Spitzberg à ski, sur les traces de l'ours polaire.

Romain Mouton | mis à jour le 18 mai 2017

Pulka après la tempête

L’éloignement des pôles, l'ambiance apportée par la neige et le froid, le peu de présence humaine, tant de choses qui me donnent envie d’aller crapahuter dans ces coins reculés de la planète. Après deux initiations aux treks hivernaux en Suède et en Finlande, il est temps de passer le grand braquet et d’aller affronter des températures plus vigoureuses. Mais comme la baltringue sommeille en moi, j’ai préféré passer par une agence pour cette première, afin d’apprendre et surtout, ne pas être dégouté par une mauvaise expérience.

 

Au départ, Miss et moi avions jeté notre dévolu sur le Groenland. L’agence Terres Oubliées ayant bonne réputation, nous nous sommes rapprochés d’eux pour voir ce qu’ils proposaient. Pas de bol, les dates ne nous convenaient pas à quelques semaines près. Mais ils avaient un raid sur l’île du Spitzberg, dans l’archipel de Svalbard, au nord du nord de la Norvège. Avec neuf jours de ski pulka, voilà de quoi bien s’initier au trek polaire. J’ai essayé de motiver les copains pour ne pas se retrouver avec trop d’inconnus dans le groupe, mais seul RF a répondu présent. Fait assez surprenant alors que le garçon n’est pas spécialement fan du froid.

Jour 1, de Longyearbyen au camp 1.

1.6 km et 50 m de D+.

Après quatre vols depuis Addis-Abeba pour atteindre Longyearbyen, c’est une grande claque thermique qui m’attends à la sortie de l’avion. Je viens de passer de 30 à -10 °C et je n’avais pas prévu de vêtements chauds accessibles dans mon bagage cabine. Bien qu’il soit minuit passé, le soleil éclaire toujours les montagnes alentours, mais je ne prends pas trop le temps d’en profiter, allant aussi vite que je peux sur le sol gelé pour rejoindre le bâtiment chauffé de l’aéroport.

 

Nous sommes huit « clients » sur ce raid, et nous rencontrons notre guide Vicente au moment de récupérer nos bagages. Un espagnol qui parle le français avec un accent réchauffant les mots, ça fait bizarre dans cette ambiance polaire. Mais bon, on sent tout de suite que l’on a affaire à quelqu’un qui connait le froid, avec juste son petit pull et sa hardshell sur le dos quand nous cherchons déjà nos grosses doudounes…

 

C’est rare qu’un de mes bagages n’arrivent pas à destination en même temps que moi, mais ça ne pouvait pas durer. Il manque un sac de l’agence à l’arrivée, et on s’aperçoit après une courte nuit et un super petit-déjeuner que le sac en question contient les paires de chaussures prévues pour Miss et moi. Terres Oubliées avaient déjà d’autres paires sur place, et Miss arrive à trouver une paire à sa taille. Quant à moi, je dois attendre le vol de midi venant de Oslo pour espérer avoir les miennes.

 

Vicente profite alors de la matinée pour nous montrer les pulkas et chacun de nous prépare son matos. Dehors, pour s’acclimater à la température. Il fait toujours autour de -10 °C, et j’ai super froid aux pieds malgré une paire de chaussures quand même typées montagne… J’espère vraiment que le bagage va arriver à midi.

Préparation des pulkas par -10°C

Et bien non. Après un coup de fil à la compagnie, le bagage n’est toujours pas là, et il arrivera peut-être demain. Vicente trouve une solution avec une paire moins chaude que celle prévue, mais qui fera l’affaire pour la journée. Pour le soir, il faudra que je prévoie de les faire sécher et de bien changer mes chaussettes pour limiter la casse. Mais au moins, on peut partir, sans avoir taper dans le temps disponible pour le raid.

 

D’ailleurs, parlons-en du raid. Il s’agit d’un petit tour de 85 kilomètres sur l’île principal de l’archipel de Svalbard, île répondant au nom de Spitzberg. Avec de la chance, nous aurons l’occasion de faire du ski sur la banquise. L’ours polaire rôde près d’elle, à la recherche de phoques bien gras à dévorer, et avec encore plus de chance, on espère en voir sans se faire attaquer. Le point de départ demande une dépose en chenillette, remplacée par des motoneiges dans notre cas.

C'est bon, je ne devrais pas avoir trop froid durant le voyage.

Sur la motoneige , ça passe. Dans la remorque, c'est déjà plus agité...

Après avoir atteint le point de départ en motoneiges (un voyage assez inconfortable, surtout dans les remorques), Vicente nous explique les règles de sécurité pour l’ours. Nous avons deux armes, un pistolet lance fusée pour effrayer l’ours dans un premier temps, et une carabine de gros calibre au cas où Vicente devrait un peu plus que l’effrayer. On aura aussi des tours de gardes durant la nuit, pendant lesquels il faudra faire le tour du camp pour s’assurer que tout va bien. Heureusement que le soleil ne se couche pas la nuit pour nous permettre de voir loin…

 

La fin de cette journée de préparation est également l’occasion de s’initier au tractage de pulka, avec une petite étape à parcourir pour atteindre notre campement. Le ski nordique, c’est super simple, surtout au niveau des fixations. Après, tracter la pulka demande un peu plus de technique pour éviter que le harnais ne vienne défoncer les hanches à chaque pas en avant. Et à force d’avoir répété au guide que je n’avais pas beaucoup de matos dans la mienne, je récupère 15 litres d’essence pour me calmer. Mais je choppe le coup assez vite, et au final, ce n’est pas si désagréable que ça la pulka.

 

Quelques kilomètres plus loin, Vicente nous fait installer le camp et nous explique comment monter les tentes. Après le Kilimandjaro, c’est la deuxième fois que je pars avec une agence, mais la première fois où je participe au montage d’un camp avec un gars qui me dit quoi faire et du matos que je ne connais pas. Avec Miss, on a développé une routine efficace pour nous afin de monter et démonter un camp, et là, comme on ne la suit pas, je suis totalement paumé, et j’ai l’impression de ne servir à rien. Le montage du camp consiste à mettre en place la tente commune (tente messe, qui est juste gigantesque), monter les tentes pour deux personnes, creuser dans l’abside des petites tentes pour avoir plus de place et permettre de se changer plus facilement, puis creuser dans la grosse tente pour faire une table et un gros banc. En clair, les vacances au Spitzberg consistent à pelleter beaucoup de neige.

Premier campement

Alors que d’habitude on est taquet, on est les derniers à finir de monter notre tente et d’installer nos affaires. Avec les pieds et les mains froids, il y a une tendance à vite s’engueuler avec Miss sur la méthode à suivre. J’essaye d’imposer mon côté dictateur mais ça ne marche pas. Tant pis, je réessaierai demain ;)

 

Après tout ça, il fait grand faim. Avec trois réchauds dans la tente messe, il fait vite bon. J’ai les pieds congelés, mais un des gars du groupe me propose ses Sorel de location. Ce n’est pas encore le panard mais c’est déjà mieux.

