Tour des Annapurnas 2016... en courant.

Romain Mouton | mis à jour le 27 mars 2017

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C'est joli hein?

Le Tour des Annapurnas (Annapurnas Circuit en anglais) est un trek au Népal parcouru généralement en une petite vingtaine de jours, et qui, comme son nom l’indique, consiste à faire le tour de la chaîne des Annapurnas. Alors que je l’avais déjà fait en 2011, l’idée m’est venu d’y retourner, cinq ans après, pour voir comment il a évolué, et surtout, essayer de le faire en courant.

 

Cette idée de génie m’est venue un beau matin en Ethiopie, alors que j’ennuyais royalement sur mon parcours d’entrainement habituel. Le problème à Addis-Abeba, c’est qu’il est difficile de trouver des endroits où les hyènes laissent les coureurs tranquilles. Après avoir fait deux trois rencontres avec ces énormes bestioles, je reste depuis cantonner dans la même aire de jeu où je suis sûr d’être tranquille. Du coup, je disais, je m’ennuyais royalement et l’envie m’est venue de courir sur un petit sentier avec vue sur des montagnes qui en imposent. D’où le Népal, et le Tour des Annapurnas, puisque la présence de gîtes (appelées également lodges) me permet de ne pas porter la nourriture, ni le matériel de bivouac.

 

Avoir l’envie qui se transforme en idée, c’est la partie la plus facile de ce genre d’aventure. Mais avant de prendre mes billets d’avion, il faut que je traite le gros problème quand on court sur plusieurs jours : est-ce que le sac ne sera pas trop lourd ? Histoire de compliquer les choses, des contraintes de planning m’imposent de partir au début du printemps, ou plutôt à la fin de l’hiver. Ce qui veut dire un sac de couchage pas trop léger, une doudoune et de quoi courir sur la neige (voir ma liste de matériel pour ce trek). Heureusement, après passage de la feuille Excel, je réussis à me faire un sac pour moins de dix kilos (avec l’eau). Banco, je signe !

Jour 1, de Besisahar (760 m) à Karte (1850 m).

43 kilomètres, 2100 m de D+ et 1010 de D-

Alors que je pensais que le voyage de Katmandou à Besisahar allait encore une fois m’éclater, ce voyage fut en fait presque plaisant, avec un bus confortable et une arrivée en début d’après-midi à destination. Le mal de crâne était bien là à l’arrivée, mais j’ai eu le temps de m’en remettre et ce matin, je pars frais et dispo pour cette première étape.

 

Je dois avouer, ma nuit n’était pas terrible terrible. Devant l’écran ou la carte, je ne me posais pas trop de questions, mais une fois sur place, est-ce que je ne me suis pas embarqué dans un truc trop dur ou trop fou ? Car les altitudes sont quand même élevées et la succession de grosses journées ne va pas être une partie de plaisir. L’étape du jour consiste à rejoindre Tal, à 30 kilomètres de là. Je verrai déjà ce soir si je suis mort ou pas. Si je suis mort, j’aurai alors des raisons de m’inquiéter.

 

Le Tour des Annapurnas a longtemps été considéré comme le plus beau trek sur Terre. Ce n’est sûrement plus le cas aujourd’hui, notamment à cause de la transformation des sentiers en routes. Enfin, quand les gens vous disent routes, il faut plutôt imaginer des pistes à peine plus large qu’un bus.

 

La route s’arrête et la piste commence à Besisahar, et je cours donc au milieu des voitures, des camions et des bus une grande partie de la matinée. Après coup, la section de Besisahar à Ngadi (aussi appelé Nadi Bazar) est la pire de ce tour. Les népalais sont en train de construire des barrages hydroélectriques et on ne peut qu’espérer qu’ils passeront un coup de peinture sur le béton une fois terminés. Les potes savent que j’aime les camions, mais après une succession de chantiers et de véhicules, il ne faut pas pousser non plus.

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Beurk!

Heureusement, l’ACA (Annapurna Conservation Area) a prévu des sentiers alternatifs pour s’éloigner de la piste. Même si elle n’est jamais très loin et que l’on peut toujours entendre au loin les moteurs, je dois dire qu’ils sont plutôt bien foutus. Alors que ma carte indique que le premier apparaît avant Bhulbhule, il apparaît en fait à Ngadi, et histoire de vraiment s’éloigner, il me fait grimper sévère. C’est à partir de cet endroit que je commence à rencontrer mes premiers trekkeurs.

 

Chaque trekkeur doit passer par plusieurs points de contrôle tout au long du tour, soit par la police, soit par l’ACA. Le premier point est à Bahundanda, où l’on s’était arrêté pour manger avec le Mac Lovin en 2011. Je m’arrête pour faire le plein de kcals en milieu de matinée, puis reprend ma route direction le poste de police. A la vue de ma progression, je me dis que j’ai la forme et c’est de bon augure. Je n’avance pas aussi vite que je l’espérais mais je progresse dans les temps que je m’étais fixé (j’étais moins optimiste devant mon écran). Le policier en tout cas me dis que je vais vite. Après m’avoir traité de menteur et demandé où est-ce que j’ai quitté la Jeep, je dois lui faire sous peser mon sac et lui montrer que je cours pour qu’il me laisse tranquille. C’est d’ailleurs le premier à me surnommer « The Marathoner », un surnom que l’on va me donner à chaque rencontre avec les népalais.

 

C’est donc l’égo bien gonflé que je repars, et cette fois-ci en descente. Quand l’esprit est aussi relax que le corps, c’est que du bonheur, surtout que le sentier est magique jusqu’à Syange. De plus en plus de trekkeurs sont présents maintenant sur le sentier, et il va falloir que je ne me laisse pas trop griser lorsque je les double pour éviter de me cramer au bout de dix kilomètres…

 

Le chemin alternatif s’arrête à Syange, charmante petite bourgade sentant un mélange d’odeurs de fumier, d’égout et de cannabis. Une fois sur la piste, ça monte, il y a pas mal de Jeeps et le moral profite de cette occasion pour foutre le camp. La chance fait qu’il soit midi passé et que je vais pouvoir me poser pour manger et me reposer.

 

Je choisis Jagat pour me poser. Un népalais me propose un Dal Bhat et je ne peux pas refuser, mon estomac criant famine. Le Dal Bhat est un plat typiquement népalais, composé majoritairement de riz et de lentilles, et accessoirement d’autres trucs non identifiés mais hautement épicés. Ce qui est génial avec ce plat, c’est que l’on peut se péter le bide et reprendre l’effort ensuite sans être ballonné. Le patron se dit impressionné par ma matinée, et me pousse à continuer plus loin que Tal si je le peux. Pour ma part, je ne sais pas trop. Je sens déjà que Tal, ça ne sera pas juste 30 kilomètres en regardant la carte (et le GPS m’indique déjà 28 kilomètres) et les jambes commencent un peu à se faire raides. Et je ne sais pas ce que j’ai fait hier, mais ma main gauche est douloureuse et j’ai du mal à profiter pleinement des bâtons.

