Traversée de l’Islande en autonomie

Romain Mouton | mis à jour le 23 octobre 2017

Une technique sournoise serait de commencer mon récit par un « ah l’Islande, pays des lutins, des elfes et autres trolls ». Puis d’enchaîner en vous expliquant que ce genre d’intro est d’un classicisme qui n’a pas sa place ici. Comment ne pas assumer…

 

Bonjour, et bienvenue en Islande !

L’Islande, c’est le pays qui trouve sa place dans toutes les listes d’envie des trekkeurs du monde entier. Combien de fois j’ai dû reporter ce voyage. Pas assez préparé, pas assez anticipé les billets d’avion, et paf, premier trek à l’étranger au Népal. C’est vrai que le Népal, c’est moins loin que l’Islande…

 

C’est donc quatre années après avoir commencé à voyager pour trekker que je me retrouve sur le tarmac de Keflavik, et pour se mettre tout de suite dans l’ambiance, il pleut. Enfin il pleut… A la brestoise quoi ! Ça tient plus du crachin que de l’orage de montagne, et cette pluie crée l’ambiance « Atlantique Nord » que j’aime tant, avec ses embruns et son soleil pâlichon.

 

Pour cette première visite (et j’espère qu’il y en aura d’autres), Miss et moi comptons nous lancer dans une traversée de l’île en partant du Sud, depuis Porsmörk, pour filer droit au Nord, jusqu’à Blönduos. Nous avions repéré cet itinéraire sur un forum, où un furieux avait fait ce parcours en neuf jours. Après avoir lu son compte-rendu, on s’est dit que quatorze jours nous semblaient déjà plus raisonnables.

Apparté islandais

Oui, des fois, je prends des photos de n'importe quoi

Premier point à savoir, c’est que la vie en Islande est chère. Même si l’on pouvait s’en douter, c’est toujours un choc une fois sur place. Acquérir trois cartouches de gaz et quelques vivres complétant nos lyos détruisent déjà une bonne partie du budget. Si l’on rajoute les tickets de bus et l’hôtel, il ne faut pas être trop optimiste au moment de définir ce maudit budget.

 

En revanche, pas besoin de balise de détresse ici. Il y a du réseau sur la quasi-totalité du territoire, et les islandais proposent même une application pour indiquer sa progression quotidienne et prévenir les secours en cas de besoin, avec envoi automatique des coordonnées GPS. Le site web SafeTravel permet également d’obtenir les dernières informations sur les circuits de randonnée du pays, notamment sur les tremblements de terre ou les éruptions récentes.

 

Enfin, étant partis au mois d’août, il est bon de rappeler que le soleil ne se couche pas à cette période de l’année. Il reste là, à trainer des pieds toute la journée.

Jour 1, de Porsmörk à Emstruskali.

Porsmörk est le point de départ (ou d’arrivée suivant votre humeur) du parcours permettant de traverser le massif de Landmannalaugar, l’un des plus beaux endroits de l’Islande. Il est bien évidemment très populaire, ce qui nous arrange bien, car ça veut aussi dire qu’il est facile de s’y rendre en bus. Enfin en bus…

Ca c'est du bus!

Quelques heures de pistes et de passages à gué plus tard, nous voilà enfin au point de départ, sortant nos gros sacs à dos avec toute la nourriture pour quatorze jours de la soute. La taille a dû intrigué notre conducteur qui demande notre programme. Notre réponse me donne le droit à une grande claque dans le dos accompagné d’un rire gras et d’un « ne vous inquiétez pas, je reviens ici vous récupérer dans quelques jours ». Ça met de suite dans l’ambiance.

 

Bien sûr, nous n’avons pas pris ce trek à la légère, avec même la présence de mini crampons dans nos sacs au cas où les névés soient plus difficiles que prévus. Mais c’est toujours la même rengaine, les locaux sont habitués à voir tous types de randonneurs, dont des farfelus, et je ne sais pas pourquoi, mais je dois avoir une tête à rentrer dans cette case. Je me doute bien que ça ne va pas aussi terrible qu’il nous le dit, mais en même temps, le doute s’installe, car il arrivera bien un jour où je serai un farfelu.

 

Enfin bref.

 

Landmannalaugar, si vous ne connaissez pas, c’est des paysages à couper le souffle, un petit coin de paradis entouré de gros glaciers. Et ce, dès le début de la balade.

Porsmörk

Mais voilà, assez vite, il nous faut au sortir d’un bosquet faire notre premier passage à gué. Pour moi, l’une des difficultés de cette traversée de l’Islande est d’avoir à passer de nombreux cours d’eau plus glaciaux les uns que les autres. Ce premier est gentil, le courant est un peu fort mais il est peu profond. Bon, on voit au loin le glacier qui l’alimente, alors on s’imagine bien que l’eau ne doit pas être bien chaude.

