Comment bien s’acclimater à l’altitude

Romain Mouton | mis à jour le 11 mai 2017

Je vais être honnête, moi à la base, je suis juste ingénieur poids lourds, et la médecine, ça me passe bien au-dessus. Je vais donc vous faire part ici de mon expérience. L’altitude maximale à laquelle je suis monté, n’est pour le moment que de 6145 mètres, mais j’ai pas mal de 5000 à mon actif. Néanmoins, pour une vision plus complète des effets de l’altitude sur le corps humain, je vous invite à aller faire un tour sur le site de l’IFREMONT, spécialiste français du domaine.

 

Respirer nous est tellement naturel que nous n'en avons pas conscience dans notre quotidien. Aller en haute montagne, c’est déjà se rendre compte que oui, nous respirons. Et cette prise de conscience soudaine passe souvent par une gêne à respirer et par une perte de nos capacités physiques. Suivant l’altitude à laquelle vous vivez et travaillez, ces gênes vont apparaître plus ou moins haut, mais on peut dire qu’à partir de 2500 mètres, il y a des chances que ça ne soit plus la grande forme. Mais comment ça se fait ?

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Sommet de Sairecabur, 5 970 mètres, Atacama, Chili. Où quand les idées ne sont plus très claires...

Encore un coup de pression

Tout se passe du côté de la pression atmosphérique, qui diminue avec l’altitude de manière exponentielle. Lorsque l’on respire, de l’oxygène passe des poumons dans le sang, et du dioxyde de carbone passe du sang aux poumons. La quantité transférée à chaque cycle respiratoire dépend de la différence de pression partielle en oxygène (ça claque écrit comme ça) entre l’oxygène contenu dans les poumons et celui contenu dans le sang. Manque de bol pour nous, la pression de l’oxygène contenue dans les poumons est liée à la pression de l’oxygène dans l’atmosphère. S’il y a juste une chose à retenir, c’est celle-là: la réduction de la pression atmosphérique réduit la pression de l’oxygène dans l’air, et donc dans les poumons. La différence de pression en oxygène entre poumons et sang devient plus faible, réduisant alors le passage de l’oxygène des poumons au sang. Bref, plus on gagne en altitude, et moins l’oxygène passe facilement dans le sang.

 

Si vous ne voulez pas vous emmerder avec ces histoires de pression, on peut faire le parallèle avec la quantité d’oxygène. A chaque goulée d’air, vous aurez moins de molécules d’oxygène dans les poumons, et donc dans le sang. Moins d’oxygène, c’est moins de carburant pour les muscles et le cerveau, et donc des performances réduites. Le système nerveux en prend lui aussi un coup, et comme c’est le réseau de communications interne, c’est toutes les fonctions du corps qui sont impactées.

 

Au final, cette chute de pression, au-delà d’augmenter le temps de cuisson des pâtes en montagne (l’eau bout à une température moindre) va avoir des effets néfastes sur votre corps.

La chance d’avoir un super corps

Heureusement, la nature est bien foutue, et notre corps peut faire face à cette réduction de pression en oxygène. Un peu de bio est nécessaire avant de voir comment. Oui, moi aussi je déteste la bio…

 

Une fois que l’oxygène se dissout dans le sang, celui-ci va voyager dans notre corps pour alimenter nos muscles et organes. Il dispose de deux moyens de transport : le plasma (partie liquide du sang) et ces petites choses qu’on appelle hémoglobines. L’oxygène étant transporté à 97 pourcents par les hémoglobines, on peut dire que c’est une véritable histoire d’amour entre les deux. Le taux d’hémoglobine (le pourcentage de remplissage d’hémoglobines en oxygène) est même proche de 100 pourcents au niveau de la mer.

 

Alors, si je reprends, on remplit les poumons, l’oxygène se dissout dans les poumons et est consommé par les muscles. Oui, on est au niveau basique de la bio.

 

Pour faire face à la réduction de pression en oxygène dans le sang, le corps va procéder à des ajustements. Le premier effet quasi immédiat est l’accélération de la respiration. Cette hyperventilation est un bon moyen d'apporter un maximum d’oxygène dans les poumons. Le second ajustement est d’augmenter le nombre de transporteurs, c’est-à-dire le nombre d’hémoglobines. On comprendra que ce processus prend un peu plus de temps avant d’être efficace. Enfin, dernier ajustement, le corps va faire en sorte que l’hémoglobine puisse larguer l’oxygène plus facilement en augmentant la taille des tuyaux internes. Cette opération prend également un peu de temps.

 

L’ensemble de ce processus d’ajustements est ce que l’on appelle couramment l’acclimatation.

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Bien s'acclimater, c'est savoir rien glander. Sur les pentes du Kilimandjaro, 4 500 mètres

L’acclimatation à l’altitude

S’acclimater est en principe super simple, il suffit de laisser le temps au corps de procéder aux ajustements nécessaires.

 

Les règles de bases pour bien s’acclimater sont de ne pas dépasser plus de 1 000 mètres entre deux nuits, voire mieux, 500 mètres. Pour accélérer l’acclimatation, il est conseillé de grimper dans la journée à une altitude supérieure à celle du prochain campement, pour stresser le corps et lui dire de se manier. Afin d’aider votre corps dans ce processus, il est également recommandé de boire beaucoup. De l’eau de préférence. Sans pastis bien sûr. Fumer fait également parti des mauvaises idées.

