votre smartphone doit beaucoup aux régions montagneuses. Les mouvements de la croûte terrestre ayant permis l’émergence de ces nombreux pics ont également permis la concentration de minerais, exploiter aujourd’hui dans de gigantesques mines. Rien qu’au Chili, le cuivre et le lithium sont récoltés directement depuis les Andes. Et pour conclure, même lorsque vous rechargez votre appareil, il est probable qu’une partie du jus vient des torrents et rivières d’altitude. De ces torrents, l’homme produit de l’électricité, et pas qu’un peu : près de 20% de la production mondiale !

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Les torrents de montagne, ça badine pas sur le débit, comme ici au Népal

Et quel avenir?

Mais bien qu’elle nous ait donné beaucoup dans le passé, la montagne d’aujourd’hui est majoritairement vu comme un formidable terrain d’aventures. Et ce n’est pas nous qui allons dire le contraire !

 

Le tourisme est l’industrie mondiale ayant la plus forte croissance sur ces dernières années. Alors certes, tout le monde ne part pas en vacances à Courchevel, mais nous pouvons aisément observer l’impact que le tourisme a sur la vie locale. Véritable force économique, nos tartiflettes à la fin d’une bonne journée de ski (ou la tarte aux myrtilles l’été) ont permis et permettent un développement local important, alors que ces régions ont été pendant longtemps des zones en retard. Aujourd’hui, les zones touristiques sont mieux connectées au monde, et disposent d’infrastructures améliorant la qualité de vie des locaux.

 

Il ne faudra pas néanmoins oublier le revers de la médaille : ce tourisme vient perturber les modes de vie traditionnelles et sérieusement remettre en cause l’équilibre avec la nature. Bien que la montagne paraisse telle une force sauvage et naturelle, elle n’en reste pas moins un environnement fragile. Un afflux massif de personnes vient la déformer, la dompter petit à petit : érosions, nouvelles infrastructures humaines, pollutions sont autant de dangers pour sa préservation. Et bien sûr, il y a le couperet du changement climatique. Le dernier glissement de terrain en Suisse ayant déplacé près de 4 millions de mètres cubes serait dû au dégel du permafrost, suite aux canicules successives. Sans oublier la fonte des glaciers…

 

 

L’humanité a su tirer profit de la montagne, pour boire, manger, se développer, se distraire. Il serait peut-être temps que nous lui renvoyons l’ascenseur, et la meilleure manière de le faire et de s’instruire et d’informer. Dans la suite de cette série « La montagne de A à Z », on verra plus en détails ces différents points. Alors soyez patient !

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