 

Ayant anticipé l’affaire, notre idée est de traverser en utilisant des chaussettes de plongée pour le côté thermique, et des Crocs pour éviter que les petits cailloux agressent nos pieds si délicats. Dans les faits, ce premier gué ne me fait pas peur, et je pars sans les chaussettes, ce que je vais regretter au bout de quelques pas. Pas question de glander à regarder le paysage les pieds dans l’eau. Ça caille et mes petits petons sont en train de devenir bleus. Le pire, c’est que plus les pieds sont froids, et plus il est difficile de garder l’équilibre. Heureusement, la traversée est courte, et je peux profiter du soleil pour me réchauffer, du paysage pour m’aider à savourer mon sandwich et des autres personnes traversant pour me marrer. C’est de bonne guerre, ils ont fait pareil.

Une plage anodine en Islande...

Parlons en justement des autres. Peu d’entre eux font le parcours dans le même sens que nous, ce qui fait qu’une fois la marée de trekkeurs passée dans l’autre direction, on se retrouve la plupart de la journée à cinq ou six pèlerins dans un environnement très vaste. Ambiance « seuls au monde » garantie !

Quand je vous dis que c'est beau l'Islande

La progression est facile et nous rejoignons assez vite le campement. Mais avant cela, il faut traverser un petit pont enjambant une gorge impressionnante dans laquelle coule une eau noire sentant le soufre. Si vous ne connaissez pas l’odeur du soufre, ça s’apparente à l’odeur de l’œuf pourri. Le genre d’odeur qui ne permet pas de s’attarder pour regarder le spectacle.

Le fumeux petit pont

Juste après ce petit pont, les islandais ont pris un malin plaisir à mettre un mur de dénivelé à franchir pour rejoindre le camp. Heureusement, un sentier plus plat permet de reprendre son souffle une fois le mur avalé, avant de constater que le campement est noir de monde, nous ramenant brutalement en mémoire que ce trek est très populaire. Arrivés parmi les derniers, on trouve néanmoins une petite place au milieu de l’attroupement de tentes. Payante bien sûr la place, mais je ne vais pas trop râler, il y a des commodités pour jouir encore d’un peu de confort.

 

Et bigre, que nous sommes nombreux les français !

HLM

Jour 2, d’Emstruskali à Hranftinnusker.

Normalement, nous n’avons pas trop de bol avec la météo lorsque l’on part en trek. Du coup, le grand ciel bleu de ce matin sur une île réputée humide est louche. Trop louche même. Mais je ne vais pas m’en plaindre, le soleil et l’air sec arrive à faire sécher la condensation de la tente en un clin d’œil. Il faut dire que l’on a fait le choix de fermer tous les panneaux d’aérations la veille pour se protéger du sable porté par le vent.

 

Cette matinée nous permet de profiter de la vue, avec de nombreuses montagnes solitaires posées là on ne sait pourquoi. C’est pour le côté glamour, car en off, le chemin est une autoroute, rejoignant parfois une piste où de nombreux 4x4 circulent et lèvent leur lot de poussière.

The Lonely mountain

Profitant d’un moment de tranquillité entre deux véhicules, on se pose pour manger un bout et surtout, me permettre de prendre conscience que je boulote plus que ma ration journalière. Mais si le sac est rempli aux trois quarts de nourriture, les rations sont suffisamment justes pour ne pas pouvoir manger sans se contrôler. Pour ma défense, les KitKat tombant toujours dans mon champ de vision ne m’aident pas beaucoup dans cette tâche.

 

Pierre connait également la même galère. Nous faisons sa rencontre lors de notre second gué. Après avoir décidé de partir en vacances en Indonésie, il s’est retrouvé par une suite de circonstances ici, à parcourir le trek du Landmannalaugar. Pas forcément préparé à faire du trek, il a zappé de charger son sac avec suffisamment de nourriture. Le voilà donc à franchir ce second gué avec nous et le ventre affamé.

Pierre

Il y a un refuge après le gué, et Pierre en profite pour essayer de manger sans taper dans ses provisions. Quant à nous, on continue notre bout de chemin, le temps de trouver un coin peinard où l’on peut manger tout en continuant à s’en mettre plein les mirettes. Car je ne le répéterai pas assez, mais l’Islande, c’est magnifique. On est tellement bien qu’il faut que Pierre nous dépasse pour que l’on décide enfin à se bouger.

Ah... l'Islande!

