La Great Divide Trail : petit tour dans les rocheuses canadiennes

Romain Mouton | 1 octobre 2016

Si vous êtes à la recherche d’un trek au long court, peu fréquenté, en Amérique du Nord, vous avez l’Appalachian Trail ou le Pacific Coast Trail. Mais si vous n’avez pas le temps de vous farcir les quelques milliers de kilomètres ou si vous êtes allergiques aux américains, vous avez également le Great Divide Trail (sentier de la Great Divide), un parcours coincé entre la Colombie-Britannique et l’Alberta, sur la côte ouest du Canada, d’une distance de « seulement » 1 200 kilomètres. Et si comme Mac Lovin et moi, vous n’avez pas les deux mois nécessaires pour boucler le parcours, vous pouvez toujours n’en faire qu’une partie.

 

L’idée de départ était de parcourir ensemble la John Muir Trail, en Californie. Hélas, la sortie récente du film « Wild » aurait fait des ravages chez les américains, se jetant sur les permis nécessaires pour parcourir ce trek. Pas de places pour nous donc, et les recherches d’un autre trek moins fréquenté nous ont permis de trouver ce Great Divide Trail (GDT). Avec un sentier non officiel et quelques dizaines de personnes effectuant la totalité du trek par an, il s’annonçait très prometteur. Et nous n’avons pas été déçu tant nous en avons bavé.

 

Organiser un trek en Amérique du Nord est déjà plus compliqué qu’un trek dans son pays natal. Il y a d’abord les permis divers et variés, pour vous permettre d’entrer, de marcher, de manger, de dormir et de parler. Puis il y a les emplacements de bivouac à réserver auprès de Parc Canada, même si ces emplacements sont paumés au milieu de nulle part et que personne n’y ait mis les pieds depuis un petit moment. Et pour compliquer encore plus les choses, il vous faut acquérir un permis pour pouvoir réserver la plupart des bivouacs. Permis que vous ne pouvez pas acquérir en ligne, ça serait trop facile sinon. Je ne vous raconte pas le temps passé au téléphone via Skype, depuis le Chili, pour remplir toutes les formalités.

 

Notre plan initial pour ce GDT était de partir de Jasper et d’aller vers le sud en empruntant le Skyline Trail (sentier de la Skyline), une randonnée populaire dans le parc national de Jasper. Au moment de nous inscrire, tous les emplacements de bivouac étaient pris et après avoir contacté le bureau des guides, le plan à l’arrivée à Jasper était alors de contourner le Skyline Trail en empruntant le famélique Fiddle River Trail (sentier de la rivière Fiddle), puis rejoindre le fantomatique South Boundary Trail (sentier de la limite sud, trois personnes enregistrées en 2015, personne en 2016) pour enfin rejoindre le GDT jusqu’à Lake Louise. Ouf !

 

Un des nombreux avantages de partir avec Mac Lovin, c’est qu’il a des relations à travers le monde. Une connaissance à lui nous a alors gentiment hébergé à Vancouver, nous laissant même la possibilité de pourrir sa table de salon pour mettre en sachet nos rations quotidiennes de graines. C’est que quatorze jours de nourriture, ça commence à prendre la place. Et avec tout ça, il nous faudra quand même sortir du parcours pour trouver un point de ravitaillement pour rallier la fin du trek.

Jour 1, de Jasper à Tekarra

14.7 km, 1050 m de D+ et 160 m de D-

Après avoir passé la nuit dans un autocar de la compagnie Greyhound, nous voilà au petit matin dans le village de Jasper, en Colombie-Britannique. Les petits yeux sont de la partie car l’on ne peut pas franchement dire que l’on ait bien dormi durant le voyage.