 

En revanche, grosse déception au moment du repas. J’avais demandé à l’agence la quantité de nourriture qu’ils avaient prévu par jour pour prévoir en cas de manque. Alors que l’on m’avait répondu de ne pas m’inquiéter car il y en aura trop, on a le droit à une soupe, un lyo, un petit gâteau et un carré de chocolat. Soit un repas typique d’un trek estival pour moi… la loose ! J’espère que les petits-déj’ et les midis seront plus copieux.

 

Allez, je vous fais vite les présentations. Nous sommes comme je l’ai écrit précédemment neuf. Il y a d’abord Vicente, notre guide qui n’a pas peur de plonger les doigts nus dans la neige, puis de se verser de l’eau chaude dessus. Bref, un tueur. Il y a ensuite l’équipe des anciens (désolé messieurs ;)) que forme Denis et Hugues. Nous avons également une équipe de jeunes avec Guillaume et Raphaël, Françoise et Miss sont les seules femmes du groupe, le pote frileux RF et enfin moi, votre baltringue adoré. Ce premier repas dans la tente messe permet d’apprendre à se connaître et de créer un esprit de groupe. Pour le moment, personne ne se jette sur les morceaux de chocolat restants, c’est bon signe.

Vicente

Raphaël et le lance-fusée

Vicente attend comme un fourbe que l’on soit repus et en bonne disposition pour aborder la question des tours de garde. L’esprit de groupe fout vite le camp, et les premières et dernières places sont vite prises, trop vite en tout cas pour que je réfléchisse  à la question. Mon cerveau lent s’en sort pas trop mal car j’hérite de la place après Miss (je pourrais me changer avec toute la place dans la tente) et mon premier poste me permet de dormir quatre heures avant.

 

Le seul truc que je n’avais pas anticipé, c’est que Denis, qui est avant Miss, ait du mal à réveiller ma belle aux bois dormant, et que du coup, il me réveille pour que je la réveille. Dans le genre plan merdique pour le restant du séjour, ça se pose là. C’est d’autant plus surprenant que je ne l’ai pas entendu appelé Miss, mais que je réagis au quart de tour quand j’entends mon prénom. Et c’est d’autant plus frustrant que dès que Miss m’entend bouger, ça la réveille…

 

A peine le temps de fermer les yeux que j’entends à nouveau « Romain ! », mais cette fois, c’est Miss qui me prévient que c’est mon tour. L’occasion d’affronter le pire moment dans un raid polaire, sortir de son sac de couchage bien chaud pour aller se peler les miches avec la tête encore dans les rêves. Pour une première fois, il me faut un quart d’heure pour sortir de la tente ce qui me vaut une petite vanne bien placée. Je profite de mon tour de garde pour prendre quelques photos et envoyer un message avec la balise. J’applique la règle des 30 secondes, consistant à ne laisser les doigts en contact direct avec l’air que 30 secondes avant de remettre des gants. Mais après réflexion, je passe à 10 secondes. S’habituer au froid se fait un peu dans la douleur, même si le matos aide beaucoup.

Nuit polaire

En fait, le tour de garde passe super vite vu que le froid nous ralentit dans tout ce que nous faisons. Etre toujours dans le froid est un combat en permanence, je suis impressionné par le fait que le moindre relâchement (en dehors du sac de couchage) se paye cash par des douleurs aux mains ou aux pieds. Mais comme le tour passe vite, je garde le moral sachant que mon sac de couchage m’attend. A peine le temps de me réveiller que je dois filer à la tente de Guillaume pour le réveiller. Première garde, il est sur le qui-vive et sort super vite de sa tente. Quant à moi, je replonge dans mon duvet, et j’attends que mes pieds soient chauds et arrêtent de me faire souffrir pour m’endormir à nouveau.

Jour 2, du camp 1 au camp 2.

13.3 km, 620 m de D+ et 290 m de D-.

« Le petit-déjeuner est prêt ! ». Même si l’accent espagnol aide à faire passer la pilule, on est quand même vachement mieux dans les duvets. Enfin, ça, c'est l’avis de Miss et moi, qui sommes les seuls à ne pas avoir les sacs de couchage de l’agence. Pour les autres membres, il n’a pas fait très chaud, mais c’est sûrement à mettre sur le coup de la première nuit, et que nos sacs à nous sont largement surdimensionnés.

 

Après le petit dîner de la veille, le petit-déjeuner est déjà plus monstrueux et il est de temps de faire le plein, avant de démonter le camp. Bien que Vicente nous ait dit de faire attention aux rafales de vent et de tout attacher, me voilà à courir après mon duvet qui s’envole, sous les rires de RF qui compatit que dalle. Après 20 mètres dans la neige, c’est bon, j’ai retenu la leçon. Et pour RF, j’ai une petite idée par derrière la tête…

 

Une fois le camp plié (il faut compter une bonne heure quand même), nous attaquons la journée par une descente. Ma première en ski-pulka, et vu mon niveau en ski, je ne fais pas le mariole en haut. Les skis n’ont pas de carre et le chasse neige n’est pas très efficace. Ajouté à cela la pulka qui rebondit sur le dos, la gamelle n’est jamais bien loin. Pas cette fois-ci, mais je transpire un peu une fois en bas.

 

Il fait super beau et on a vite assez chaud en fait, même avec le petit vent et les -15 °C environnant. Le groupe avance en file indienne, ce qui me permet de profiter au début d’une place de dernier pour glisser sur une piste bien faite. L’effort faisant, on doit retirer les couches les unes après les autres, ce qui m’oblige à remonter un peu la file. Enfin, les couches, à la pause, on les remet vite !

 

La première montée approche, l’occasion parfaite pour chatouiller du RF. Après son marathon de Paris et mon tour des Annapurnas, c’est le moment de jouer à qui c'est le patron. Je sors de la piste et j’accélère jusqu’à le dépasser et lui lancer une petite vanne pour qu’il me suive. Il n’est pas joueur sur celle-là, et c’est Miss qui me suit dans mes bêtises. J’essaye de prendre suffisamment d’avance pour que RF me dise que je me crame, et pas trop pour éviter de passer pour une baltringue auprès du groupe et que le guide ne gueule pas trop. Guide qui préférera suivre des zigs-zags plutôt que d’opter à la technique du sanglier.

 

Bon, bah, j’ai la forme, et j’essaierai de nouveau à la seconde montée de la journée de jouer avec RF. Mais maintenant, c’est l’instant déjeuner et on adopte une formation pulka carré pour manger, à peine à l’abri du vent. Dans ces moments, il ne faut surtout pas hésiter à mettre la doudoune avant d’avoir froid. Côté bouffe c’est juste énorme avec du bon fromage et de la bonne charcuterie de Lyon. Le pain de la veille est encore… très frais, et il faut le laisser un peu en bouche avant de mâcher pour éviter de se glacer les dents. C’est toute une stratégie qu’il faut mettre au point avec les gants, pour arriver à manipuler de la tranche de jambon grasse sans laisser trop longtemps les doigts avec une trop faible protection. Forcément, pour une première fois, tout le monde se caille les doigts, et le guide doit bien se marrer lui qui a le plus souvent les doigts nus.