 

Je reprends la piste jusqu’à Chyamche, où un nouveau sentier alternatif apparaît. Celui-ci est connu puisqu’il s’agit du sentier originel, avec ses deux bons raidillons avant Tal. Ça pique un peu mais je me surprends moi-même, la perte d’altitude avec Addis m’aidant beaucoup.

 

Enfin, je suis quand même bien content de m’arrêter à Tal pour prendre un thé. Le sac me fait un peu mal aux épaules, et je ne suis pas des plus présentables sur la terrasse du lodge, avec mes vêtements plein de sel. Je contraste avec les trekkeurs qui sentent encore le parfum, beaucoup d’entre eux venant à peine de descendre du bus ou de la Jeep.

 

Bon, un coup d’œil sur la montre GPS me dit que mes informations de distance sont complétement aux choux. Les 31 kilomètres pour Tal se sont transformés en 38 (c’est peu, mais après 30 bornes à courir, ça fait une différence), et le dénivelé est lui aussi sous-estimé. Mais il est 15h, et je fais comme me l’a dit le taulier de Jagat, j’essaye de continuer, surtout que Tal n’est pas un village très glamour.

 

Nouvel objectif donc : Karte. Les jambes ne sont pas trop d’accord et le sentier n’est pas très roulant au début, avec des rochers un peu partout. Je galère au moins jusqu’à mon premier pont de singe, qui me ramène sur la piste. Pour votre information, courir sur un pont de singe est une très mauvaise idée.

 

La piste m’emmène jusqu’à Karte, qui s’avérera être à 43 kilomètres de Besisahar. Pas mal de trekkeurs dans le bus de la veille continuent sur la piste en Jeep jusqu’à Tal ou Chame. Et vu la tronche de la piste, il faudrait me payer pour faire le voyage. Il n’y a de la place que pour une voiture, avec un gros trou sur le côté et la piste n’est pas très bien stabilisée. Un ingénieur a dû avoir l’idée lumineuse d’emboîter des pierres tranchantes pour faire un revêtement et j’espère que je ne vais pas à nouveau croiser ce genre de réalisation par la suite car c’est impossible de courir dessus.

 

Une fois à Karte, je ne cherche même pas à poursuivre. Il est presque 17h et je suis mort de chez mort. Les jambes piquent. Etant venu au même lodge il y a cinq ans, je suis au courant pour la douche chaude et les nouveaux proprios n’ont pas forcément prévus de la partager avec les clients. Je dois avoir une bouille sympathique, et j’ai le droit de laver au milieu des sous-vêtements étalés un peu partout. La douche presque chaude fait du bien, et maintenant que je sens que c’est possible d’arriver au bout sans trop de dégâts, je dors comme un bébé.

Jour 2, de Karte (1850 m) à Upper Pisang (3300 m).

36 kilomètres, 2060 m de D+ et 610 de D-

La douche du lodge est une douche solaire, lisez par-là que l’eau est chauffée par le soleil tout au long de la journée. Forcément, la nuit ça marche moins bien. Ce n’est pas faute d’avoir conseillé aux anglais avec qui je partage le lodge de prendre la douche à leur arrivée, mais ils la prennent ce matin, et j’ai le droit à un cortège de britanniques frigorifiés tout au long de mon petit-déjeuner… avec du thé bien sûr.

 

Le début de la journée est très plaisant car je dois courir sur un sentier alternatif, mais malheureusement, ça ne dure pas et je rejoins la piste à Dharapani, pour ne pas la quitter jusqu’à la fin de la journée. Dharapani est un poste de contrôle de l’ACAP (Annapurna Conservation Area Permit), et les gens qui tiennent le poste sont morts de rire quand je leur explique mon plan. J’avoue qu’entre ça, la fatigue d’hier et la perspective de manger de la poussière toute la journée, le moral en prend un coup. Et en plus aujourd’hui, le parcours monte doucement mais sûrement.

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Contrôle ACAP de Dharapani, photo de 2011

Bref, passé Dharapani, je n’avance pas, ou c’est tout au moins l’impression que j’en ai. C’est le problème d’avoir une montre GPS, elle est intraitable sur les chiffres, et ceux d’aujourd’hui sont déjà moins glorieux que ceux de la veille. Ce qui ne m’empêche pas de doubler des troupeaux de trekkeurs, mais j’ai déjà plus de mal à rattraper leurs porteurs, loin devant eux.

 

Pour ajouter à cette loose du matin, la vue ne se dégage pas, ou pas suffisamment pour profiter de toutes les hautes montagnes environnantes. Un voile atmosphérique cache la vue au loin comme un nuage de pollution. Et ce voile transforme le ciel bleu en un ciel orange rouge. Après enquête, il semblerait qu’il y ait un énorme feu de forêt dans le coin, et que ce voile est en fait la fumée de ce feu. On va espérer que ça ne dure pas, aussi bien pour eux que pour moi.

 

Bon, à un moment donné, quand on broie du noir pendant des heures, il faut savoir se mettre un coup aux fesses. Je m’arrêter dans un souk tout pourri et commande un Coca, un Snickers. Je partage également un paquet de gâteau à la noix de coco avec le chien des tauliers, faisant attention tous les deux à ne pas se faire prendre.

 

Tout de suite, avec plein de sucres dans le sang, la vie est plus belle. La vitesse moyenne s’écharpe toujours sur l’emboîtement de pierres coupantes, mais maintenant je m’en fous. Les jambes sont moins lourdes et c’est moins pénible de progresser. Et pour redonner encore du baume au cœur, j’arrive comme prévu à Chame pile poil à l’heure du Dal Bhat. Je me trouve un lodge bien craspouille pour manger, savourant mon assiette devant un panneau disant que le cuisinier n’est pas responsable si on tombe malade à cause de la nourriture.

 

La section entre Chame et Upper Pisang est un peu longue et ça doit être pour cela que je ne croise presque plus personne cet après-midi. Enfin… Il y en a et ce n’est pas les meilleurs, certains m’empêchant de passer. Je commence à avoir l’habitude de ces pères de famille qui se sentent mal et qui essayent d’accélérer pour me larguer. Le tout, c’est de ne pas s’énerver et de laisser faire. Au bout d’une minute ou deux, ils abdiquent généralement, me traitant parfois de gros con. Ceux-là restent heureusement plutôt rare.

 

Une fois passé Bhratang, j’arrive à l’un de mes endroits préférés du tour. Le chemin passe dans une gorge, creusée à même la montagne, et débouche sur une montagne très surprenante, en forme de demi half-pipe. La vue est super top et comme c’est roulant, c’est du bonheur en barre. Je m’arrête au premier lodge à portée histoire de profiter de la vue, avec un thé et encore un Snickers. Car quand on court, on s’en fout.

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La montagne "demi half-pipe", photo de 2011

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Vue à gauche de la gorge, parce qu'à droite, c'est juste un mur de pierre

Maintenant que je quitte la piste, je m’arrache pour essayer de faire remonter cette vitesse moyenne, et surtout arriver suffisamment tôt à Upper Pisang pour avoir le temps de faire ma lessive et de me laver avant que tout le monde utilise l’eau chaude. Plus facile, le sentier commence en faux plat descendant, et il est tellement peu large par la suite que ça ne fait que m’encourager à profiter. Encore une fois, mon kilométrage prévisionnel est au chou et j’arrive avec une bonne grosse journée dans les pattes à Upper Pisang, à 3300 mètres d’altitude. Je suis à l’altitude d’Addis, et elle va enfin mettre un peu de piment dans cette aventure !