Autocar à la gare routière de Vancouver

Le bureau du parc national de Jasper n’ouvrant pas tout de suite, on part se plomber le bide dans un diner avec un petit-déjeuner à l’américaine, avant de bouger nos brioches bien pleines pour faire les derniers achats habituels, c’est-à-dire gaz et les bricoles oubliées à la maison. C’est donc de bonne humeur et motivés comme jamais que nous entrons dans le bureau du parc chercher nos permis et recueillir des informations fraîches sur l’état des sentiers. Mais Vicky, la personne avec qui j’avais beaucoup échangé auparavant, nous accueille avec des mauvaises nouvelles. Premièrement, il y a une alerte au grizzly sur le South Boundary Trail, et la montée récente des eaux aurait emporté un bout du sentier. Deuxièmement, cette même montée des eaux a rendu la rivière Fiddle infranchissable, et on doit la traverser à plusieurs reprises. Enfin, pour effacer toutes traces de notre enthousiasme, il va pleuvoir les prochains jours et pas qu’un peu… Bon, bon, bon… et maintenant qu’est-ce qu’on fait ?

 

Avec ce scénario catastrophe, je me dis que les gens ont dû annuler des emplacements de bivouac sur la Skyline, et enfin la roue tourne, Vicky nous confirme qu’on peut envisager ce parcours. Ce changement de plan nous permet même de récupérer le jour de retard sur le planning initial pris parce que je ne sais toujours pas compter sur mes doigts… Nous pouvons même nous permettre de faire les bourgeois en rejoignant le point de départ en taxi !

 

Néanmoins, la transition de bourgeois à pouilleux est aussi rapide qu’un claquement de portière. Le passage d’une chaleur douillette à une pluie froide l’est tout autant. Il faut bien le dire, après plusieurs treks au compteur, les points de départ et d’arrivée des randonnées ne sont généralement pas à la hauteur du parcours en lui-même. On se retrouve donc sur un parking avec un panneau d’information, une barrière en bois et deux pierres posées là pour participer à l’ambiance sauvage et empêcher des inconscients de rouler sur la piste forestière. Piste que l’on s’apprête à suivre une grande partie de la journée. Avant d’entamer ce qui va nous occuper quelques jours, on prend le temps de tester ces fameuses bombes à poivre, dernier rempart contre une attaque d’ours. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça pulse ces petites bombes, on n’a pas envie d’être en face ! Quelques relents de gaz reviennent vers nous et le peu arrivant dans le nez est suffisant fort pour se dissuader de faire toutes les mauvaises blagues imaginées à son coéquipier.

Bombe à poivre, à conserver toujours à portée de main

Accompagnant la bombe à poivre dans la panoplie du petit randonneur aux pays des ours, il y a le bruit. La consigne est comme dans les festivals de musique électronique : « make some fucking noise ! » (faîtes du bruit en bon franchouillard). Pour faire du bruit, la belle de Mac Lovin lui a offert des clochettes, que l’on accroche au sac, à une chaussure ou à un bâton, et qui va sonner à chaque pas. L’idée géniale en théorie deviendra idée merdique sur le terrain, la clochette prenant plus la tête qu’autre chose. J’ai abdiqué au moment où elle me poursuivait jusque dans mes rêves. L’autre solution pour faire du bruit est de crier et de chanter.

 

Premier conseil, si vous criez, varier les sons. Nous avons pas mal tourné avec seulement « Maurice » (aucun lien, fils unique) et « Mon copain pilote ». Après une dizaine de jours, on était conditionné à répéter ces mots, même si c’était dans la douleur de les entendre toutes les trente secondes, toute la journée… On a entrecoupé ensuite ces « Maurice » et autres copains pilotes en poussant la chansonnette, et je vous conseille soit de réviser votre répertoire personnel avant de partir, soit de prendre un Mac Lovin à la mémoire d’éléphant. Apprendre les textes du groupe « La Chanson du Dimanche » est hautement recommandé !

 

Mais revenons-en à cette première journée. La première partie du sentier est, comme je l’ai écrit, une piste forestière, qui nous amène jusqu’à une altitude suffisante pour quitter la forêt. La forêt est dense et sauvage, et j’ai l’impression d’avancer entre deux murs végétaux, derrière lesquels se cache une armée d’ours prête à me voler ma nourriture. Forcément, pour une première randonnée dans un pays d’ours, le trouillomètre est au taquet et le moindre bruit suspect est accueilli froidement… C’est limite si l’on apprécie de croiser du monde. Les rencontres sont fréquentes, car n’ayant pas voulu faire comme tout le monde, nous faisons le GDT et le Skyline Trail en sens inverse.