 

La seconde ascension débute dès la fin du repas. Tout le monde repart au doudoune, mais à peine quelques mètres de skiés que je suis déjà en nage. Au final, la pulka est au poil pour jouer avec les couches, car tout est facilement accessible pour peu que l’on ait pensé à bien ranger au petit matin. Par contre, elle se fait déjà plus sentir en montant et le harnais rebondit moins sur mes hanches. J’apprécie mieux, et j’accélère pour rattraper la queue de peloton, pour finalement me sentir bien et aller de nouveau chatouiller RF qui est près du guide.

 

Jouer avec RF en milieu polaire, c’est comme aller à la pêche, il faut jouer un peu avec l’hameçon avant de le ferrer. RF est frileux, et à une machine thermique avec peu d’inertie. Il transpire alors assez vite, avant de chopper la mort lorsque l’humidité des vêtements le refroidit. Comme il est bien au courant de tout ça, c’est tout une technique de le faire transpirer. Le mieux est de se porter à sa hauteur puis de discuter tout en accélérant, très légèrement. Ensuite, il faut se placer devant lui et maintenir le rythme tout en continuant à accélérer mais sans poser de mines. Une fois qu’on l’entend soufflé un peu fort, c’est qu’il est chaud et là, posage de mine. Ma technique fonctionne dans la seconde montée, et il a la mort lorsque l’on doit attendre les autres un peu plus loin, avec pour lui seul un t-shirt et la hardshell sur le dos. T’apprendras à te foutre de moi qui court après mon sac de couchage.

 

Cette seconde montée est longue, et le groupe s’étire bien. Une fois Vicente sur nous, on comprend qu’il faut arrêter les conneries et se mettre au pas. Le vent se lève et une fois près du haut, il forcit jusqu’à pouvoir faire voler la neige au sol autour de nous. On rigole déjà moins, et Vicente nous dit de passer les doudounes et les moufles pour ne pas trop souffrir.

 

Heureusement que la veille, il n’y avait pas de vent au moment d’apprendre à monter les tentes, car même avec une première expérience, le montage du second camp est difficile. Vicente nous fait creuser le sol pour pouvoir poser les petites tentes, et nous annonce que le vent est trop fort pour la tente messe. Sur les deux premiers trous, le groupe est en forme, mais d’un coup, rideau, Il n’y a plus personne. L’ascension a tapé dans les réserves et la poursuite du montage est plus laborieuse. J’avais pris deux barres de céréales à la fin de l’ascension pour reposer une mine à RF, mais sans avoir eu l’occasion de le faire. Du coup, j’ai encore la pêche mais je suis toujours assez nul en prise d’initiative, ne comprenant toujours pas la routine pour monter les tentes. Pour les autres, un trafic de barres de céréales s’installe et Vicente saute de trou en trou pour accélérer le montage et éviter que l’on casse les tentes.

 

Une fois les tentes montées, on construit un petit mur pour se protéger au mieux du vent, et on se réfugie chacun dans sa tente pour être au chaud. Vicente ira de tente en tente nous apporter à manger, tout en nous donnant les consignes pour la garde.

Booster de moral par -20°C

Les tours se décalent d'une heure et quart chaque jour, et je me retrouve donc en cinquième position, au milieu de la « nuit ». Mais cette fois-ci, pour éviter de perdre trop de temps, je pique la combinaison d’ascensionniste de Miss avant de sortir. Avec ses deux kilos de plume, c’est comme être dans un sac de couchage. Un peu étroit pour moi, mais ça passe bien. Suffisamment pour que je passe tout mon tour de garde dehors, essayant tout d’abord de gravir une colline près du camp avant de me rendre compte que si un ours débarquait, je n’aurai pas moyen de prévenir Vicente rapidement. Je fais donc demi-tour et finis mon tour de garde en marchant autour des tentes. Le vent souffle fort et il fait bien froid ce soir.

Jour 3, du camp 2 au camp 2.

On n'a pas bougé...

Le vent souffle toujours fort et Vicente nous annonce au réveil que ce n’est pas sûr que l’on puisse repartir aujourd’hui. Non pas que ça serait compliqué d’avancer, mais ça serait dangereux pour les tentes de les démonter et de les remonter sous un tel vent. Par contre, il aimerait bien que l’on sorte assez vite des tentes pour les dégager de la neige qui les recouvrent.

 

Il fait toujours froid, et Guillaume, le seul à avoir pensé à amener un thermomètre nous annonce qu’il a vu -19 °C cette nuit. Pelleter de la neige me permet de me réchauffer les doigts de pieds et les mains, et une fois à la bonne température, je me mets à renforcer le mur de protection avec les autres, puis à construire un second mur en amont, mais là, y a déjà moins de monde emballé.

 

Une fois terminé, on constate que la petite rue formée entre les deux murs permet de stocker la neige soufflée et d’éviter qu’elle vienne se déposer sur les tentes. Dans notre folie des grandeurs apparaissent également nos premières vraies toilettes, avec des murs pour nous protéger les miches au besoin.

Le double mur en fin de journée

En clair, on passera toute la journée à faire des briques de neige et à se protéger autant que l’on peut, sans oublier la petite sieste salvatrice dans l’après-midi. Au moment d’aller se coucher, le vent souffle toujours, mais Vicente a consulté la météo et il devrait tomber dans la nuit. A voir.

Jour 4, du camp 2 au camp 3.

13.6 km, 140 m de D+ et 260 m de D-.

Le vent est tombé dans la nuit, et c’est incroyable comme le silence est reposant. Après le petit-déjeuner, toujours pris chacun dans sa tente, il nous faut un bon moment pour récupérer les skis et les sardines sous la neige.

 

On reprend le chemin sous un soleil brillant et un grand ciel bleu. Le soleil tape fort et encore une fois, on se retrouve assez vite à skier avec juste un t-shirt sous la hardshell. Soit béni le mec qui a pensé à mettre des zips sous les aisselles sur les vestes, c’est vraiment un must pour bien se réguler thermiquement.

 

Pas de montée ce matin, juste un faux plat descendant qui nous permet de bien avancer. L’occasion également pour Denis de nous prendre en photo en pleine action.

 

Le gros temps remontre le bout de son nez durant le déjeuner, mais on commence à chopper le coup pour se protéger du froid. Et puis le jambon et le fromage aident à manger le gras suffisant.

 

Les nuages nous englobent dans l’après-midi, et Vicente nous conseille de rester groupés. Nous ne sommes plus très loin de la banquise et l’ours blanc est fréquent dans le coin. De toute façon, la carabine qui passe de sa pulka à son dos était déjà un signe assez clair qu’on ne devait plus trop rigoler sur le sujet…

 

Vicente veut nous faire gagner un peu d’altitude, mais les nuages cachant le relief, la navigation n’est pas facile. Tout du moins pour lui, car nous, on ne fait que suivre, pestant contre les pulkas en devers qui ont la fâcheuse tendance à gerber.