 

A Upper Pisang, je cherche pendant un petit moment le lodge de 2011, avant d’abdiquer car comme le village est en pente, les jambes ont en ras-le-bol. Je vais donc au Tukuche Hotel où je fais la rencontre de Yugo, un portugais, d’un hollandais et d’un israélien qui se sont rencontrés à Pokhara. Je me méfie des jeunes israéliens qui trekkent car ils sortent souvent de leur service militaire et ont une vision… particulière du monde. C’est encore le cas, mais on se marre bien quand il nous explique qu’il randonne avec le hollandais pour essayer d’être moins directif quand il parle. Un couple improbable c’est deux-là. L’israélien est très directif, mais le hollandais se fout royalement des directives.

 

En tout cas, à la fin de cette deuxième journée, mes jambes me surprennent. Bon, ce n’est pas non plus la balade digestive du dimanche, mais elles arrivent encore à faire ce que je leur demande. J’ai toujours mal à cette foutue main sans savoir pourquoi. Peut-être que mon sac est tellement compressé que je me suis blessé en essayant de tout faire rentrer. J’ai aussi mal à la cage thoracique, mais je sais que c’est parce qu’elle fonctionne beaucoup plus depuis deux jours que dans mon quotidien.

 

Le seul truc qui m’ennuie vraiment est la sensation de soif. Je passe tout mon temps à boire, mais elle ne passe pas, et je ne vais pas aussi souvent que je voudrais aux toilettes. Alors ce soir, je commande un bon litron de thé et m’attèle à le finir avant d’attaquer mes réserves en eau.

 

Un groupe de tchèques est dans la chambre voisine et apparemment, ça ne va pas très bien. Un des gars vomira toutes ses tripes dans la nuit, et comme les murs ne sont pas très bien épais, tout le monde en profite.

 

Quant à moi, j’ai dû aller pisser toute la nuit…

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Upper Pisang, photo de 2011

Jour 3, d'Upper Pisang (3300 m) à Yak Kharka (4020 m).

31 kilomètres, 1590 m de D+ et 870 de D-

Aujourd’hui est une nouvelle étape test. Avec un sentier évoluant entre 3300 et 4000 mètres d’altitude, c’est le moment de vérifier que vivre à Addis-Abeba m’a préparé à la haute altitude.

 

Celle-ci amène des températures plutôt fraîches, et la première angoisse est de savoir si le t-shirt a eu le temps de sécher dans la nuit. C’est un peu limite ce matin, et je me décide à arrêter de le laver tant que je ne suis pas en-dessous de 4000 mètres.

 

Deux chemins permettent de rallier Manang depuis Upper Pisang. Le Upper Trail est le plus long et difficile, car il grimpe à 3900 avant de redescendre à 3500, avec deux bons raidillons à passer. Je suis surpris lorsque Yugo me balance au petit-déjeuner qu’il va lui aussi rallier Yak Kharka par l’Upper Trail, après avoir visité le monastère de Pisang. Je lui dis que c’est aussi mon objectif de la journée et que je pense ne pas trop traîner pour ne pas arriver trop tard. On en profite alors pour parier une bière sur son arrivée ou pas… avant de me rendre compte que s’il n’est pas à Yak Kharka ce soir, je ne vois pas comment il pourrait honorer le pari.

 

Avant de partir, je commets l’erreur du débutant, consistant à m’habiller en fonction de la température devant le lodge, qui est à l’ombre. Le chemin étant au soleil, je galère à trouver le bon nombre de couches à garder. Je pense qu’il me manque une couche entre le t-shirt et la combinaison t-shirt et hardshell.

 

L’Upper Trail est juste LE putain de chemin qui fait trop zizir (j’en suis excité rien qu’à y repenser). Un bon petit sentier avec vue sur les Annapurnas, la chance d’avoir un ciel dégagé, et le dénivelé parfait pour moi : des bonnes grosses montées assez sèches, suivies de longs faux plats descendants. Avec la musique qui va bien, me voilà à sourire jusqu’aux oreilles en envoyant de la purée (parce que je suis le roi de la pomme de terre). Je croise des trekkeurs partis en nombre d’Upper Pisang, et je les double en faisant le sanglier dans les bois aux bords du chemin. Note à moi-même, faut que je fasse attention à faire plus de bruit en arrivant, car certains ont choppé les jetons en pensant que j’étais une grosse bestiole qui les attaquait.

 

Je passe la montée de Ghyaru qui me porte jusqu’à 3700 et je me dis qu’il faudrait peut-être que je me calme un peu. La question de la journée est de savoir à quelle altitude il ne devient pas raisonnable de courir. Mais une fois quitté Ghyaru, le chemin est tellement magique pour le traileur que je ne me peux m’empêcher d’en profiter.

 

A la deuxième montée qui me porte à 3900, je sens que ça commence à taper et qu’il va falloir temporiser. Je fixe alors ma limite de course en montée à 3900. Encore une fois, la descente est juste magique. Je m’arrête quand même à Ngawal (aussi Nawal) pour la pause matinale, avant de filer retrouver la piste à Mugje.

 

Forcément, une fois sur la piste, c’est moins drôle, et les jambes se font rappeler au cerveau. Ça pique fort mais Manang est pas trop loin, et j’arrive à me traîner jusque là-bas pour m’offrir un bon Dal Bhat.

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Entrée de Manang, photo de 2011

Dans le lodge, deux écoles. Les touristes me disent que je suis cinglé de vouloir continuer à Yak Kharka. Les népalais sont comme des fous et me disent de continuer le plus loin possible. J’ai donc le droit à un service express car ils veulent me voir repartir assez vite. Je retrouve à la table d’à côté le français qui était avec moi dans le bus, et quelques minutes plus tard l’australien, qui sont surpris de me voir déjà là. Je prends le temps de discuter avant de repartir et d’oublier mon surpantalon dans la salle commune…

 

Je n’aime pas Manang, les touristes dans la rue ont l’air tellement déprimés, stressés par leur acclimatation à l’altitude. Beaucoup restent une journée supplémentaire ici, et je suis le seul à repartir en début d’après-midi. La piste s’arrêtant ici, j’ai le droit au sentier pour moi tout seul.

 

C’est vraiment l’étape de ce tour, tout est magique aujourd’hui. J’adore être au-dessus de 4000 mètres, avec cette impression d’être sur une autre planète. Comme je ne cours plus, c’est plus facile, même si passer à gauche de certains manis demande une certaine technique.

 

En arrivant à Yak Kharka, je dois lever le pied. Un troupeau de yaks est conduit par un berger et son fils, avec une méthode consistant à lancer des pierres sur les derniers pour faire avancer les autres. Je reste sagement derrière pour éviter de m’en prendre une sur la tronche, ou de me faire bousculer par un yak de plusieurs centaines de kilos. Finalement, marcher me permet de ne pas arriver trop fracassé au lodge, car une fois encore, le kilométrage prévisionnel étant bien trop bas.