 

La météo de ce premier jour est à la pluie, et on essuie averse sur averse, sans qu’elles ne soient trop forte pour le moment. On profite d’une accalmie et d’un élargissement du chemin pour prendre notre premier repas, et je constate avec effroi que ma balise (surnommée Maurice également) est éteinte et qu’il est impossible de la rallumer. Petit coup de pression, car deux personnes (dont Miss) nous suivent et si la balise tombe en panne dès le premier jour, ça va être moyen moyen… Coup de bol qu’il y ait un brin de réseau que je puisse envoyer un SMS pour avertir de la panne.

 

Bref, c’est le moral dans les chaussettes que je reprends la piste, imaginant des solutions pour essayer de redémarrer la balise tout en étant arroser par des petites averses. Le tableau n’est pas glorieux, d’autant plus qu’une fois en dehors de la forêt, les nuages cachent la grande majorité du paysage. Le Skyline Trail est réputé pour être la plus belle randonnée du parc de Jasper, et on peut aisément voir le potentiel lorsque les nuages bougent un peu, mais je sens qu’on va passer à côté de l’émerveillement.

 

Heureusement, le petit sentier remplaçant la piste forestière égaye un peu l’ambiance, faisant des tours et des détours le long d’un faux plat montant, avec sa pelouse bordante et sa faune distrayante (oui, c’est beau quand c’est en rimes). Après avoir passé une rivière à gué en sautant de pierre à pierre par flemme de retirer les chaussures, nous arrivons à l’étape du jour, j’ai nommé Tekarra.

Vue depuis Tekarra

Un groupe de canadiens nous souhaite la bienvenue, et j’ai rarement vu un pays avec des gens aussi accueillant. Tous les canadiens que l’on a rencontré sur le parcours ont toujours été super cools avec nous, à nous souhaiter la bienvenue dans leur pays et à nous conseiller d’en profiter un maximum. Le groupe ne restera pas longtemps car ils ont prévu de camper à Signal, un campement que nous avons passé. Ils prennent juste le temps de nous dire que Tekarra est envahi de moustiques et que si on a une protection quelconque, il ne faut pas attendre pour l’utiliser.

 

Tekarra est notre premier campement d’arrière-pays. C’est le grand luxe, des emplacements sont prévus pour les tentes, il y a de quoi pendre la nourriture et des toilettes rustiques, ainsi que des tables. La pluie nous laissera même le temps de monter nos tentes au sec, puis nous laissera en paix dans la soirée. On profite alors de la valse des nuages sur les sommets alentours pour s’en mettre plein les mirettes et d’une fondue aux fromages lyophilisée pour se requinquer. Ça va tellement bien ce soir que je réussis même, je ne sais comment, à redémarrer la balise et à pouvoir de nouveau communiquer.

Emplacement à Tekarra

Jour 2, de Tekarra à Little Snowshoe

23.4 km, 870 m de D+ et 840 m de D-

Bien qu’il ait pas mal plu dans la nuit, la météo s’améliore un peu ce matin et la vue se dégage enfin sur les sommets alentours. Après avoir essayé tant bien que mal de faire sécher au maximum les tentes, on reprend le sentier pour rejoindre le campement de Little Snowshoe, à plus de vingt bornes de là.

 

Le sentier nous fait prendre le l’altitude jusqu’à rejoindre une ligne de crêtes, où les nuages nous sautent dessus. Au moins, ils nous auront laissé le temps de profiter du paysage un peu avant. Un vent fort s’invite également à la fête et j’hésite suffisamment longtemps à passer mes gants pour que mes doigts me le fassent payer en se réchauffant. Franchement, on ne doit pas avoir la même définition du mot mot « été » avec les canadiens

Sentier de la Skyline

Le chemin quitte un moment la crête et on peut enfin se protéger du vent pour se poser un peu et manger une barre. C’est censé être le meilleur moment pour apprécier le paysage des rocheuses sur la Skyline, mais la vue sur les glaciers est bouchée par les nuages. Nous ne restons pas longtemps à l’arrêt, reprenant le chemin vers le col de Notch et rencontrant les premiers trekkeurs marchant dans le sens normal. La descente du col se fait facilement grâce à un mélange de boue et de caillasse permettant de faire des grandes enjambées en toute sécurité. En revanche, ça doit déjà être une section moins facile dans le sens de la montée.