 

A l’occasion d’un demi-tour pour essayer de rejoindre une crête au plus vite, je découvre le concept de la montée sanglier en zigzag. C’est assez intéressant comme concept. Il faut de la dextérité pour prendre un virage en pente prononcée avec la pulka qui ne souhaite que nous tirer vers le bas. Et de la dextérité en ski, ça tombe bien, je n’en ai pas. Je bourrine donc, ravageant la neige de surface pour les suivants qui devront soit galérer sur une neige plus glissante, soit aller plus haut pour faire leur virage.

 

Mais le repos n’est pas loin, le camp étant à quelques dizaines de minutes de là. Vicente se casse la gueule en avant, ayant apparemment buté sur quelques choses que je ne vois pas au loin. Je comprendrai plus tard, vu que c’est mon tour de buter du ski sur la même congère et de tomber au même endroit.

 

Le vent est suffisamment faible pour monter la tente messe, ça va être le grand luxe ce soir. Maintenant que l’on a choppé le coup avec Miss, on monte la tente super vite, mais je creuse un trou un peu trop profond dans l’abside pour qu’elle puisse monter dans la chambre… oups… c’est juste que je voulais pouvoir tenir debout dans l’abside pour me changer sans me courber.

 

Je me suis découvert une passion au Spitzberg qui est de construire des briques de neige. Je pars donc construire les murs des toilettes, avec l’aide successive de Miss et de Guillaume, qui lui aussi à apparemment choppé le virus.

La neige arrive quand même à tomber alors qu'il fait -10°C...

Jour 5, du camp 3 au camp 4.

5.4 km, 60 m de D+ et 180 m de D-.

Je commence à avoir les tours de garde un peu merdiques, avec juste deux heures de sommeil après. Difficile de bien se reposer dans ces conditions, mais le pire sera celui de ce soir, avec juste une heure après la garde.

 

Vicente, toujours de bonne humeur, nous réveille en nous annonçant qu’il y a des gaufres au caramel. Le menteur, on sait tous ce qu’il y a dans les sacs de nourriture, et à moins qu’il ait caché un gaufrier dans sa pulka, c’est le moment de ne pas se dépêcher de sortir de son duvet.

 

Je prends donc le temps de m’habiller et de ranger les affaires dans leurs sacs de compression avant de sortir de la tente… et de constater qu’on n’a aucune visibilité. Impossible de partir tant qu’on ne voit rien, car il y a un peu de relief à passer jusqu’au prochain campement. Vicente m’explique en souriant que j’ai rangé mes affaires pour rien…

 

La matinée est consacrée à agrandir les toilettes et se préparer à passer une journée de plus au camp. Heureusement, l’horizon se dégage un peu avant midi et le guide déclare que l’on peut essayer d’avancer cet après-midi. Au moins, on peut profiter de la tente messe pour prendre le déjeuner à l’abri.

 

J’ai le droit de porter la tente du guide aujourd’hui, et le moins que je puisse dire, c’est qu’elle est lourde une fois dans la pulka. Alors que l’on avance maintenant dans pas mal de poudreuse, je me fatigue en deuxième position, derrière Vicente. Il commence à être loin le temps où je lui avais proposé de faire la trace… J’abdique au bout d’une heure et profite de retirer une couche pour prendre la dernière position dans la file. Avec huit personnes qui tassent la poudreuse devant, c’est déjà beaucoup plus facile !

 

Finalement, ça sera une petite journée de ski-pulka, et Vicente nous indique déjà de poser le camp, la visibilité devenant à nouveau très subjective. Je profite que l’on est du temps pour essayer de construire des toilettes cinq étoiles, avec quatre murs larges et crépis de poudreuse. Ça m’a pris du temps, avec l’aide de Raphaël et Miss, mais ils sont juste sublimes. En revenant à la tente messe, j’ai le droit aux blagues à savoir si j’ai installé des lunettes chauffantes et le guide me dit de mieux peindre les murs la prochaine fois car on ne les voit pas depuis la tente messe. Bien que faire des briques me tuent le dos, mes efforts paient et ce soir, j’ai le droit au petit gâteau Bonne Maman en rab’. Après coup, je n’ai pas dit aux autres que ces gâteaux n’étaient pas très bons en fait…

Toilettes polaires cinq étoiles

Jour 6, du camp 4 au camp 5.

8.1 km, 60 m de D+ et 230 m de D-.

Tiens, on me réveille plus tard que prévu ce matin, et j’hérite en fait du meilleur tour de garde, c’est-à-dire le dernier. Les tours de garde se sont décalés petit à petit dans la nuit par excès de zèle de certains, d’où la suppression du dernier. Guillaume a encore mieux puisqu’il hérite d’une vraie nuit sans coupure. Je profite de mon tour de garde pour prendre quelques photos maintenant que l’horizon se dégage, et commencer à faire fondre de la neige dans la tente messe. Ce qui revient à écrire que je fais mon tour de garde avec une tente messe chauffée, le panard quoi !

Avec toujours la pelle près de la tente

Un peu de musique électronique avant d’aller les réveiller, et me voilà à trois cents à l’heure. Il y a enfin une justice dans ce monde, Vicente a aussi du mal le matin ! C’est marrant de voir les autres au ralenti alors que je suis au taquet.

 

Le parcours de ce matin nous amène sur la banquise, mais avant de la voir, il va nous falloir descendre un peu, ce qui est super pratique quand on a une pulka derrière. C’est l’hécatombe dans la première descente, avec des pulkas qui se renversent et des skieurs qui contrôlent la qualité de la neige avec le visage. Mais les douleurs disparaissent lorsque l’on se remet sur ses pattes et que l’on profite du paysage qui est juste magique !

Sympa le Spitzberg

Pendant que Vicente cherche le chemin, RF prend la température

La deuxième descente est déjà moins casse-gueule vu que l’on doit retirer les skis pour la passer. C’est un joyeux bordel dans le groupe, mais l’obstacle est passé efficacement.

Courte mais périlleuse!

L’obstacle suivant est un petit canyon à passer, avec des grosses plaques de glace bleues et une jolie corniche surplombant le tout. Autant dire que l’on ne reste pas longtemps dessous pour l’observer. Le tout, c’est de se dépêcher sans tomber sur la glace, autant dire que ça gueule un peu dans l’équipe !

Vicente à l'abord du canyon

Après encore quelques petites montées et descentes, nous voilà enfin sur la banquise. Une première pour moi, et c’est juste magnifique.

A l'approche de la banquise

Banquise en vue!

J’adore notamment l’iceberg pris au piège dans la glace, qui rayonne d’un bleu parfait. L’occasion de sortir le reflex et de le garder au cou, en utilisant le harnais de la pulka pour bien le tenir. Pas de bol, c’est juste au moment où Vicente nous dit de retirer les harnais lorsque l’on est sur la glace.