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Aux abords de Yak Kharka

Après les corvées habituelles (j’ai quand même lavé mes chaussettes pour éviter de mourir étouffé sous les mauvaises odeurs), je file vers la salle commune pour me réchauffer avec un bon thé chaud. Maintenant que je suis à 4000, il ne fait plus bien chaud lorsque le soleil se couche. Je fais la rencontre d’un couple de hollandais (Dan et Elster) et d’un couple d’allemand, et l’ambiance est chaleureuse. Je suis super touché par leurs volontés de m’aider dans mon projet. Après leur avoir raconté que je serai sûrement en galère avec la perte du surpantalon si le vent se lève, les gars me proposent spontanément un de leur pantalon, même si ça veut dire qu’ils ne le reverront plus. Je leur réponds qu’on verra demain, si j’ai froid à Thorung Phedi, alors j’accepterai la proposition.

 

Comme peu de monde est présent au lodge, on mange avec les porteurs à la même table, avec un braséro en-dessous. Dan explique mon projet aux porteurs et à son guide, qui sont morts de rire, et me poussent à passer le col dès demain. Mouais, je ne compte pas trop jouer avec le feu, et les jambes ont besoin de repos. Le guide m’explique que c’est le bon moment de courir le Tour, parce que bientôt, il sera obligatoire d’avoir un guide ou un porteur pour le faire, et personne n’acceptera de me suivre. Quant à moi, je rigole lorsque j’apprends qu’il indique la difficulté du lendemain à Dan et Elster en nombre de Snickers. Les allemands sont déjà un peu plus sérieux, car la femme a un léger mal de crâne et s’inquiète du mal des montagnes. Mais c’est Elster qui ira vomir dans la nuit à cause de l’altitude.

Jour 4, de Yak Kharka (4020 m) à Thorung Phedi (4450 m).

7 kilomètres, 640 m de D+ et 210 de D-

 Après une bonne nuit de sommeil, je peux être tranquille, je n’ai pas de problème avec l’altitude, et c’est avec un appétit d’ours que je me dirige vers le petit-déjeuner. Elster va mieux, l’allemande (je ne connais pas son prénom) a vu son état s’améliorer un petit peu mais les maux de tête sont toujours présents. Leur porteur leur dit de poursuivre jusqu’à Thorung Phedi et de se reposer là-bas, et après discussion, je leur conseille également d’aller à Phedi, mais de n’y rester que quelques heures avant de revenir à Yak Kharka.

 

Les hollandais cherchent ce qu’il y a de plus gras à manger au petit-déjeuner et optent pour des toasts beurrés quand ils voient les miens arrivés. Aaaah les toasts de Yak Kharka, ça m’avait manqué le pain qui se noie dans le beurre fondu.

 

Aujourd’hui est une petite étape et je prends mon temps pour ranger mes affaires et me réchauffer au soleil. Je suis moyen confiant sur mon collant, mais une fois en route, je suis rassuré, je pète de chaud. Un truc que je ne m’explique pas en revanche, c’est pourquoi je dois m’arrêter tous les quarts d’heure pour aller pisser alors que je ne bois pas plus que la veille.

 

Etant parti parmi les derniers, je rattrape tous les trekkeurs qui se dirigent vers Thorung Phedi, et il y a du monde sur le chemin. A force de doubler, je me demande combien nous sommes et s’il y aura suffisamment de place aux camps de base pour tous nous loger.

 

C’est quand même plus agréable de faire le chemin sans avoir de problèmes avec l’altitude, et je compatis avec les touristes qui ont l’air de souffrir. J’ai envie de courir mais après avoir manqué de glisser dans la pente à cause du chemin instable, je me calme et marche comme tout le monde.

 

J’arrive parmi les premiers à Thorung Phedi, en même temps qu’un groupe d’une cinquantaine d’américains. Thorung Phedi a bien changé depuis la dernière fois, et j’ai l’impression d’être à Disneyland. Il y a deux lodges, dont un qui a l’air propre mais comme le groupe se dirige vers celui-là, je vais voir le New Phedi un poil au-dessus. La chambre est correcte et il n’y a personne, parfait !

 

L’après-midi est consacré au repos, au chaud sous la couverture à bouquiner et boire un maximum. Yugo débarque en milieu d’après-midi et me dit que l’étape d’hier était vraiment trop longue pour qu’il puisse atteindre Yak Kharka. Il s’est donc arrêté à Manang et a fait le reste du chemin aujourd’hui. Lui aussi est déjà acclimaté car c’est son deuxième trek au Népal, et on peut donc passer le début de soirée à discuter sans ressentir la loose ambiante. Bon, discuter avec Yugo, ça décoiffe un peu. Notamment lorsqu’il me parle de sa théorie de balancer une bombe atomique sur Jérusalem pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

 

Je vais vite fait faire un tour à l’autre lodge pour acheter des Mars & Cie et je croise à nouveau les deux couples de la veille. Je me déleste d’une de mes batteries auprès de Dan, et je décline l’offre du pantalon, vu comment j’ai eu chaud aujourd’hui. L’allemande n’est pas dans la salle commune et l’allemand me dit que le porteur leur conseille de rester ici et me demande mon avis. Je lui réponds que si les maux de tête s’empirent, il faudra peut-être repenser à descendre, surtout qu’ils ont trois jours de rab. Il ne lui reste plus qu’à convaincre sa belle de quitter son lit pour trois heures de marche.

 

Le repas du soir est pas terrible. La nourriture est bonne, mais il fait froid dans la salle commune et on a une vue directe sur la cheminée de l’autre lodge, où les gens se baladent en t-shirts. Le New Phedi est tenu par des ados, et après avoir eu du mal à démarrer le poêle, celui-ci nous enfume plus qu’il nous réchauffe.

 

La neige s’invite également, et alors qu’il a fait super beau toute la semaine, elle commence à tout recouvrir. Les gens dans la salle commune discutent alors sur la stratégie à suivre pour demain. Pour ma part, j’ai un jour tampon, du coup, je vais tenter et si je vois que ce n’est pas sérieux de continuer, je ferai marche arrière.

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Putain, encore la chance!

Jour 5, de Thorung Phedi (4450 m) à Kagbeni (2800 m).

26 kilomètres, 990 m de D+ et 2640 de D-

Réveillé à 5 heures du matin, je me dirige sans trop de conviction vers la salle commune pour essayer de chopper un petit-déjeuner. La neige est bien tombée dans la nuit, et on a le droit à une vingtaine de centimètres de poudreuse. L’équilibre sur les pierres plates est précaire avec la tête dans le cul, mais j’ai plaisir à voir que les petits gars du lodge sont bien réveillés. On n’est que deux à cette heure-là, un allemand et moi, tous les deux sans trop d'espoir quant à réussir le passage du col. Mais au moins, on va essayer. L’allemand me dit que les autres personnes du lodge sont reparties se coucher, mais que beaucoup de monde est parti depuis l’autre lodge. C’est une bonne nouvelle, ça veut dire qu’il va y avoir une trace à suivre.