 

L’altitude n’est pas dangereuse en soi pour peu que l’on sache écouter son corps. Si vous ne parlez pas le même langage, on peut toujours utilisé un appareil pour mesurer la saturation en oxygène dans le sang. Vous vous rappelez? C'était une histoire d'hémoglobines. Ici au Chili, on considère qu'en dessous de 80 pourcents mesurés au petit matin, c'est pas terrible terrible...

 

La principale difficulté est de s’avouer défaillant, surtout si vous faîtes parti d’un groupe. On n’ose pas dans ce cas-là vouloir faire capoter une expédition, mais c’est de notre santé que l’on parle. N’hésitez pas à communiquer, et si vous le sentez pas, ne montez pas plus. Le mieux pour éviter ce genre de désagrément est de prévoir large en jours d’ascensions, avec un ou plusieurs jours de repos pour pouvoir récupérer ou laisser le corps le temps de s’adapter.

 

Attention également aux soi-disant spécialistes de la montagne. On ne connait jamais l’expérience de la personne qui vous parle, mais généralement, un vrai spécialiste fera preuve de prudence plutôt que de vous pousser à continuer à grimper. Ecoutez le  s’il vous dit de descendre. S’il vous dit de continuer à monter, prenez le temps de la réflexion…

 

Enfin, le truc chiant avec l’altitude, c’est que le corps se déshabitue une fois revenu en plaine. Ce n’est pas parce que vous avez déjà été en altitude, et que vous n’avez pas été malade, que vous êtes immunisé à vie. Ça serait trop beau. Après un mois en plaine, vous pouvez considérer que l’acclimatation sera à refaire. Mais une fois en plaine, vous pouvez préparer votre corps en le stressant : le plus simple consiste à faire du fractionner et de se mettre dans le rouge, obligeant ainsi votre corps à fonctionner en déficit d’oxygène. De toute façon, c’est bon pour tout le monde de faire du fractionner. Même si ce ne sont pas des moments très agréables, je vous l’accorde…

Le mal aigu des montagnes

Une mauvaise acclimatation peut amener à être sujet au mal aigu des montagnes, ou MAM en patois montagnard. Passé 2500 mètres, les symptômes du MAM peuvent apparaître : maux de tête, nausées et vomissements, perte d’appétit, insomnie, moins envie de faire pipi et fatigue extrême. Ces symptômes vous informent que l’acclimatation n’est pas terminée et que le corps a besoin de plus de temps avant de pouvoir gagner en altitude. Pour les faire disparaître, rien de plus simple, il suffit de perdre de l’altitude. 500 mètres en moins, et vous êtes déjà un(e) autre homme (femme). Sachez qu’en moyenne, plus de la moitié des alpinistes et trekkeurs sont touchés par le MAM durant les premiers jours, à un niveau plus ou moins important.

 

Les conséquences du MAM ne sont pas très joyeuses. Il s’agit essentiellement d’œdèmes, qui peuvent apparaître principalement aux poumons et au cerveau. On ne va pas se mentir, quand on en est là, c’est pas jojo. Dans le premier cas, cela se traduit par un essoufflement permanent, des maux de têtes qui s’installent, une personne fatiguée et un peu délirante. Dans le deuxième cas, c’est pétage de câble complet avec une personne qui a des difficultés à trouver son équilibre, qui hallucine et qui peut même devenir agressif. Dans ces cas-là, il faut d’urgence redescendre et consulter si on veut éviter le sapin… Les guides chiliens n’hésitent pas à prendre en main de manière musclé le délirant pour le faire redescendre :p

 

Mais avant d’en venir aux mains, il existe une bonne méthode pour anticiper ces œdèmes. Il s’agit de répondre au questionnaire de Lake Louise pour calculer sa note d’acclimatation. Moins elle est élevée, et mieux ça. Je vous ai mis ma version de ce questionnaire ci-dessous.

La note que vous avez déterminera si vous pouvez continuer, si vous devez vous arrêter ou redescendre. Ca marche plutôt pas mal.

 

Autre méthode, si vous avez des marques très visibles du bracelet de votre montre, des élastiques des chaussettes ou des sous-vêtements, ce sont des œdèmes localisés. Rien de grave, c’est juste des signes qu’il faut ralentir l’ascension ou prendre un jour pour se reposer.

 

Il y a bien sûr des moyens de réduire les symptômes, en prenant du paracétamol par exemple. Le DIAMOX est également souvent employé pour aider à l’acclimatation, il faut juste être prêt à aller aux toilettes toutes les quinze minutes. Il paraît que le Viagra est également efficace. Personnellement, tant que je monte, je ne prends rien car les symptômes sont des signes que je me suis trompé à un moment. Je peux en revanche prendre un aspirine en redescendant si j’ai un mal de crâne digne d’une gueule de bois.

 

Dernier conseil, n’étalez pas votre bordel dans la tente avant de vous endormir. On l’a vu, un moyen de s’acclimater est de respirer plus rapidement. Le problème, c’est que le corps a tendance à réduire le cycle respiratoire quand on dort, augmentant les risques de se sentir mal. Vous pouvez être amené à devoir redescendre en pleine nuit, et c’est déjà plus agréable quand on n’a pas à ranger les affaires ou à passer des plombes à retrouver sa lampe frontale.

 

PS : si vous vivez déjà en altitude tout au long de l’année, genre à 2500 mètres, vous pouvez très bien monter d’un coup de 1000 mètres d’altitude, voir 1500. Vous êtes, en effet, déjà acclimaté à 2500 mètres, ce qui vous sera d’une aide précieuse par la suite.

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