Glaces polaires: iceberg, glacier et banquise.

Moi je trouve que ça claque comme vue.

Après avoir observé un phoque au loin et pu constater avec son trou que la glace est effectivement bien épaisse, un rayon de soleil nous permet d’apprécier notre déjeuner. Je mets la doudoune au cas où mais il n’y en a même pas besoin tellement nous sommes bien, à dorer sur la banquise. Par ailleurs, c’est parce qu’il ne fait pas très froid que je prends le temps de faire autant de photos.

Après avoir savouré le beaufort et le jambon, j’ai une pêche du tonnerre. Vicente nous chambre RF et moi avec l’aide de Miss, comme quoi les ultra-traileurs devraient ouvrir la marche. Forcément, RF me laisse ouvrir pour que je me fatigue avant qu’il puisse poser une mine, et je dois donc brasser de la poudreuse tout en faisant attention à ne pas me cramer pour pouvoir répondre. Il faut aussi que je pose un rythme un peu élevé pour le fatiguer, mais assez vite le guide nous dit de ralentir car le groupe ne suit pas et tout le monde doit retirer une couche.

 

Les paysages sont grandioses et ouvrir me donne l’impression d’être seul au monde. Seul ? Pas tout à fait, un groupe de motoneiges apparaît au loin et se dirige pour observer le glacier de plus près. C’est un peu dommage, ça aurait été parfait sinon.

Front du glacier

Une fois en dehors de la banquise, c’est déjà moins plat et je m’emmêle les pinceaux avec mes skis qui disparaissent sous la poudreuse. Je ralentis donc en montée, ce qui permet à RF de se reposer ;). Ce petit saligaud profite d’ailleurs que je cherche un chemin adapté pour atteindre le campement indiqué par Vicente pour prendre la tête et essayer de me poser une mine. Mais tant pis pour lui, il n’a pas la forme et je le rattrape assez vite en lui balançant quelques remarques bien placées sur sa contre-performance. C’est ça d’être maigre comme un clou, dès qu’il fait froid, il n’y a plus personne.

 

Le campement est super bien placé pour observer en marchant un peu à la fois le glacier et la banquise au loin. Alors que j’espère avoir un ciel dégagé pour profiter de la lumière et prendre quelques photos avec le trépied, les nuages débarquent et ne nous lâcheront pas. Tant pis, de toute façon, je dois aller construire des toilettes.

 

Le reste de la soirée est la routine habituelle : installer les tentes, se changer, manger, se motiver à se brosser les dents dans le froid, ne pas y arriver et se dire que l’haleine de chacal est de toute façon à la mode ici, puis dormir au mieux avant et après avoir assuré son tour de garde. Coup de bol pour moi, j’ai le droit encore une fois au dernier tour, ce qui veut dire une nuit sans coupure !

Jour 7, du camp 5 au camp 6.

11.6 km, 110 m de D+ et 120 m de D-.

Pour les photos, c’est foutu, les nuages recouvrant tout le ciel et la lumière n’étant pas propice à la photographie. Soit, je vais donc mettre mon trépied au loin et laisser l’appareil prendre tout un tas de photos pendant que l’on démonte le camp. Le seul truc ici, c’est que le froid inhibe la batterie et du coup, je ne peux pas en prendre autant que je le souhaite. La prochaine fois, je penserai à prendre des chaufferettes pour le garder au chaud.

Avec tous ces nuages, la matinée n’est pas très intéressante. Je ne vois rien, c’est blanc à la fois dans le ciel et sur le sol, bref, on s’emmerde un peu. Et depuis quelques jours maintenant, j’ai des coups de mou tous les matins, dû au fait que je ne mange pas assez le soir. J’attends donc avec impatience que Vicente s’arrête pour ordonner le déjeuner.

 

Heureusement, le déjeuner ne tarde pas trop et une fois reparti, le beau temps arrive enfin. Avec le ventre plein et un faux plat descendant, ça va déjà mieux et le moral remonte en flèche. Le groupe semble également être plus en forme, puisqu’il a délaissé la formation en ligne pour adopter ce que j’appelle la formation Club Med’.

 

Avec ce faux plat descendant, on arrive vite au campement de la journée et je profite du beau temps pour remettre l’appareil en position pour faire un timelapse pendant qu’on installe le camp. Tiens, c’est bizarre, avec l’appareil en place, tout le monde s’active au montage ;)

Bien que la météo soit au beau fixe, Vicente nous demande quand même de construire des murs de protection devant les tentes, l’occasion d’une petite compétition avec Guillaume à savoir qui aura le plus beau mur. Je dois m’avouer vaincu, le sien étant bien plus nickel que le mien, même si le mien est plus haut. Va falloir que je fasse attention à ma technique si je veux rester le leader en mur !

 

En tout cas, ce beau soleil est gage d’une soirée top, surtout que j’ai le premier tour de garde, gage d’une bonne nuit de sommeil. Je profite de la lumière pour prendre quelques photos avant que la température ne plonge trop, l’absence de nuages étant signe de nuit froide. Guillaume et Raphaël m’accompagnent plutôt que d’aller se coucher pour se réveiller dans une heure, l’occasion de partager nos ressentis respectifs sur la rando à l’abri des oreilles de Vicente.

Vue depuis le camp 6

Vue depuis le camp 6

Jour 8, du camp 6 au camp 7.

11.3 km, 60 m de D+ et 50 m de D-.

Une fois n’est pas coutume, je me lève du pied gauche ce matin, avec une humeur à massacrer du bébé phoque à la tronçonneuse. Miss et RF se foutent de moi au petit-déjeuner, ce qui n’est pas pour aider, et heureusement que l’incident de la pelle arrive pour me faire sourire.

 

Le principe des toilettes est assez simple. Les mecs qui construisent les toilettes montent trois murs et creusent plusieurs trous dans lesquels faire ses besoins. Une fois son petit business réalisé, il suffit pour tirer la chasse de prendre de la neige avec la pelle et de boucher partiellement le trou. Seulement ce matin, la pelle montre que quelqu’un n’a pas bien compris ce principe et on a le droit à une bonne tache nauséabonde sur elle. Et bien sûr, la pelle des toilettes, elle va sur ma pulka. Vicente se doit alors de rappeler les règles du vivre ensemble, et j’essaye de me retenir de rire tellement la situation est ridicule.

 

Une fois reparti, on se dirige à nouveau en direction de la banquise, dont on va longer un bon moment la rive jusqu’à trouver le campement idéal. J’ai toujours mon coup de mou du matin que j’essaye de faire passer à coups de barres de céréales. Ça marche moyen le matin, à cause d’un temps de réponse de mon corps pour digérer les sucres. En revanche, je turbine l’après-midi avec plein d’énergie à revendre !

Le vrac de la pause

Coup de barre

D’autant plus que le guide nous bassine avec son Ovomaltine, comme quoi ça serait bien qu’on finisse également les pots pour ne pas les jeter à la fin. Peu de motivés au départ, mais une fois que le groupe y a gouté, on sent déjà que les deux pots ne vont pas faire long feu.