 

Ce que je suis lent à me préparer au petit matin. Je dois vérifier plusieurs fois que je n’ai rien oublié et à chaque fois, je trouve quelque chose. Je m’équipe pour courir dans la neige avec une paire de chaussettes étanches hautes pour éviter d’avoir les pieds trempés et les maintenir un peu au chaud, et je place des chaufferettes dans les chaussures sous la plante des pieds pour essayer de réchauffer tout ça. Avec au-dessous des chaussures, une paire de crampons textiles.

 

Cette technique marche plutôt bien et j’ai du grip pour pouvoir monter sans glisser. Je suis (je crois) le dernier à partir de Thorung Phedi, et c’est un peu la tempête avec de la neige qui continue à tomber et un vent qui vient effacer la trace du chemin. Avec une telle météo, je me dis que si j’arrive à High Camp, un lodge à 4900 mètres, ça sera déjà bien. Et heureusement que je progresse assez vite, ça me permet de voir au loin des trekkeurs qui me donnent des points de repère.

 

Par chance, alors que je pensais m’arrêter au prochain lodge, je passe au-dessus de la tempête à partir de High Camp. Je me pose la question de savoir comment ça sera de l’autre côté du col, si je vais pouvoir trouver facilement le chemin si les nuages sont présents en masse. Comme je me sens bien, je continue en me disant que je peux toujours faire demi-tour au col.

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Vue durant l'ascension du col. Sympa non?

Avec un sac léger et une bonne acclimatation, j’ai la pêche et je progresse plus vite que je ne le pensais. Je rattrape les trekkeurs qui sont repartis par groupe, en fonction de leur heure de départ ce matin. C’est marrant, j’ai l’impression de remonter le temps. Seuls deux personnes que j’ai doublé je ne sais pas comment, tiennent le rythme derrière moi, et je me demande d’où ils peuvent sortir ceux-là. Mais ils ont dû avoir un souci, car j’ai bataillé ferme pour trouver mes lunettes de soleil dans mon sac et ils ne m’ont pas rattrapé.

 

J’avoue, je ne boude pas mon plaisir à doubler des trekkeurs zombifiés par l’effort en altitude. J’aime beaucoup les « what’s the fuck ? » quand je double des anglophones après m’être rapproché sans bruit. Je double également Dan et Elster qui se demandait quand est-ce que j’allais les doubler. Ils me demandent à quelle heure je suis parti, et échangent des Snickers avec leur guide qui a perdu le pari sur mon temps d’ascension. Au final, j’arriverai au col en 1h38. Je suis super surpris de mon temps, car en 2011, j’avais certes un sac plus lourd, mais j’avais mis 3 heures en m’y mettant sérieusement.

 

Ce qui est bien avec un temps aussi court, c’est que j’arrive parmi les premiers. Et alors que les autres trekkeurs sont contents d’avoir atteint le col, moi, je suis content de savoir que je serai le premier dans la descente, avec personne sur le chemin si ce n’est les porteurs.

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Faire la position "Monkey" à 5416 mètres... où comment se finir les jambes

Je me place alors à l’abri du vent au col, mangeant mes Bounty tout en surveillant le nombre de personnes qui s’engagent dans la descente. Dan et Elster me rejoignent et me proposent de me prendre en photo. Petit moment d’émotion quand on se quitte, car maintenant on sait qu’on ne se reverra plus.

 

Ah…

 

Et maintenant…

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Gavage

2600 mètres de descente !

 

La première partie, jusqu’à ce que la neige se transforme en soupe, est juste… juste… je ne sais même pas comment vous expliquer. Imaginez-vous en haut d’une piste de ski, avec trente centimètres de poudreuse et une trace qui fait des zigzags. Placez maintenant une vue à couper le souffle et l’ambiance si particulière des hautes altitudes. Ajoutez à cela la musique qui va bien et vous obtenez un coureur qui pleure littéralement de bonheur. En un mot, gavage !

Dans mes oreilles à ce moment précis

Gavage jusqu’au moment où les crampons décident de partir en vacances. Après plusieurs essais, ils ne veulent plus tenir sur les chaussures. Je dois me rendre à l’évidence, je suis à 5000 mètres et je vais devoir courir dans la neige sans. La loose. C’est sans compter sur ces super Ultraraptors dont les semelles me surprennent sur la neige. Avec ou sans crampons, c’est un peu la même chose, si ce n’est que j’ai le droit de temps à autre à faire du ski lorsque la neige est trop compacte.

 

Dans la descente, j’arrive même à m'alléger en croisant un porteur. Sur le coup, je suis un peu vénère car j’ai bien vu qu’il n’arrêtait pas de glisser, mais une fois à sa hauteur, je vois qu’il n’a qu’une paire de running pour descendre et qu’elles sont bien usées. Les boules, surtout qu’il a l’air de bosser pour l’agence qui gère le groupe de cinquante personnes. Je lui refile mes crampons après avoir bricolé une réparation (il a les pieds plus petits), histoire qu’il puisse rattraper son groupe de porteurs qui est maintenant vachement loin. Par ailleurs, un de ces porteurs doit être blessé puisqu’il y a des gouttes de sang autour des traces de pas.

 

La seconde partie est déjà moins drôle puisque la neige est molle et fondante et elle ne recouvre plus suffisamment les pierres pour ne plus avoir à faire attention. Je dois donc lever le pied pour éviter de me viander et attendre patiemment la troisième partie, où le chemin est débarrassé de la neige.

 

En rejoignant Ranipauwa (3700 mètres) après cinq heures de course, je suis frigorifié (mauvaise gestion des couches), j’ai faim et j’ai les jambes complétement destroys. La pause s’impose et après avoir rigoureusement sélectionné le premier lodge qui tombait sous la main, je cherche le plat le plus sale du menu. Ça sera une purée de pommes de terre avec du fromage de yak, recouverts d’œufs sur le plat. Miam!

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A la recherche du gras

Autant dire que l’après-midi jusqu’à Kagbeni a été longue. Avec ce genre de plat dans le bide, il est hors de question de se remettre à courir dans la foulée sans risquer de tout rendre au premier fossé. Heureusement qu’il n’y a que dix bornes entre les deux patelins, et que je dois suivre la piste surprenamment vide de véhicules. Cette section n'est pas top prestige, et je suis content de retrouver le fabuleux lodge de Shangrila, toujours tenu par la même femme qui sait redonner la pêche.

 

L’avantage d’aller vite et de partir tôt, c’est que j’ai plein de temps devant moi pour faire une méga lessive et prendre une bonne douche presque chaude. J’ai le droit à une chambre au bord d’une terrasse et je peux étendre mes vêtements qui profite des quelques rayons de soleil et du vent soufflant depuis le lit de la Kali Gandaki pour avoir un séchage express.

 

Après avoir fait une petite sieste, mon corps envoie un bilan à mon cerveau : j’ai mal aux chevilles, aux genoux et à la main gauche. J’ai un peu mal à la tête car je n’ai pas beaucoup bu et je dois être en hypoglycémie car j’ai super froid.