Le sentier nous emporte jusqu’à un second refuge. Un troisième est situé un peu plus loin, mais plus en altitude, à quelques 1 100 mètres. A quatre heure de l’après-midi, nous avons le choix soit de continuer à se la couler douce au second, soit de prendre de l’avance sur notre programme et de poursuivre, même si le troisième campement est réputé être une catastrophe en matière de confort. L’avantage de l’absence de nuit, c’est que l’on peut arriver tard sans se faire de soucis de ne plus voir le chemin.

 

La suite est douloureuse, avec ses nombreux gués à passer. A chaque fois, c’est la même routine : enlever son sac, retirer ses chaussures et chaussettes, mettre les chaussettes et chaussures de gué, remettre le sac, traverser, enlever le sac, retirer les chaussettes et chaussures de gué, mettre les chaussures et chaussettes et remettre le sac. L’opération prenant une dizaine de minutes à chaque fois, on s’en lasse très vite…

 

Il y a également la pente, qui n’est pas simple, surtout avec les gaz soufrés sortant du sol. Mais quand on se retourne, on oublie tout.

Landmannalaugar

Le paysage aide mais il n’en reste pas moi qu’une fois le camp en vue, c’est plus la mort du petit cheval qu’un retour à l’écurie. La journée a été longue et la fin du sentier nous le fait sentir. Les petites descentes et les petites montées, c’est comme les auvergnats en cette fin de journée. Moins il y en a et mieux on se porte.

 

Une fois au campement, on comprend d’où vient la réputation du coin. C’est un vrai refuge de montagne, lire par là qu’il y a que de la caillasse, peu de zones propices au posé de tente, le tout aéré par un vent savant se montrer violent quand je veux pisser face à lui. Avec le gros temps islandais pointant enfin le bout de son nez, je suis ravi. J’adore ce genre d’ambiance, celle qui fait magner son petit cul pour installer le camp, avant d’être complétement trempé. On n’en savoure que d’autant plus le petit lyophilisé préparer avec amour, et son petit bout de chocolat.

Enfin du temps de merde

Jour 3, de Hranftinnusker à Blahnukur.

Après la journée d’hier, la nuit n’a pas eu à faire grand-chose pour être excellente. Le seul hic, c’est que la dernière zone plate disponible était entre deux tentes. J’aurai dû me méfier, deux tentes DECATHLON aussi proches, obligé que ça soit un groupe de français. Et bien non, ce sont des françaises, qui nous réveillent ce matin, avec ce que l’on pourrait appeler une communication inter tentes. Apparemment, le respect des autres est resté au pays. Mais je jubile, car justice est rendue. Je les entends dire qu’elles se sont pelées toute la nuit dans l’humidité, alors que je suis encore dans mon duvet bien au chaud. Je sais, je ne suis pas sympa, mais j’assume, alors c’est moins grave.

 

Nous avions doublement raison hier de pousser jusqu’ici. Car le mauvais temps d’hier soir a laissé avant de partir, quelques nuages histoire de masquer le paysage. Ce matin, on ne voit donc pas grand-chose, ce qui au milieu de cette rocaille ne manque pas de charme. On baigne dans le mystère, un mystère du genre à sentir l’œuf pourri bien sûr.

Les mystères de l'Islande

Ne nous plaignons pas de cette odeur, car elle est le signe d’une activité volcanique, façonnant aussi bien des fumeroles que des turbines de vapeur, sorte de trous où l’on comprend assez vite que tester si c’est chaud avec sa main serait assez stupide. Et même si la stupidité, ça me connaît, je passe mon tour. Autre particularité volcanesque, les bassins se remplissent d’eau chaude, dans un bleu pâle de toute beauté.

Mini lagune islandaise

Comme l’indique un dicton célèbre, plus on avance, et plus on se rapproche de l’arrivée (équivalent à celui qui dit qu’un pas de fait et déjà un pas en moins à faire). Histoire de s’en assurer, les randonneurs commencent à sentir le parfum, ce qui veut dire que les parkings ne doivent plus être loin. Une fois que l’on est au point final du trek de Landmannalaugar, c’est un peu la mort. La vue se dégage sur un méga camp, avec des 4x4 et des cars partout, des tentes, des gens, du bruit…

Campement de Blahnukur

Mais aussi des sources chaudes, de la nourriture, de la bière et des TUC. Alors au final, surtout après une heure à se détendre le dos dans l’eau chaude, le campement est pas mal.

Bières et TUCs, c'est à se demander où est passé l'autonomie...

Source chaude

Jour 4, de Blahnukur aux abords de Valafell.

Difficile de dire que l’on a bien dormi lorsqu’un groupe ait décidé d’utiliser leurs voitures pour mettre de la musique à fond. Et ce, juste à côté de notre tente. La matinée aurait pu également sauver la mise si je n’apercevais pas trois trous dans le sol de la tente. Ma tente, ma belle, presque neuve et pleine de trous. Bon, je dois me raisonner, ils sont petits et ils ne peuvent pas s’agrandir du fait d’un maillage présent dans le tissu pour éviter ça. Mais quand même !