 

La rive est super jolie, avec pas mal d’oiseaux se nichant dans les montagnes. On entend une espèce de bourdonnement, un mix entre les cris des oiseaux et de la glace qui fond sous la neige.

 

Vicente sonde plusieurs fois la neige à la recherche d’un endroit où poser le camp sans succès. Il abdique un peu plus tard et on a le droit à un sol pourri pour creuser les absides dans les tentes. Le sol est composé d’une couche de neige transformée, posée sur une couche de glace, sous laquelle repose une couche de neige polystyrène. Impossible de faire des briques donc, mais je m’en fiche, Vicente a décidé démocratiquement que l’on échangeait les rôles entre ceux qui font les chiottes et ceux qui creusent la tente messe. Je me retrouve donc dans la tente messe, avec un travail déjà plus facile puisque cela consiste à faire le bourrin en virant toute la neige à l’intérieur.

 

Par contre, le guide a très bien choisi le campement pour que l’on puisse profiter de la vue. On a une petite colline à côté de la tente messe et après avoir perdu avec RF dans la course au sommet, on peut voir au loin les montagnes éclairées judicieusement par le soleil. Je pense que je vais faire mon tour de garde ici ce soir moi !

Vue depuis la butte

Vue depuis la butte

La soirée se passe super bien, et comme Guillaume hier, je décide de ne pas dormir avant mon tour de garde pour pouvoir prendre des photos et des notes. J’ai perdu toute notion du temps et j’ai du mal à découper les derniers jours. L’absence de nuit me perturbe et je dois me souvenir des différents tours de garde pour compter les journées passées.

 

Une fois Miss partit se coucher, je prends position sur ma colline pour surveiller la venue de l’ours. Je choppe un flippe en me disant qu’il pourrait arriver derrière moi sans que je le voie, mais non, tout va bien. C’est en regardant à nouveau devant moi que je vois au loin une tache blanche avec un point noir qui cours en s’éloignant du camp. Je pense sur le coup que c’est un renard polaire mais plus la tâche s’éloigne et plus je trouve que c’est bien gros comme bestiole. Peut-être un ours ? Dans le doute, je préviens Guillaume au moment de le réveiller de bien surveiller la direction d’où il venait, quitte à me faire chambrer le lendemain matin.

Jour 9, du camp 7 au camp 8.

11.9 km, 220 m de D+ et 180 m de D-.

Forcément, il faut qu’un ours polaire ne puisse pas courir pour que j’ai le droit de me faire chambrer dans la tente messe. Je m’en fous, je prends un petit-déj’ de fou pour compenser et surtout anticiper la matinée de ski. Vicente nous a annoncé une montée courte mais raide, et ça va être l’occasion de voir si j’ai toujours la forme !

 

La neige qui a tombé dans la nuit a recouvert les traces de la bestiole vue hier durant mon tour de garde, je considère donc que ça aurait pu être un ours suffisamment malin pour se faire passer pour un renne. Parce que les rennes, on n’a que ça autour de nous. Peu de temps après être parti, trois d’entre eux se dirigent vers nous comme s’ils étaient habitués à l’homme, l’occasion de passer un moment magique avec eux.

Rencontre du troisième type

Le paysage se diversifie un peu à mesure que l’on approche de cette fameuse montée. On monte, on descend, bref, on prend son pied. Surtout sur la petite descente déposant au pied de la fameuse montée, assez prononcée pour glisser mais pas trop pour éviter de se faire bousculer par la pulka.

 

Au pied donc de la montée, Vicente nous conseille de retirer une couche et de se restaurer un peu. C’est le côté un peu chiant des treks polaires, c’est que l’on ne boit que de l’eau chaude (vive les Thermos !). Je rêve d’une boisson bien fraîche tout en étant perturbé par le fait que je n’ai pas envie de boire frais à cause du froid. De quoi attraper une fracture du neurone. Par contre, moi, je veux bien retirer des couches, mais faut pas trainer non plus…

 

Alors histoire de me redonner chaud, je pars comme un sanglier dans la pente, Vicente me faisant un sourire bizarre, que je comprendrai une fois en galère sur une plaque de glace. Je m’en fous, je ne passe pas trop pour un débile en bourrinant encore plus pour me sortir de cette mauvaise passe. Et de toute façon, c’est moi qu’il lui remet sa pulka en place lorsqu’elle se renverse.

 

C’est vrai qu’elle est courte cette montée, mais suffisamment raide pour que je sois trempée en haut. Et ce n’est pas le moment de tergiverser à remettre ou non une couche, avec le vent qu’il y a et la descente qui se présente, c’est le moment d’en mettre un maximum. D’ailleurs, quelques centaines de mètres plus loin, je les aurai toutes sur moi pour pouvoir manger au chaud.

 

Le mauvais temps a l’air de revenir et le repas est pris très rapidement. Ça souffle de plus en plus fort, avec de la neige qui commence à tomber, sans pour autant que l’on soit dans les nuages. J’adore l’ambiance de blizzard qui règne, surtout lorsque je suis au chaud et protégé par le matos. Le groupe s’est remis en ligne maintenant et on avance assez vite vers le prochain campement. Sur le chemin, une chenillette nous passera avec des trekkeurs bien au chaud à l’intérieur nous faisant un coucou. Les pauvres, premier campement et ils vont devoir apprendre à monter les tentes sous la tempête qui arrive.

 

Deux passages délicats barrent le chemin vers le campement. Le premier est une descente assez forte, et je profite d’un écart de la personne devant moi pour me faire tabasser dans la neige par ma pulka. Tomber dans la neige, ce n’est pas mal, le froid refroidit très vite les bleus et l’on sent pas grand-chose en fait (sur le coup, parce qu’après, ce n’est pas la même). Par contre, avec le harnais, les barres, les skis, les bâtons et la pulka, les autres ne comprennent pas que je dois désemmêler tout ça avant de pouvoir me remettre sur mes pieds.

 

Le second passage délicat est une immense plaque de glace que l’on doit traverser afin de pouvoir retrouver de la neige. Avec la chute précédente, mon sang est plein d’adrénaline et prompt au réflexe pour se rattraper. Pas question de faire le clown une deuxième fois, surtout que la glace me semble déjà moins amicale que la neige.

 

Une fois passé tout ça, Vicente nous cherche un endroit protégé du vent pour monter le camp. Le vent commence à se lever, mais il nous trouve un endroit un peu protégé pour se mettre à l’abri et avoir la possibilité de monter la tente messe. Avec un sol en pente, il y a un peu de boulot de terrassement avant de pouvoir monter les tentes, mais la neige est super bonne pour faire des bonnes briques. Le tout est de trouver le bon filon.