 

Il est alors temps d’aller se faire du bien en se goinfrant de frites, de pudding au chocolat, le tout arrosé de bières, devant un public de trekkeurs étonnés de me voir manger autant et de me demander où est-ce que je stocke tout ça.

 

Autant vous dire que j’ai très bien dormi.

Jour 6, de Kagbeni (2800 m) à Ghasa (2010 m).

46 kilomètres, 930 m de D+ et 1720 de D-

La vache, les jambes sont lourdes ce matin et j’ai froid sur le chemin de Jomson. Je dois payer la journée d’hier car même si j’ai l’impression de beaucoup courir, je n’avance pas aussi vite que d’habitude, tout du moins, le temps ne passe pas aussi vite que les journées précédentes. Il faut dire que courir sur la piste n’est pas très stimulant, et heureusement qu’un sentier alternatif apparaît à Jomson pour arrêter mon chemin de croix. Maintenant que le col est passé, j’ai l’impression d’avoir fini le Tour, alors qu’il me reste quand même une centaine de bornes à boucler.

 

Une fois sur le chemin alternatif, je comprends très vite que les 25 kilomètres prévus jusqu’à Larjung doivent être le long de la piste, car même si je me suis un peu paumé ce matin, les kilométrages s’engrènent sur ma montre sans pourtant m’approcher de l’étape du jour. Le sentier alternatif est vraiment top, avec vue sur le Dhaulagiri à droite et les Nilgiris et l’Annapurna I à droite. A ne plus savoir où donner de la tête.

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Nilgiri

Lorsque l’on se rapproche de Tukuche, le sentier devient étroit et à flanc de montagne. Le genre d’endroit où l’on se dit qu’il ne faudra pas tomber, et je ne sais pas si vous avez déjà remarqué, mais c’est quand on se dit cela que l’on trébuche. Coup de bol, j’arrive à me rattraper en vol, mais j’ai eu suffisamment peur pour être boosté à l’adrénaline. La fatigue commence à me flinguer, et je me décide de me rapprocher de la piste pour rejoindre Tukuche et faire ma pause déjeuner.

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Le genre de chemin où si l'on tombe, il ne faut pas rater la petite branche

Les derniers hectomètres avant Tukuche sont très durs. Alors que j’étais protégé du vent sur le sentier alternatif, je découvre sa puissance sur la piste, et même en descente, il est tellement fort qu’il m’empêche d’avancer. Qu’est-ce que ça va être cet après-midi.

 

Une fois à Tukuche, j’ai déjà 27 bornes derrière moi. Je m’autorise une heure et demie de pause, et je commande dans un lodge une galette de patates avec des frites et des œufs sur le plat. La patronne se moque de moi en me disant que ce n’est pas très « healthy » (sain) et que pour continuer dans ma quête du gras, elle me dit en rigolant pourquoi pas un croissant au beurre et au chocolat.

 

Une heure et demie plus tard, me voilà reparti avec un croissant dans la main, me demandant comment je vais pouvoir me remettre à courir avec le ventre aussi plein. Je suis gavé comme une oie, et je dois alterner marche et course pour ne pas me sentir trop mal. Maintenant que je suis de l’autre côté de la rivière, je dois continuer sur la piste jusqu’au prochain pont de singe pour rattraper le sentier alternatif. J’essaye de couper de longs virages en passant par le lit de la rivière, qui est suffisamment asséchée pour me donner de l’espoir, mais pas assez pour que traverser ses affluents soient une partie de plaisir. Après avoir traversé un cours d’eau sur un rondin de bois trempé et perdu ainsi pas mal de temps, j'arrête d’essayer de couper.

 

Je retrouve après quelques kilomètres un pont de singe et le sentier alternatif qui me remonte le moral. Je m’arrête un quart d’heure pour laisser mon corps digérer mon repas de midi, et je ne sais pas comment j’ai fait, mais je m’aperçois que j’ai passé Larjung. Ça devait être le patelin au fond du virage lorsque j'ai coupé en prenant le lit de la rivière. Ce n’est pas grave, je voulais pousser plus loin et pourquoi pas atteindre Ghasa.

 

Encore une fois, le sentier alternatif est un régal et le moral remonte en flèche. Même la borne m’indiquant que Ghasa sera à 47 kilomètres de Kagbeni ne m’atteint pas et je continue mon bout de chemin toujours en courant.

 

Ça se gâtera au bout du 40e kilomètre, et les sept derniers kilomètres sur la piste me brisent les jambes et le moral. Je ne cours plus, donc je n’avance pas, Ghasa se rapproche trop doucement, ça me déprime et du coup, je vais encore plus doucement. Je rentre dans un cercle vicieux qui me suivra jusqu’à la fin de l’étape, un lodge placé au sud de Ghasa et recommandé par le Lonely Planet comme étant le meilleur du patelin. Quel crève-cœur de passer les premiers lodges en sachant que celui visé est encore à trois quarts d’heure de là.

 

Mais c’est vrai que ce lodge est super, avec un patron souriant et une vue sympa. Le problème, c’est que je viens de m’asseoir pour boire un Coca sur la terrasse et qu’il m’est presque impossible de me lever et de marcher. Les cuisses sont en feu et les mollets en bois. C’est la panique à bord, déjà que je boîte pour aller prendre ma douche, qu’est-ce que ça va être demain ? Plutôt que de faire ma lessive, je passe la fin d’après-midi à me masser les jambes sans que cela ne change grand-chose.

 

La solution à mon problème sera d’enchaîner un jus de baies locales, utilisées par la médecine chinoise traditionnelle et accessoirement super bon, avec un bon litre de bière puis un bon litre de thé pour se débarrasser des toxines. Par sur du résultat, mais la bière a pas mal aidé à supporter la douleur.

 

Nous ne sommes que deux touristes au lodge, le deuxième étant Jim, un américain en retraite et remontant la Kali Gandaki. C’est toujours surprenant de trouver une personne avec qui l’on s’entend super bien au milieu de nulle part.

Jour 7, de Ghasa (2010 m) à Chitre (2390 m).

31 kilomètres, 1360 m de D+ et 980 de D-

Après m’être réveillé, il est temps de voir si j’ai bien récupéré en posant mes jambes sur le sol… Ça pourrait être mieux mais je pense que je peux de nouveau courir. Il va juste falloir que je ne fasse pas trop l’idiot et que je suive la piste jusqu’à Tatopani pour éviter de faire des bornes inutiles.

 

Je décolle un peu tard du lodge. On a passé pas mal de temps avec Jim à comparer notre matériel, le sien étant le nec plus ultra de ce qu’il se faisait il y a trente ans. C’est impressionnant de voir les progrès réalisés, surtout lorsque l’on compare nos sacs de couchage, le mien étant aussi chaud que le sien, mais deux à trois fois plus léger.