Col de Notch

Le passage entre les cols de Notch et de Big Shovel est l’occasion de pouvoir observer des marmottes et des rennes au loin, ainsi qu’une espèce de chèvres des montagnes. Pas bien farouches, elles se demandent bien pourquoi on s’arrête pour les observer pendant qu’elles mangent. Et pour continuer à égayer cette matinée, le panorama offert depuis le col de Big Shovel est sublime (malheureusement, j’avais oublié que l’autofocus était en manuel…).

Vue depuis le col de Big Shovel

Dans la descente en direction du campement de Snowbowl, on rattrape le groupe que nous voyions au loin depuis un moment. C’est un peu le clash des genres, et nous nous dépêchons de doubler vite fait ce groupe de kikoulols. Je ne comprendrais jamais je crois le concept d’écouter de la musique à fond en pleine nature… et j’essaye de faire preuve d’ouverture d’esprit, mais mon cerveau est plus orienté sur la forme cylindrique particulièrement intéressante de l’enceinte pour leur expliquer ma notion de respect.

 

Une fois au campement de Snowbowl, la montre GPS, encore une fois impartiale, indique qu’il va falloir marcher plus longtemps que prévu. Mais nous n’avons pas vraiment le temps d’étudier la carte que des moustiques nous sautent dessus, avec pas moins de cinq piqures quelques secondes sur le bras qui tenait la carte. Vu le sang qui gicle des moustiques quand la contre-offensive a lieu, ils ont dû se faire plaisir ces petits salauds.

En direction de Little Snowshoe

Alors que la pluie nous avait laissée tranquille depuis un bon moment, elle profite de notre arrivée près du campement de Little Shovel pour se rappeler à elle-même. Le genre de pluie perfide, pas très forte mais suffisamment dosée pour entamer le moral. Elle aura au moins la délicatesse de nous laisser monter nos tentes et manger notre dîner en compagnie d’un couple sympathique de canadiens. A la base, ils étaient contre l’utilisation de répulsif pour se protéger des moustiques, mais devant l’invasion et deux whiskies plus tard, ils abdiquent, et étant maintenant tous repoussant, mon décompte de morts restera pour aujourd’hui à 57 moustiques.

Little Snowshoe

Jour 3, de Little Snowshoe à Jasper

22.2 km, 450 m de D+ et 810 m de D-

La météo canadienne est quand même très joueuse. Voyez ce matin, alors que j’éteins le réveil et que je commence à sortir du sac de couchage, la pluie commence à faire les habituels « ploc » sur la toile de tente. Dans le genre, tu veux m’embêter, je ne crois pas que l’on puisse faire mieux. Je sors alors de la tente et commence à préparer le petit-déjeuner sous la pluie. La pluie, toujours joueuse, s’en va l’espace d’un instant et je cours démonter mon camp avant qu’elle ne revienne. Le seul point positif, au moins pour moi, de cette matinée au camp est que les toilettes sont positionnées de sorte à avoir une belle vue, ce qui permet de méditer un peu, avant de se faire déranger par un trekkeur qui se baladait par là…

 

Premiers à quitter le camp, nous bombons les torses et exhibons nos jambons au moment de partir, devant une foule famélique dont on aura l’honnêteté intellectuelle de dire qu’elle s’en fout pas mal. Quelques minutes plus tard, on s’aperçoit qu’on n’a pas fait la vérification de rigueur pour ne rien oublier… Trop de fierté, on ne fait pas demi-tour.

 

Ce matin marque la fin de la Skyline, et le sentier nous fait gentiment redescendre à la civilisation, dans l’humidité et la boue. On hésite à savoir si nous sommes trempés à cause de la sueur ou de la pluie. C’est une sensation qui est très désagréable. Nous arrivons ainsi au Maligne Lake, pas franchement avec le moral, perdus au milieu des voitures et des camping-cars de touristes, cherchant désespérément des informations sur la possibilité de traverser la rivière Maligne (au menu pour l’après-midi) et sur la météo, au milieu des ours en peluche et autres souvenirs de mauvais goût.