 

La suite de notre parcours commence par revenir sur nos pas, afin de trouver une bifurcation permettant de suivre un nouveau sentier partant plein Nord. Une fois sorti de l’autoroute du Landmannalaugar, c’est les joies du sentier peu fréquenté qui s’offre à nous. Enfin sentier, je m’avance peut-être un peu vite. Je vais dire qu’il y a des poteaux qui montrent le chemin à suivre. Les islandais sont des taquins, le balisage sur les poteaux est vert foncé…

Le genre de chemin qu'on adore suivre

Le terrain se complique un peu, avec la découverte du principe du chemin mou. Les pieds s’enfoncent à chaque pas alors que sol n’a pas l’air sableux. Et marcher sur les pierres visibles ne changent rien, si ce n’est que l’on s’enfonce moins. Rien de tel pour bosser les mollets.

 

Le paysage de ce matin est moins volcanique, et ressemble plus à ce que l’on pourrait voir dans les Alpes. D’un col à un autre, d’une vallée à une autre, on progresse, tout en se demandant si le beau temps d’aujourd’hui va tenir avec les gros nuages au loin.

Paysage alpin avec beaucoup d'imagination

On finit par rejoindre la vallée qui nous intéresse, traversée par la piste permettant d’accéder au camp de la veille. On avait remarqué au col précédent des chevaux prendre un sentier, évitant ainsi la piste pour atteindre au loin un bâtiment qui doit sûrement être le refuge qui nous intéresse. Une fois sur le sentier, on remarque que ce sont les chevaux qui viennent de le faire, et on repart encore pour une séance d’une heure de mollets, toutefois un peu moins pénible qu’auparavant.

 

Juste avant le refuge, on croise sur notre chemin de plus en plus de cours d’eau, que l’on peut de moins en moins enjamber. On les passe tous jusqu’au dernier, qui est suffisamment large pour que l’on ne puisse pas sauter, mais pas assez pour se motiver à chausser les chaussettes et les crocs. On perd donc un peu de temps avant de se décider à considérer cette blague comme un vrai gué.

Configuration de passage de gué

Au moins, le refuge offre son petit confort pour manger et passer son humeur. Il y a des tables dehors et on peut faire le plein en eau. Que demande le peuple ?

 

Les poteaux commencent à se faire moins présent sur la suite, mais ils nous guident cet après-midi dans des paysages de folie. Nous avons droit au passage de col, qui te fait penser que tu es à au moins quatorze mille mètres d’altitude, à la vallée de la mort, rempli de pierres ponces, avec des crêtes que l’on imagine aisément en train de cacher des cavaliers du Rohan, et à ses passages à travers de la lave pas bien vieille, recouvertes de barbes naturels. Bref, ça pète.

Franchement, tant de beauté, faut que ça s'arrête un moment

Pour la première fois, on pose la tente en dehors d’un emplacement prévu pour. L’occasion de tester la pompe filtrante pour faire le plein d’eau à partir d’un ruisseau, et de s’exercer à trouver le meilleur emplacement pour poser la tente en Islande. Ce qui est moins compliqué que prévu, il suffit de trouver des moutons, de les virer de leur emplacement pour s’y poser.

Campement plutôt tranquille

Jour 5, des abords de Valafell à Fossheiði.

Aujourd’hui forcément, on est peinard dans notre jardin de quelques hectares. Le mauvais temps ne s’est pas encore installé (mais il est hésitant, et nous lance parfois un peu de pluie juste pour nous faire transpirer sous nos protections). Le but de la journée est de rejoindre un pont routier pour pouvoir enjamber un cours d’eau. Car même avec les chaussettes de plongée, ça risque de ne pas le faire. Avant cela il nous faut atteindre un refuge, traverser en mode sanglier une zone de lave et enfin longer une route.

 

La première partie est du même goût que la veille, avec son lot de zones désertiques. Ça se fait très bien, et c’est très efficace pour développer un moral d’enfer.

Y a qu'à suivre les panneaux!

La seconde partie est moins funky, surtout que des cavaliers sirotant de la bière dès midi au refuge cassent un peu l’ambiance. On retrouve un sol pas palpable, et on se fait arrosé abondamment de temps à autre par une pluie islandaise pas très chaude.

Attention, sol impalpable

La troisième partie n’est juste pas intéressante.

