Montagne de A à Z, épisode 2: Histoire de la géologie.

 

Romain Mouton | 4 janvier 2018

montagne, article, série, savoir, comprendre, quoi, qui, comment, randonnée, blog, trek, voyage, geologie

Aucun rapport avec l'Histoire de la géologie mais ça reste beau

La géologie est une des sciences permettant de comprendre comment s’est formé notre bonne vieille planète, et notamment son paysage. Comme sur les cartes postales, il y a beaucoup de paysages de montagnes, je me suis dit que de faire son petit historique serait intéressant pour cette série. Je vous l’accorde, la transition est assez hasardeuse. Mais vous allez voir, c’est assez cocasse !

 

Un rapide coup d’œil sur une mappemonde et vous apercevrez que les montagnes sont à peu près partout. Elles poussent comme de la mauvaise herbe, sauf que ça prends un peu plus de temps... Trois quarts des pays du monde disposent de reliefs que l’on pourrait qualifier de montagnes, répartis sur tous les continents, et même, sous tous les océans.

 

Bien évidemment avec une telle abondance, les hommes se sont posé la question de leur origine. Avec les connaissances de leur temps. Et justement, parce qu’on parle de temps, commençons par lui.

Religions et blasphémateurs

Quoi de plus intemporel et immuable qu’une montagne ? Et pourtant, jusqu'à peu, les religions donnaient un âge plutôt jeune à notre planète. Beaucoup d’intellectuels d’alors pensaient que les paysages avaient été façonnés tels quels, par un Dieu profitant d’une promo chez Leroy Merlin. Et comme c’était de la bonne came, ces paysages n’ont pas bougé depuis et ne bougeraient pas dans le futur…

 

Parmi ces intellectuels, il y en a eu qui ont essayé de calculer l’âge de la terre. Dans un groupe, il y en a toujours un qui veut faire son intéressant… Le plus célèbre est certainement James Ussher, un archevêque irlandais d’Armagh. Au milieu du 16e siècle, Ussher a estimé que la date de création de la Terre était le 23 octobre, 4004 ans avant JC. Il a même poussé jusqu’à nous donner une heure : 9h00 (fuseau côte ouest américain). Oui, Dieu n’aime pas se lever trop tôt avant une journée de boulot. On peut en rire aujourd’hui avec nos connaissances actuelles, mais cette date est tout de même restée imprimée jusqu’au début du 19e.

montagne, article, série, savoir, comprendre, quoi, qui, comment, randonnée, blog, trek, voyage, geologie

James Ussher, avec un mal de gorge. Crédits Wikipédia.

Dans l’imaginaire chrétien de l’époque, la Terre était donc vieille de 6000 ans, et sa surface n’avait pas bougé depuis. Les reliefs étaient issus de la première semaine de boulot ayant permis la création de la planète. Les textes bibliques indiquent même que les montagnes sont apparues le troisième jour. Le même jour où les pôles ont été congelés et les tropiques passés aux micro-ondes… J’aime les religions.

 

Le premier ouvrage a imaginé un processus de formation différent s’appelle « The Sacred Theory of the Earth », de Thomas Burnet, publié en 1681.  Chaperon pour des ados aristocrates dans ce qui s’appelaient alors « The Grand Tour », Burnet s’est appuyé sur ces observations pour rédiger un livre détonant à l’époque. Mais revenons-en d’abord à ce grand tour.

 

Le Grand Tour était au 17e siècle la première forme de tourisme moderne. Véritable rite de passage, la jeunesse des élites de l’époque terminait son éducation par un voyage à travers l’Europe, afin de pouvoir observer les architectures continentales, et d’en savoir un peu plus sur l’histoire et la culture des peuples européens. Sans oublier les cours de géo en fin de journée. Ce tour impliquait notamment de traverser les Alpes pour se rendre en Italie, et c’est lors de ses nombreuses traversées que Burnet s’est intéressé aux montagnes.

 

Il fut notamment intrigué par l’omniprésence de pierriers et de débris rocheux au moment de passer les nombreux cols de la traversée. Le chaos présent tout autour mettait mal à l’aise notre aventurier anglais, car si la Terre avait été faite telle quelle, pourquoi autant de débris ? Dieu avait-il repoussé les finitions aux calendes grecs ?

 

Burnet a donc senti que la théorie chrétienne de l’époque était bancale. Surtout que d’après ses calculs, le compte n’y était pas en eau pour avoir un grand déluge. L’anglais a donc imaginé un processus de création différend : la Terre était à ses débuts telle un œuf. La coquille, ou surface de la Terre était lisse et uniforme mais l’action du soleil a fracturé la surface, laissant le soin au blanc, ou eau, de pouvoir sortir et inonder la surface. Une fois le déluge passé, l’eau est retournée à sa place, laissant la surface en bordel. Dieu ne serait donc pas responsable de la création des montagnes. Autant vous dire qu’à l’époque, sa théorie a été reçue froidement…

montagne, article, série, savoir, comprendre, quoi, qui, comment, randonnée, blog, trek, voyage, geologie

Thomas Burnet... Crédits Wikipédia.