 

Alors que je construis un mur de protection, je me dis que je vais le faire comme la ligne Maginot, bien épais et bien imperméable au vent. Le problème de la ligne Maginot, c’est qu’elle a été contournée, et le vent ayant appris sa leçon d’histoire profite du dîner pour se mettre à tourner et taper les tentes de travers, pile poil dans l’axe qu’il ne faut pas. Miss et moi avions raté l’alignement des tentes et on se trouve plutôt avantagés comparés aux autres. On prolonge un peu notre mur avant de se réfugier dans notre tente pour attendre nos tours de garde.

 

Forcément, le vent devient de plus en plus fort, et il faut qu’il attende que je sois au chaud dans mon duvet pour casser un de nos arceaux. A moitié endormi, je dis à Miss que ce n’est pas si grave et qu’on peut passer la nuit comme ça, ce qui me vaut un regard perplexe. Miss sort donc constater les dégâts, et va prévenir Vicente que la tente messe est en train de foutre le camp avec Denis qui essaye de la retenir, et que notre tente n’est pas au top de sa forme. Lui aussi a du mal à sortir de son sac de couchage, mais une fois dehors, décide qu’il faut renforcer le camp pour éviter la catastrophe.

 

Je dois donc me motiver à quitter mon cocon pour sortir l’arceau de sa gaine. Nos tentes sont des Hilleberg, et je peux vous dire que je trouve que c’est de la grosse daube. Ok, on peut monter la chambre à l’abri de la toile extérieure, mais les arceaux passent dans des gaines, et ce n’est pas facile de les sortir lorsqu’ils sont cassés. Alors que je sors l’arceau milieu, j’entends un autre arceau pété… Deux arceaux sur une tente qui en compte trois, ça commence à sentir mauvais. Nos affaires qui étaient dans l’abside se perdent un peu au vent ou se recouvrent de poudreuse et je choppe vite des briques pour éviter que la tente ne s’envole. Une fois les arceaux réparés, c’est la tirette de la porte d’entrée qui montre des signes de faiblesse… Bordel, comme je regrette ma Fury !

 

Je regrette mais pas longtemps, car il faut maintenant construire un mur de protection tout autour de notre tente, avant d’aller les autres à protéger les leurs. Avec Guillaume, on se met à faire une mine de briques, et le renforcement du camp voit le passage des méthodes de travail à un niveau industriel. On reste néanmoins bouche-bée devant Vicente. La tente du guide est la dernière à recevoir sa protection, et c’est Vicente qui fait des briques. Je ne vois pas très bien au loin avec toute la neige dans l’air, mais il me semble voir un petit gars sauté dans un trou avec une pelle et filé des briques de fou aux autres. En me rapprochant je vois RF en galère avec une énorme brique et content de la poser. Autant dire que le mur de protection s’est construit en moins de cinq minutes.

 

Vicente nous briefe sur les tours de garde, qui vont consister maintenant à dégager la neige qui va s’agglutiner sur les tentes pour éviter d’autres dégâts. En espérant que l’ours polaire ne vienne pas faire un tour dans le camp sous la tempête. Le renforcement du camp a eu lieu pendant le tour de garde de Miss et le mien est déjà bien entamé. Mais le peu de temps qu’il me reste voit déjà le mur de protection de la tente messe se renverser sous le vent, et la tente de RF se recouvrir à vitesse grand V par la neige.

 

On serait presque content d’aller se coucher si je ne devais pas manipuler la tirette à mains nues par -10 avec un vent de malade.

Jour 10, du camp 8 au camp 8.

On n'a pas bougé...

C’est Miss qui me réveille. Soi-disant qu’elle est en train d’être ensevelie sous de la neige, et qu’il faut sortir pour aller voir. Comme hier, une fois dans mon sac de couchage, mon niveau de motivation est nul. Et ce n’est pas lorsqu’elle m’annonce depuis dehors que l’on n’a un gros trou dans notre mur de protection que je me bouge plus que ça. Je ne me souviens plus bien, mais je crois que c’est quand j’ai entendu Vicente qu’il allait venir l’aider que je me suis arrêté de faire la baltringue.

 

Alors effectivement, une fois dehors, c’est un peu la catastrophe dans le camp. Le mur monté à l’arrache dans la nuit n’a pas tenu, le vent ayant agrandi les interstices entre briques pour nous faire un beau trou au final, donnant directement sur la tente. La neige a pas mal recouvert la toile et le vent est en plus en train de gentiment tourner dans une direction non emmurée. La tente messe a également besoin d’un petit entretien avant que l’on puisse prendre le petit-déjeuner. Bon, bah, on se remet au boulot…

 

Miss et moi copions Guillaume et Raphaël qui ont fait un mur au plus près de la tente pour stopper l’accumulation de neige. Mais ce matin, j’ai également dans l’espoir de creuser dans la neige soufflée pour faire un troisième mur de protection, histoire que ce soir, je puisse dormir tranquille ! Le dos prend un peu cher dans tous ces travaux, mais je retiens que je devrais changer ma pelle à neige en plastique en rentrant.  Pour travailler la neige, il faut clairement une pelle en alu avec un manche extensible.

 

Juste avant midi, je me retrouve dans une tranchée de neige que j’ai creusée jusqu’à ce que les murs atteignent mes épaules. Ce qui me cause des problèmes avec le voisinage, la tente de RF étant trop près pour que je puisse finir mon mur sans que Françoise et lui ne se risque à tomber dedans lorsqu’ils iront se reposer. Bon, on n’est pas mal non plus, avec un mur près de la tente d’une quinzaine de centimètres d’épaisseur, un second mur (l’original) du double d’épaisseur, et un troisième mur permettant de guider le vent dans une tranchée pour faire le tour de la tente. C’est vrai que ça fait un peu bunker et ça me vaut pas mal de boutades de la part de Vicente.

 

La fin étant toute proche, Vicente se lâche sur les réchauds, qui sont maintenant également utilisés pour chauffer la tente messe. Toutes nos affaires sont pendues partout et il y règne une température très confortable. Difficile de vouloir en sortir par la suite, même pour aller faire la sieste dans le sac de couchage. J’aime en tout cas beaucoup les discussions du groupe lors du repas, qui consiste à lister le boulot encore à réaliser pour renforcer le camp. De là à parler de vacances :p

 

En tout cas, l’oreille s’habitue au son de la toile agitée par le vent, et le mot « apéro ! » est très vite identifié, même encore un peu endormi. Parlons en un peu de ce vent. Il s’agit de vent catabatique, issue de la descente d’une masse d’air froid sur lequel pèse un nuage. Le vent arrive et repart quasi instantanément, sans qu’on puisse trop le prédire. Il tombera en moins de cinq minutes, alors que l’on était dans la tente messe pour le dîner. Le bonheur du silence pour nos oreilles, et c’est avec humour que Vicente passe la tête en dehors de la tente messe pour crier « ah tu nous as pas eu enfoiré hein ! ».

 

Le super bon côté, c’est que j’ai pu profiter de mon dernier tour de garde avec une lumière magique et d’une bonne visibilité, avec juste un petit peu de vent.

Ça va être galère pour retrouver les sardines...