 

On se dit au revoir avec un peu d’émotions et je reprends mon bout de chemin en pensant à plein de choses philosophiques. Mes pensées durent à peu près trente secondes, le temps de voir deux traileurs au loin qui ont l’air d’avoir un sac sur le dos aussi gros que le mien. J’oublie tout, Jim, mes résolutions de ne pas faire l’idiot et j’accélère pour les rattraper. Le premier coureur est une femme et je retrouve son mari un peu plus loin. On se juge du regard et alors que je suis sur le point de demander si eux aussi font le Tour en courant, je trouve le Graal.

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Comment vous le voyez

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Comment je le vois

Un pont de singe permet de quitter la piste pour rejoindre le sentier rêvé, un faux plat descendant à flanc de falaise, avec au fond du vide, une magnifique Kali Gandaki bleutée. Mon intérêt délaisse le traileur, mon cerveau régresse, mes jambes se font oublier : il FAUT que je cours sur ce sentier. Je le sais que ça va être que cinq bornes de plaisir pour une quinzaine de souffrance, mais il le faut. Apparemment, je ne suis pas le seul à régresser car en me retournant au bout de quelques centaines de mètres, je vois le gars négocié avec sa femme de me suivre. Elle ne devait pas être d’accord car j’entends au loin qu’elle engueule son mari. Merde, on ne va pas pouvoir jouer.

 

Cette portion du sentier alternatif est juste magique. Un sentier étroit à souhait, me portant des roches à la forêt, et m’amenant doucement et sûrement à Tatopani. Et ça ne manque pas, il m’amène mais un peu trop doucement et les dix derniers kilomètres jusqu’à Tatopani sont dans des escaliers maléfiques et des pierriers merdiques recouverts de déjection animale et de chiens agressifs.

 

Ce n’est donc pas malheureux que j’arrive à Tatopani, mais par le mauvais chemin. Pour le retrouver, je passe par ce qu’il me semble une rue avant de m’apercevoir que je suis en fait chez des gens. Le tout, c’est de traverser genre c’est normal, tout va bien, je ne suis pas là, devant les yeux médusés des enfants et des femmes faisant la lessive. Pardon aux familles et tout ça.

 

Après la pause Mars, Coca et autres saloperies ultra grasses, je reprends le parcours qui va maintenant aborder la plus longue montée du Tour, portant le trekkeur jusqu’au village de Ghorepani. Si je me souviens bien, je ne l’aimais pas celle-là, et cinq ans n’est pas assez pour avoir changé d’avis. Ça monte sec et sous le cagnât.

 

Au bout d’une heure de progression acharnée, je transpire tellement de partout que mes oreillettes ne tiennent plus en place, et je coupe donc la musique. Ce n’est que pour mieux entendre ma montre, qui panique en bipant comme une malade pour me prévenir qu’un orage arrive. Qu’est-ce qu’elle raconte celle… ah oui, quand on regarde le ciel plutôt que ses pieds, effectivement, le ciel est chargé de partout et il ne fait beau qu’au-dessus de moi. Je me construis vite fait une nouvelle stratégie : continuer autant que je peux et me mettre à l’abri pour manger un Dal Bhat dès que ça tombe.

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C'est dans ces moments où l'on regrette d'être là

Ce que je fais. Forcément, avec ce genre d’approche, quand la pluie commence à tomber, c’est toujours près d’un lodge bien craspouille. Mais avec le temps, on sait que les endroits pas très engageants sont généralement là où l’on mange le mieux, et le Dal Bhat que l’on m’amène est juste monstrueux. J’ai le droit à un demi kilo de riz, gavé de lentilles et à peine le plat terminé que l’on m’amène la petite sœur.

 

Par contre, la stratégie a foiré car la pluie de départ était une fausse alerte. Le ciel devient de plus en plus noir, et j’hésite à reprendre mon chemin. Allez, au pire, je trouverai bien un abri.

 

Dix minutes plus tard (c’est toujours comme ça), je cours me mettre sous un mini préau pour me protéger d’une pluie violente. J’adore les orages de montagne quand on est dans un refuge avec une tasse de chocolat chaud ou de thé dans les mains. J’aime déjà beaucoup moins ça quand je suis à peine protégé par un toit en métal et que la pluie arrive à me tremper par ricochet sur le sol. Je passe une heure à attendre que ça passe, stressé et inquiet de savoir si ça va s’arrêter un jour. Je me refroidis mais à chaque fois que je me dis « bon, je mets la polaire », la pluie faiblit me laissant penser à une fin proche.

 

Ca finit par s’arrêter et je repars en me disant qu’aller plus loin que Ghorepani, ça va être compliqué. Surtout que des escaliers fait de pierres polies constituent la majeure partie du sentier et que la pluie a rendu le tout très glissant.

 

A peine une demi-heure plus tard, un bruit de tonnerre monstrueux sonne derrière moi, suffisamment fort pour que je le ressente avec ma cage thoracique. Heu… non mais va falloir se calmer maintenant, ça ne peut pas durer toute l’après-midi non plus ! Bah si. Je passerai le reste de mon temps à essayer de m’éloigner au plus vite du nouvel orage qui arrive. Le plus enrageant est de retirer la veste parce qu’il ne pleut plus, et d’avoir à la remettre cinq minutes plus tard pour faire face à une nouvelle pluie.

 

Je finis par croiser un groupe de japonais et je demande à leur guide où est-ce qu’il compte s’arrêter ce soir. Ils vont à Chitre, qui est apparemment à une demi-heure d’ici, ce qui veut dire que je dois être à un peu plus d’une heure et demie de Ghorepani. Ça se tente.

 

En fait non, une fois à Chitre, la grêle me tombe sur le coin du nez, et les nuages autour de moi commencent à devenir jaune. Le propriétaire d’un lodge me dit qu’il a encore de la place et à peine que je pause mon sac que l’orage nous tombe dessus. Les orages s’enchaîneront toute la soirée.

Jour 8, de Chitre (2390 m) à Naya Pul (1070 m).

20 kilomètres, 700 m de D+ et 2020 de D-

Mon corps sait que c’est la dernière journée avant un repos bien mérité, et j’ai mal partout. Sortir du lit était déjà une torture, alors reprendre les escaliers jusqu’à Ghorepani est un chemin de croix. Le bon côté, c’est que je ne transpire pas trop du coup. J’ai lavé mon t-shirt hier et forcément, avec les orages, il n’a pas du tout séché dans la nuit et je dois avancer avec ma polaire sur le dos.

 

Une fois à Ghorepani, c’est la libération. Plus aucune montée de malade d’ici la fin, maintenant ce n’est plus que de la descente. J’arrive au moment où tous les trekkeurs quittent Ghorepani après avoir été à Poon Hill et c’est un peu les bouchons sur le chemin.

 

Le chemin qui est maintenant une succession de dalles et d’escaliers de pierre. C’est un peu sportif au début, car l’eau de la veille rend tout glissant. Mais l’avantage, c’est que dès les premiers rayons de soleil, les pierres s’assèchent vite et je peux de nouveau envoyer.

 

J’envoie tellement que je me mets à sauter des marches (qui sont inégales), tout ça avec l’énergie de la bête qui retourne à l’écurie. J’ai le droit à des « waaah » de la part des trekkeurs qui sont en sens inverse, et je me mets à faire l’andouille, genre je peux courir à fond en descente dans les marches sans problèmes.