 

Mais une fois de l’autre côté du pont, le mauvais temps à décider que l’on avait assez profité du soleil. C’est toujours au moment de sortir la carte que le gros temps te tombe dessus. Alors forcément, on reprend la marche sans trop être sûr de la direction. Pour une fois, c’était la bonne, et l’on doit en fait suivre une ligne à haute tension pendant un jour… déjà moins sexy comme paysage. L’Islande a néanmoins toujours un petit extra sous le coude. Cet après-midi, c’est une chute d’eau impressionnante que l’on trouvera à quelques pas de la ligne à haute tension.

Chute islandaise

Là où l’on n’avait pas trop réfléchi, c’est que le torrent qui alimente cette chute impressionnante, se doit aussi d’être impressionnant. Et vu l’orientation de la chute, il va falloir le traverser. Une fois au gué indiqué sur la carte, on s’aperçoit qu’il n’est plus trop fonctionnel, ou alors, faut avoir des grosses balloches. Nan, mais moi j’en ai, c’est pour Miss que je dis ça ;)

 

Bref, on remonte le cours d’eau en espérant trouver un meilleur endroit, et on tombe sur deux gars qui font un trou. Mais un gros trou, genre ils sont motivés. Ce sont des volcanologues écossais, et leur rencontre nous permet de prendre en photos une vraie carte détaillée et de déterminer le meilleur endroit pour traverser. En fait, c’est juste à côté d’eux, et c’est dans le même état que le gué de la carte.

Chute islandaise

On verra demain car là ce soir, après presque trente bornes, on n’a plus trop le goût de tenter une traversée. On pose donc la tente, et je profite de temps de confort pour faire péter le couscous. C’est moins mauvais que je pensais le couscous lyophilisé… mais de là à écrire que c’est bon…

Jour 6, de Fossheiði à quelque part en Islande.

Ce matin, le vent s’installe dans ce paysage islandais, et il fait comme chez lui. Rien de telle qu’une petite brise pour se motiver à traverser un torrent glacé. Heureusement, on trouve une ligne de roches sous l’eau, faisant office de crêtes sous-marines pour traverser avec de l’eau jusqu’aux genoux. Une fois de l’autre côté, on ne se fait pas prier pour se sécher.

 

On quitte enfin la ligne de haute tension pour partir plein nord, en suivant un semblant de piste, avec des panneaux couchés à côté. Pour le coup, et une fois le groupe de motards passés, on se sent vraiment seul au monde dans ce paysage lunaire. C’est très roulant et la hausse du rythme commence à faire des dégâts. J’ai une gêne à la cheville et Miss au dos. L’avantage avec le vent, c’est que l’on a peu de temps pour y penser, car il ramène vers nous tous les gros nuages.

 

La pluie en Islande est assez impressionnante. Ça ne dure pas longtemps, mais qu’est-ce qu’on ramasse.

 

Forcément, avec notre carte pas à jour, et à l’échelle 1 :250000 (1cm pour 2.5km), quand on croise un carrefour de pistes qui n’est pas sur la carte, et qu’on ne voit pas le refuge qui devra se voir de là où on est, on se pose beaucoup de questions. Et ça tombe bien sûr dans la seule partie que les volcanologues n’avaient pas sur la carte. C’est dans ces instants que vous devez ne pas m’écouter sur la direction à suivre. Ce que Miss fait très bien, et alors que je peste dans mon fort intérieur que j’ai raison, on trouve le refuge… je sais, il faut que je m’inscrive à un stage d’orientation.

 

Le refuge est… fermé. Fils ! Bon, il y a de l’herbe bien touffue et tendre devant le refuge, mais quitter le vent et son harcèlement sonore ne serait pas du luxe.

 

Encore une fois, seuls en zone désertique, avec de l’eau et de la nourriture, qu’est-ce que c’est bon de prendre son pied !

Jour 7, de quelque part en Islande à quelque part autour de Lambafell.

Le vent a soufflé fort toute la nuit, et je me suis demandé pendant un moment si ce que j’avais lu comme description pour la tente était écrit par un gars de la technique ou par un gars du marketing. A priori, vu qu’elle est encore entière, ça devait être par la technique. Au moins ce matin, le vent nous fout la paix, et après avoir traversé deux gués, on retrouve notre sentier bien roulant.

 

Alors que l’on est en train d’exploser la vitesse moyenne, la gêne à la cheville devient douleur et je peux quasi plus poser le pied par terre. C’est malin de prendre son pied au milieu de rien, mais avec ce type de douleur, les solutions de replis sont très limitées. Enfin, il n’y en a qu’une, c’est de continuer à marcher. Je me mets du Niflugel®, de la bande élastique mais rien n’y fait, ça me déchire le talon. Je ne sais pas comment me vient l’idée de desserrer ma chaussure, mais ça marche du feu de Dieu. On peut se remettre à marcher presque normalement, la gêne étant encore présente mais supportable. Ca compromet néanmoins la traversée car on était déjà limite en temps…

 

Aujourd’hui, on n’a vraiment croisé personne, et presque pas de signe de civilisation hormis une station météo. Bon, il faut aussi dire que ce n’est pas la région la plus belle de l’Islande non plus.