Petit mur à gauche pour la tente, suivi d'un plus gros mur emprisonnant le ski

Huitième camp sous la menace des vents catabatiques

Crépi apporté par la tempête sur les murs de protection

Un peu de neige au niveau du ski...

Jour 11, du camp 8 à Longyearbyen

7.3 km, 60 m de D-.

Encore une fois, démonter le camp après deux jours sous le vent prend vachement de temps et Vicente nous réveille à l’aube pour qu’on puisse être à temps au point de rendez-vous avec les motoneiges. Skis, bâtons et sardines sont sous des tonnes de neige, et on doit faire un travail d’archéologue pour les retrouver sous la neige.

 

Il fait super beau et le groupe progresse de manière éclatée. On fait les idiots avec RF, qui me pousse à aller vite pour ensuite essayer de me doubler. Un coup d’épaule et deux chutes permettront de sauver l’honneur.

 

Il n’y a que quelques kilomètres à parcourir, mais qu’est-ce qu’ils sont longs. Je m’ennuie ferme, il fait trop beau et comme je sais que l’écurie est au bout, il n’y a plus vraiment de précautions à prendre. C’est fini, mais déjà pointe les idées de futurs raids, sûrement en raquettes-pulka cette fois-ci.

 

En tout cas, le retour à la civilisation fait plaisir. Les bâtiments chauffés bien sûr, mais surtout la super douche avec de l’eau chaude à volonté. Pouvoir se laver après onze jours dehors, c’est juste du bonheur.

 

Superbe initiation que ce raid au Spitzberg ! Ça donne envie d’y retourner, et un guide comme Vicente aide beaucoup à avoir la bougeotte avec toutes ses idées. Au final, je pensais apprendre beaucoup plus, mais la Kungsleden et le Kevo Trail avaient déjà pas mal débroussailler le terrain. J’ai néanmoins découvert la puissance des Thermos et le besoin d’avoir des pelles robustes. Le froid polaire exige un combat permanent mais il est au final gérable si l’équipement est là. Par contre, la prochaine fois sera certainement avec un plus petit groupe, sans guide, et avec des raquettes. Je n’ai pas été impressionné par nos performances à ski, et dès que le terrain se compliquait, j’ai regretté de ne pas les avoir. En tout cas, ça parle beaucoup de la Terre de Baffin à la maison maintenant…

Côté organisation

Pour le coup, rien de plus simple, il suffit de se rapprocher de l’agence Terres Oubliées, qui proposent plusieurs dates entre mars et fin avril. Mais préparez-vous à devoir quand même mettre la main à la pâte durant le trek, on est un peu loin de l’ambiance Club Med’ tout de même.

 

Si vous souhaitez partir sans encadrement, il faudra porter attention à plusieurs points. Le premier, vous devez avoir une autorisation du gouverneur local et vous déclarer aux autorités. Des gardes en motoneige contrôlent les papiers même au milieu de nulle part. Le second, vous devez vous équiper pour vous protéger de l’ours, c’est-à-dire louer les armes nécessaires et savoir s’en servir en cas de besoin. Troisième point, il est possible de partir avec les skis et la pulka directement depuis Longyearbyen, ou louer les services des motoneiges (concession Yamaha de l’île) pour vous faire déposer cinquante kilomètres plus loin. Enfin, les compagnies SAS et Norwegian desservent Longyearbyen depuis Oslo.

Côté matos

On ne va pas se mentir, le matos aide énormément à ne pas trop souffrir dans ce type d’environnement. Tout d’abord la veste et le surpantalon, qui protège du vent et de la neige soufflée qui vient cingler le visage. Ensuite les doudounes et les moufles qui permettent de ne pas avoir froid en statique. Enfin tout un tas de gants pour ne pas souffrir des doigts. Le kit polaire répertorie tout le matos que j’ai embarqué sur ce raid.

 

La veste doit être une hardshell avec une bonne protection (une masse de 500 grammes est un bon indicateur), des zips sous les bras pour se refroidir lorsque l’on est en mouvement, suffisamment ample pour mettre une ou deux polaires dessous et avec une capuche qui protège efficacement du vent au niveau du visage. Surtout lorsque l’on est perpendiculaire à la direction du vent. Enfin, prendre une veste avec une grande largeur de zip pour éviter qu’il ne coince lorsqu’il fait trop froid. Perso, je suis parti avec une RAB Latok, c’était pas mal !

 

Le surpantalon doit, tout comme la veste, offrir une bonne protection avec un tissu robuste aux frottements. Je préfère les salopettes dans ce genre de conditions, car il est ainsi possible d’aller aux toilettes sans avoir à baisser tout le pantalon. Evidemment, il faut que la salopette offre cette possibilité. Miss, RF et moi avions l’ARC’TERYX Theta SV, qui est juste parfait pour ce type de raid.

 

Pour la doudoune, oubliez les modèles pour nos hivers, prévoyez du lourd avec au moins 400 grammes de duvet de bonne qualité (> 700 CUIN). Ce type de doudoune ne peut pas se porter avec la hardshell par-dessus, du coup, privilégiez les modèles avec un duvet traité hydrophobe ou une doudoune dotée d’une membrane. Les températures fluctuent beaucoup et il arrive que la neige fonde au contact du vêtement. Perso, je suis parti avec une RAB Andes qui a fait le boulot efficacement. La RAB Batura de RF avait l’air également être au top et elle est plus facile à trouver en France.

 

Pour les gants, je vous conseille de prendre plein de paires. J’en avais quatre : une paire de gants en soie, une paire un peu plus épaisse mais à peine, une paire de gants de ski et une paire de moufles. Après coup, j’aurai apprécié un intermédiaire entre la paire fin et la paire de ski, et j’aurai peut-être pris une paire de gants en soie supplémentaire pour des questions d’hygiène.

 

Les thermos sont un point d’équipement indispensable, de préférence les modèles de THERMOS qui sont les plus simples à manipuler.

 

Pour les pelles, prévoyez de la robuste, avec un manche suffisamment long pour ne pas se péter le dos. Je n’aurai pas voulu me retrouver avec ma pelle en plastique pour avoir à installer le camp…

 

Dernier éclairage sur les sacs de couchage. L’agence fournissait des CARINTHIA, des Defence 6 si je ne m’abuse, avec un garnissage synthétique. Les autres se sont plaint d’avoir froid les premières nuits mais ça s’est amélioré ensuite (en même temps, c’est les premières qui étaient les plus froides). Miss avait opté pour un VALANDRE Neo Thor, qui fait un peu surarmement dans ce cas de figure. Quant à moi, je me suis lancé sur un CUMULUS Excuistic 1200, avec une modification pour disposer d’un duvet traité hydrophobe. Peut-être pas aussi chaud que le Thor, mais je n’ai jamais dormi avec tous les zips clos, et on a eu l’impression qu’il a mieux géré l’humidité que le modèle de VALANDRE. Avec des matelas THEM-A-REST NeoAir Xtherm, on était bien installé !

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