 

Evidemment, quelques minutes plus tard, l’andouille a mal aux chevilles, qui doivent s’adapter en permanence au terrain pour éviter de tomber. Je ralentis un peu, avec une expé au Spitzberg dans deux semaines, ce n’est pas le moment de se blesser.

 

A un moment, les escaliers en descente, ça gave autant qu’en montée. Je commence à avoir des sensations bizarres lorsque mes jambes sont en l’air, et je constate en m’arrêtant qu’elles tremblent. Encore une fois, la pause s’impose, surtout quand je sens que le posé de pied devient hasardeux avec les vibrations.

 

Le chemin de Naya Pul n’est sûrement pas le meilleur pour avoir une fin digne de ce Tour des Annapurnas. Normalement, quand je finis un truc où j’en ai bavé, ça me prend aux tripes et je suis ému. Mais là… c’est l’autoroute de trekkeurs sur la piste, il y a pas mal de véhicule et l’arrivée à Naya Pul est catastrophique. Je passe un virage et je me retrouve tout de suite dans une civilisation bouillonnante. C’est un peu la déception mais je n’ai pas trop le temps de ruminer car je dois trouver un moyen de transport pour rejoindre Pokhara avant que les orages arrivent.

Faire le Tour des Annapurnas en courant est une expérience incroyable, et les lodges placés tout au long du parcours aident beaucoup à ne pas souffrir de porter un sac trop lourd. Huit jours, c’est court et long à la fois, bref, juste ce qu’il faut. L’arrivée est peut-être nulle, mais des sentiers valent plus le coup d’être courus. Un conseil néanmoins si vous comptez faire de même, prévoyez de vous acclimater à l’altitude avant. Passant la majorité de mon année à 3000 mètres, ça aide beaucoup pour les passages au-dessus de 4000. Et je vous conseille de faire au moins une fois tranquillement le Tour des Annapurnas avant ou après, car on passe à côté de plein de trucs à voir lorsque l’on est pressé…

Côté organisation

Partir dans un pays déjà visité facilite les choses. Pour plus de détails, je vous invite à lire ou relire mon article sur comment organiser son trek, où je prends ce voyage en exemple.

 

Alors que tout avait l’air facile, j’ai eu un petit coup de peur concernant mon transit à l’aéroport de Delhi en Inde. J’avais deux billets pour rallier Katmandou depuis Addis-Abeba, ce qui veut dire que lors de mon premier embarquement, je devrais expliquer aux éthiopiens, que non, je n’ai pas de visa indien, et que ce n’est pas un problème, et je devrais voir avec le transfert desk (bureau des transferts) à Delhi pour avoir mon second boarding pass (billet d’embarquement). Et pareil dans l’autre sens. Ma peur venait sur ce fameux transfert desk et de leur niveau de compétences. Car s’ils ne peuvent pas me fournir à boarding pass, je devrais sortir de la zone internationale pour aller à un comptoir d’enregistrement, et donc disposer d’un visa indien…

 

Au final, tout s’est bien passé à l’aller, puisque mon second vol était sur Air India et que le transfert desk était tenu par leur personnel. Au retour, j’avais quinze heures de transit à Delhi, et même si j’avais réussi à chopper un boarding pass à Katmandou pour mon vol Delhi > Addis, j’ai dû poireauter une heure au transfert desk de Delhi le temps qu’il vérifie que je sois en règle et que j’ai le droit de poireauter dans la zone d’embarquement. Apparemment, le problème concernait ma carte diplomatique éthiopienne, car personne à Delhi ne pouvait confirmer sa véracité. Comme j’avais le temps, je n’étais pas trop en panique, mais le sas du transfert desk n’était pas des plus confortables. Heureusement en tout cas que je n’avais qu’un bagage à main, car j’ai cru comprendre qu’avec des bagages en soute à transférer, ça aurait déjà plus « délicat » …

 

A Katmandou, j’ai choisi comme base l’hôtel Trekkers Home, situé en plein cœur du quartier touristique de Thamel. Je vous le recommande chaudement pour sa localisation et pour le personnel. Les chambres sont bien sans être luxueuses, et l’office de tourisme et la station de bus ne sont pas très loin à pied. Il y a juste à côté une boulangerie où l’on peut prendre son petit-déjeuner et le Roadhouse Café, un restaurant qui fait des pizzas et des salades qui font plaisir au trekkeur affamé.

 

Pour le budget durant le trek, j’étais parti avec 4000 roupies par jour pour payer le logement et les repas. Autant vous dire qu’en courant, j’ai beaucoup plus mangé qu’en marchant la dernière fois. Mon budget était juste bien, car les bouteilles de Coca-Cola tournaient autour de 200 roupies, et les Mars, Bounty et autres Snickers au même prix. Un repas avec Dal Bhat et Coca me revenait à 700 roupies. Les chambres simples quant à elles tournaient autour de 300 – 400 roupies. Enfin, ce budget me permettait d’envisager deux plats de résistance le soir, en plus d’un dessert. Avec une moyenne de 4000 kcal consommée par jour, on peut dire que le Tour des Annapurnas revient à 1 roupie la kcal.

Côté Matériel

Je suis parti avec l’extension trail, en enlevant en revanche le bivy qui ne me servait à rien, les lodges me permettant d’avoir un abri chaque soir. A cette liste de matériel, j’ai ajouté une paire de chaussettes étanches et des chaufferettes prévues pour les orteils afin de ne pas avoir froid dans la neige. Une paire de crampons Ezyshoes X-Trem était également de la partie pour les passages enneigés. J’avais pensé à prendre deux paires de chaussures dont une paire de SALOMON Speedcross GTX, mais cette solution demandait trop de volume. Les crampons étaient pas trop mal en montée mais ne tenaient pas en place en descente, peut-être parce que mon 46 était à la limite de la taille.

 

Ajouté aussi à cette extension trail, j'avais pris presque un kilogramme de matériel électronique: téléphone portable, balise, appareil photo, liseuse et batteries pour recharger tout ça. J'en avais sûrement trop, mais je n'ai pas de mot de passe sur mon téléphone, du coup, je ne voulais pas le laisser à Katmandou, la liseuse permettait de se changer les idées aux lodges le soir et j'aime bien prendre des photos avec un appareil de qualité.

 

Tout le matos était dans une valise dont les dimensions me permettaient de la prendre en cabine. J’ai fait super attention aussi à ne pas dépasser les sept kilogrammes autorisés par Air India, sans qu’au final quiconque ne pèse mon sac. En revanche, partir avec un bagage cabine veut dire être prêt à négocier dur pour ne pas avoir à délester du matos. J’ai dû batailler pour ne pas jeter ma balise et mes bâtons à Delhi. Ma technique consiste à dire au contrôleur que oui, il a raison, que non je n’étais pas au courant, que oui je vais les sortir de la valise, mais que c’est dommage parce que ça coûte quand même super cher et que je ne vais pas pouvoir les racheter à ma destination. Jusqu’à présent, je fais presque un sans-faute, mais la seule fois où j’ai dû abdiquer, c’était pour un couteau, alors…

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