Station météo

Alors qu’il a fait beau et calme toute la journée, le vent revient en début de soirée. C’est d’ailleurs étrange, on a l’impression que quelqu’un l’a mis en route en actionnant un interrupteur. Ça passe de que dalle à bon sang, où est-ce que l’on va planter la tente. On avance, on avance, mais forcément dans un désert plat, pour protéger la tente du vent, c’est coton.

 

C’est là qu’arrive Charlotte, l’énorme rocher faisant pile poil la largeur de la tente et qui va presque nous protéger toute la nuit. La préparation du repas est compliquée avec le vent soulevant la poussière et la dispersant partout. La nuit sera également très moyenne, avec le vent faisant claquer la toile toute la nuit.

Devinez le sens du vent

Jour 8, de Lambafell aux abords du Klakkur.

Le vent est toujours là ce matin. Alors que Miss m’avait sorti il y a quelques jours d’avoir peur que le vent ne déchire la tente, la seule nuit où ça a vraiment tremblé de partout, faisant un barouf d’enfer, elle a dormi comme une masse. Va comprendre… Au moins, il n’y a pas du tout de condensation, et plier le camp est une formalité, une fois que l’on a compris qu’il ne faut surtout pas lâcher la toile avant qu’elle ne soit en boule dans le sac à dos.

 

Après avoir suivis la vieille piste de la veille, il nous faut la quitter car elle ne semble pas aller dans la bonne direction. Ne voyant pas le Klakkur, c’est parti pour un peu de navigation, dans un terrain de nouveau pas palpable. Un gué se présente à nous, et la flemme de mettre les crocs (enfin, surtout de tomber le sac et de retirer les grosses) fait que Miss finit de mettre un pied à l’eau. Le petit rocher était à la fois glissant et pas stable, du coup, c’était couru d’avance. Mais ça a l’air d’aller, la chaussure est juste humide, on va espérer qu’avec l’air sec de l’Islande, ça va vite sécher.

 

Je ne suis peut-être pas bon en navigation, et c’est sûrement pour ça que Miss nous amène dans la bonne direction, mais j’ai de bons yeux. Une fois à un col, je vois (je devine plus que je ne vois) une cabane au pied du Klakkur. Ne nous emballons pas, il y a de grandes chances qu’elle soit fermée ou bondée… mais quand même, l’idée de passer une nuit à l’abri du vent et de reposer les oreilles s’immisce assez vite dans nos cerveaux.

Une cabane se cache sur cette image

Sus donc à la cabane, et après avoir marché presque trois heures pour l’atteindre, une dernière difficulté se présente. Un gros gué à passer au fond d’une gorge. J’ai putain de mal aux chevilles et je ne suis pas le seul apparemment. On tente encore une traversée sans déchausser mais cette fois-ci, aux bords même du gué, la chaussure de Miss disparaît dans une sorte de sable mouvant. Là, c’est mort, il va falloir que la cabane soit ouverte pour que l’on puisse faire sécher… rah, et il faut passer les crocs avec le sac sur le dos car tout est mouvant autour… comme quoi, la flemme, ça n’a du bon qu’au fond d’un canapé.

Passage technique

On arrive à la cabane en Crocs. Les Crocs, ce n’est pas fait pour marcher longtemps avec un gros sac sur le dos. La cabane se présente pas mal. Il nous faut un moment pour comprendre avec un islandais au téléphone comme déverrouiller la porte mais on y arrive. Il y a un gros tuyau planté à la verticale faisant office de toilettes (avec marqué dessus : « enter at your own risk »), pas mal de place à l’intérieur et même de la nourriture laissé par des français (dans le refuge hein, pas dans les toilettes). Des lyophilisées pour une dizaine de jours, une vraie fortune ! On prend vite nos aises, tout en appréciant d’être enfin coupé du vent.

Une cabane se cache sur cette image 2

Un anglais nous rejoindra dans la cabane. Il se promène dans le massif du Kerlingarfjöll tout seul avec sa tente et son excellent vin rouge (en cubi souple, excellente idée s’il y a encore de la place dans le sac). On le convaincra avec notre récit de nous répéter l’année prochaine.

 

Un petit bilan s’impose dans ce cocon. J’ai la cheville en vrac, et j’ai peur, que si je pousse trop loin, de ne pas pouvoir faire mon ultratrail dans trois semaines. Miss aussi a un peu mal à une cheville, et on décide la mort dans l’âme de sortir de cette traversée au prochain camping.

Jour 9, de la cabane de Klakkur au camping d’Asgarðsfjall.