L'apparition des géologues

Mais le mal était fait, les scientifiques de l’époque pouvaient dès lors imaginés un passé à nos montagnes. Burnett n’avait néanmoins pas remis en cause le calcul de Ussher, et il a fallu attendre le milieu du 18e pour avoir une estimation de l’âge de notre planète. Georges Buffon, un spécialiste français de l’histoire naturel, estimait alors un âge de 75 000 ans, se couvrant d’une erreur en indiquant qu’il était conservateur dans ses calculs. Il faut dire que l’ambiance ne poussait pas au zèle, et pour éviter d’être un blasphémateur, Buffon a imaginé que les sept jours de la création n’étaient pas des jours normaux, mais plutôt des périodes d’une longueur infinie. Les géologues pouvaient dorénavant travailler sans être crucifiés, brûlés ou jetés aux poneys.

 

Une fois Dieu mit de côté, plusieurs théories ont émergé au 19e siècle pour expliquer comment le relief terrestre a bien pu se former. Deux théories se tiraient alors la bourre pour être l’élue.

 

La première école était celle dont les scientifiques pensaient que le paysage est le résultat de l’enchaînement de catastrophes naturelles, telles que des vagues géantes, des tsunamis, des tremblements de terre… et puis je vous mets un peu d’éruptions volcaniques en cadeau. Ça ne vous surprendra pas que cette école fût appelée l’école catastrophiste, remplie de géologues optimistes et pleins de joie de vivre.

 

La seconde école, celle des uniformistes, était déjà plus sereine sur les forces mises en jeu lors de la création du relief. D’accords avec le fait que les catastrophes naturelles peuvent modeler les paysages, les géologues de cette école pensaient qu’elles ne le pouvaient que localement. Le relief serait plutôt le résultat d’un processus très lent d’érosion. Les montagnes ne seraient alors plus immuables, mais modifiées à une vitesse suffisant lente pour qu’elles nous paraissent immobiles à l’échelle d’une vie humaine. Les fossiles marins retrouvaient aux sommets ne seraient pas déposés après une gigantesque inondation, mais le résultat d’une élévation du fond marin jusqu’à former une montagne.

montagne, article, série, savoir, comprendre, quoi, qui, comment, randonnée, blog, trek, voyage, geologie

George Buffon. Crédits Wikipédia.

Victoire des uniformistes

Il est évident au lecteur attentif que la théorie actuelle est bien issue de celle des uniformistes. L’éducation des masses a pu commencer durant le 19e siècle, notamment grâce au livre « The Principles of Geology » de l’écossais Charles Lyell. Il y écrit notamment qu’il n’y aurait pas besoin d’instruments spécifiques pour étudier l’histoire de la Terre, mais simplement de bons yeux et une connaissance minimale des principes de l’école uniformiste. Ceci a inspiré bon nombre de jeunes scientifiques de l’époque, dont un certain Charles Darwin. Alors âgé de 22 ans et en plein tour du monde sponsorisé par la reine d’Angleterre, il arriva à Valparaiso, sur la côte chilienne. S’enfonçant dans les terres jusqu’au niveau du Cerro La Campana, il nota dans son journal que la vue au sommet lui révéla la puissance de la nature pour avoir su faire élever les Andes, et admira le temps nécessaire à ce que on appelle aujourd’hui la tectonique des plaques pour avoir fait du bon boulot.

 

 

Bref, depuis le temps, nos connaissances ont quand même bien avancé et nous avons aujourd’hui une vision plus précise du processus de formations des montagnes que de celle de l’œuf avec son blanc qui déborde. Rendez-vous au troisième épisode pour s’en assurer !

Cet article vous a plu? Inscrivez à ma newsletter pour être averti de l'actu du site. Un mail par moi, aucun spam.

Copyright © 2018 Romain MOUTON

La pratique de la randonnée, du trekking et du trail, tous comme les autres sports nature comporte des risques inhérents à ces activités. Lemondeenrando.com vous recommande de les exercer avec la plus grande précaution, et en fonction de vos capacités. Les informations fournies sur le site ne sauront en aucun cas, engager la responsabilité de leurs auteurs. Lemondeenrando.com décline toute responsabilité en cas d’accident, et ne saurait être tenu responsable de quelque manière que ce soit.

En cliquant sur 'OK', vous acceptez l'utilisation des cookies. Voir nos mentions légales. OK