De suite, à dormir en dur, on gagne vachement de temps pour plier le camp. Et pour continuer dans la simplicité, ce matin, c’est direction Nord, à travers le massif du Kerlingarfjöll, afin d’atteindre un camping de l’autre côté.

 

Ça commence droit dans le pentu, les mollets chauffent et les couches tombent. Il n’y a pas à tortiller, la montagne, c’est quand même le top. Fini le désert, place au dénivelé et aux sommets. Le massif ramène enfin un peu de magnifique dans la vue, et on ne voit pas le temps passé.

Un peu de montagne

A mi-distance, il nous faut traverser un gros névé en pente pas joli joli. C’était pour se massif que l’on trimballe nos crampons depuis le début, mais en dehors de ce névé, qui est un peu dangereux si on glisse, mais pas technique, toute la neige a fondu. Ce qui revient à dire qu’il faudra à l’avenir nuancer les propos des islandais sur l’équipement à prendre.

 

Une fois le névé passé, on commence à voir de plus en plus de monde, le camping ne doit pas être très loin.

Le chemin court le long d’une gorge, et on se décide alors à descendre au fond de la gorge par une cheminée, pour marcher à côté du ruisseau. Il y a beaucoup d’activités volcaniques dans le massif, et c’est avec plaisir que l’on découvre que l’eau du ruisseau est chaude. Vite, on retire les grosses, on enfile les crocs et on descend direction Nord avec les pieds dans l’eau.

On est pas mal là

Le ruisseau grossit au fur et à mesure de la descente par des petits filets d’eau parfois chaude, parfois froide, maintenant une température agréable. On mettra quand même une heure trente à patauger avant d’arriver à une zone de largage de bus, pleins de touristes. Il était temps que l’on retrouve un vrai chemin, car le ruisseau commençait à être un peu trop énervé.

 

Notre carte indique des sources chaudes dans la zone de largage (qui est aussi un chantier), et alors que l’on cherche où aller pour les rejoindre, un conducteur de bus nous demande si on ne veut pas aller se baigner avec lui. Il nous amène dans un cours d’eau bouillant, où des ouvriers se sont aménagés une baignoire. Pour être chaude, elle est chaude, on peut apercevoir que l’eau bout à une dizaine de mètres en amont. Les autres touristes nous regardent bizarres, car on est en maillot et eux en doudounes, mais ça fait du bien de se débarrasser de la crasse des derniers jours.

Attention, ruissant chaud bouillant

Zone à sources chaudes

Après avoir profité des bienfaits de l’Islande, on reprend le sentier un peu patraque, comme quand on sort de la piscine. Le sentier est maintenant bien indiqué et on arrive simplement au camping, quoiqu’un peu fatigué. Avant d’arriver, on remarque une personne sur une pente aux abords du sentier, mais assez loin pour qu’on ne puisse lui parler. La pente est très inclinée, et on sent qu’elle n’est pas à l’aise. On s’arrête pour la regarder, un gars nous rejoint dans notre direction, et on commence à débattre pour savoir si elle est en galère ou pas. La personne ne bouge presque pas, mais on a l’impression qu’elle creuse le sol. Encore un volcanologue ? Je lui fais les signes pour lui demander si elle a besoin d’aide mais elle ne répond ni oui ni non.

 

Je prends une photo zoom au max pour rezoomer avec l’appareil et voir ce qu’elle fait. Elle doit être en galère et on fonce prévenir des secours au camping. Ils partiront à trois, et plus de peur que de mal, il s’avérait qu’elle s’était trompé de chemin, et qu’elle s’était retrouvée bloquée.

Personne en galère

Bon, pour nous, c’est la fin et c’est la mort. On pourrait traverser un désert pour quitter le trek à un autre camping, mais on aurait le risque de rester bloqué en plein milieu du désert. Ma cheville semble aller mieux, et plus ça s’arrange, et plus celle de Miss s’aggrave. Tant pis, on peut au moins, on peut noyer notre tristesse dans la bière.

Jour 10, du camping d’Asgarðsfjall à Svartarbotnar.

Après avoir passé au camping une journée à glander, on se décide à poursuivre plutôt qu’à reprendre le bus. Les chevilles semblent aller mieux, et on a encore un peu de temps devant nous. Bon par contre, aujourd’hui, il pleut (mais le vent s’est enfin calmé).

 

Avant de traverser le désert, il nous faut longer une piste pour 4x4 sur une dizaine de kilomètres, ce qui sous la flotte, est assez long. Une fois au bout de la piste, on rejoint la route 35 qui traverse l’île dans le sens Nord Sud en passant entre deux gros glaciers. C’est dommage, car avec le gros temps, on ne voit pas les glaciers. Enfin, on ne voit rien plutôt.

 

En revanche, la cheville ne va pas fort, et une fois la route atteint, ça nous semble impossible de continuer sans trop jouer avec le feu. On s’essaye au stop sans toutefois à y arriver, même avec les bus. Ça n’a rien de surprenant, il pleut, on est trempé et boueux. On avance un peu le long de la piste, avant de voir le chemin que l’on doit suivre est sur la gauche. Un panneau indique une cabane, et on va essayer au moins de se protéger de la pluie.

Une fois à la cabane, on remarque qu’elle est gardée, et que même la pause est payante. Tant pis, on est trop content de pouvoir se sécher un peu pour faire les pingres. Une fois dans la cabane, on rencontre la gardienne qui nous offre le thé et les gâteaux. On mange en regardant dehors la météo qui ne se calme pas, et en racontant notre plan de camper dans le désert à la vieille femme. C’est Noël avant l’heure, elle nous dit que la météo va se dégrader dans la nuit, et nous propose de rester dehors ici sans payer, parce qu’il n’y a personne d’autres que des islandais ce soir. Pour tout vous avouer, on n’a pas réfléchi trop longtemps pour prendre notre décision.

Refuge

Les islandais de ce soir sont tous de la même famille, et alors qu’ils ne font que manger depuis qu’ils sont rentrés, ils ont du mal à finir leur ragoût de bœuf et nous propose de le finir. Pas le temps de dire oui que l’on se retrouve avec une assiette sous le nez, de l’eau, du pain et du beurre. La soirée est juste géniale, surtout quand on s’attendait à camper dans l’humidité et la boue.

Jour 11, de Svartarbotnar à Hveravellir.

C’est frais comme des gardons que l’on attaque ce matin. Il y a bien un sentier dans le désert pour nous amener à destination, mais il nous faut faire un peu de hors-piste pour le rejoindre. La gardienne nous dit de suivre les cairns depuis la cabane, mais hormis le premier, on n’en voit pas. C’est donc parti pour marcher au chrono et à la boussole.

Le désert n'est pas forcément plat

Ce désert est plus agréable à traverser. La pluie s’est stoppée en début de matinée, et on a enfin un horizon dégagé pour profiter des deux glaciers. En revanche, le désert est un amas de roches volcaniques, et la progression est très lente. Le plus déroutant est que l’on met beaucoup d’énergie pour avancer vite, mais le GPS indique que non, on se traîne comme des larves.

 

Une fois au sentier, il ne nous reste plus qu’à suivre les cairns. Et dans le coin, ils ne font pas sembler sur la construction des cairns, ils sont juste énormes. Il paraît que deux bergers sont morts ici perdus dans le brouillard au XVIIIe, ça doit expliquer la taille et la proximité des points de repères.

Cairn

Dans l’après-midi, on a enfin Hveravellir en visuel. On n’a encore vu personne dans le désert, et à chaque fois, c’est un peu le choc quand on revient aux campings blindés de monde. Mais cette fois, on s’en fout, on a traversé le désert, et même si on n’a plus le temps pour finir la traversée (il faut quatre jours à marche forcée, et on a plus que quatre jours moins une cheville…), on peut savourer la baignoire naturelle d’eau chaude du camping, avec des Pringles® offert par un islandais, tout en discutant avec trois français sympathiques.

 

On retrouvera par ailleurs le conducteur du bus avec lequel on avait été dans une source chaude au bar du camping, comme quoi le monde est petit, surtout en Islande. Le retour à la civilisation se fera tout en douceur, après avoir trouvé un bus qui peut nous ramener à Reykjavik facilement. Il y aura même un bonus puisque le bus passera par le triangle d’or, nous permettant ainsi d’aller voir chutes et autres geysers célèbres.

Le mot de la fin

Même si l’on n’a pas traversé l’île, nous avons au moins pu marcher dans les sections les plus intéressantes. Et au regard de la carte, on n’a quand même pas chômé. La prochaine fois, je ferai plus attention aux conseils alarmistes des islandais, il suffit juste de prendre du matériel chaud et robuste, mais pas de quoi faire de l’alpinisme non plus… et dire qu’ils ont failli me convaincre de prendre un piolet…

 

Car si je suis bien sûr d’une chose, et vous le comprenez certainement après avoir vu autant d’images à couper le souffle, je reviendrai. Je ne sais pas encore pour faire quoi, mais je reviendrai. Et si je n’avais qu’un conseil à vous donner, ça sera celui-là : aller en Islande, vous ne le regretterez pas !

Côté matos

Pour ce trek, rien de plus, je vous ai déjà mâché le travail et je vous suggère de partir avec la liste de matos contenu dans le kit Islande.

Copyright © 2018 Romain MOUTON

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