Lac Maligne

Bref. Quelqu’un nous renseignera sans que l’on sache trop quel crédit donner à ses informations (rivière pas franchissable et pluie prévue pour encore quelques jours). C’est sous la pluie que l’on reprend notre GDT en vue de s’approcher de la rivière et voir si elle est traversable. Depuis le Maligne Lake, le sentier de la GDT n’est emprunté que par les trekkeurs de la GDT, autant dire que le sentier se fait plus sauvage et plus flippant. Surtout que nous avons déjà eu notre dose de flippe avec un élan sur le chemin un peu plus tôt. C’est gros en fait un élan.

 

Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que Mac Lovin à la mort. Il pleut, la forêt est plus dense, on se met à gueuler plus souvent pour faire fuir les ours et il blague vachement moins.  Je ne dis trop rien, mais au moment de traverser un torrent pas trop marqué sur nos cartes, je me dis que ça va être sûrement être compliqué ensuite. Le torrent est en rut, et heureusement qu’il y a un petit pont de bois pour traverser. Encore que, la traversée se fait moyen confiant, l’eau venant lécher le bas de la planche…

 

Un camp (Trapper Creek) se trouve un peu plus loin, pile poil pour manger un morceau à l’abri de l’averse qui n’en finit pas de ne pas vouloir s’arrêter. Je demande la météo à ma balise pour les prochains jours… et les prévisions sont pessimistes. Il va continuer à pleuvoir, notre matos commence à être trempé et les chaussures du Mac font floc-floc depuis un petit moment déjà. La loose… Surtout que si on veut continuer pour voir la tronche de la rivière à traverser sans pont, et que l’on doit faire demi-tour, ça fera trente bornes dans les pattes pour rejoindre Maligne Lake, qui n’offre pas de solutions de transport ni d’hébergement. C’est décidé, nous abdiquons et faisons demi-tour, on verra comment rejoindre le parcours plus tard.

 

La suite est un peu lourdingue. D’un, on doit à nouveau marcher sur le même sentier, et toujours sous la pluie. De deux, quand nous sommes enfin au Maligne Lake, il se met à faire beau… genre grand ciel bleu avec un bon air chaud pour tout faire sécher vite fait bien fait. Je m’accroche à l’idée que les chaussures du Mac ne sont pas prêtes de sécher, et que les miennes sont également légèrement humides.

 

Etant encore en milieu d’après-midi, on s’essaye à faire du pouce comme ils disent ici pour rejoindre Jasper, à une soixantaine de kilomètres de là. Pour une première au Canada, ce n’est pas très engageant. Il faut dire que l’on dénote un peu dans cette population propre sur elle avec leur véhicule neuf. Heureusement, un 4x4 un peu pourri s’arrête au bout d’une heure, avec à son bord une allemande ayant pitié de nous. On lui a rappelé la galère de faire du stop en Islande, la chance pour nous. En discutant avec elle, je dois dire que je suis surpris. Elle est dans un voyage d’un an et demi, avec six mois en Islande (check !), six mois au Canada (en cours) et six mois en Nouvelle-Zélande (à venir). La grande classe quoi, mais je me demande comment elle fait pour financer tout ça avec son boulot d’éducatrice spécialisée. Non, moi non plus je ne sais pas ce que c’est comme boulot…

 

Après s’être fait déposés devant l’office du tourisme, on se renseigne où est-ce que l’on peut dormir, et le personnel nous indique un camping à trois kilomètres de là. Banco ! Au moment de prendre les sacs, je m’aperçois que j’ai perdu Maurice, la balise de tracking. La mort, les boules, la journée de merde quoi. J’ai juste envie de filer au camping prendre une bonne douche mais le Mac arrive à me convaincre je ne sais comment de marcher un peu dans le patelin pour retrouver l’allemande et peut être que la balise est tombée quelque part dans sa voiture. Avec tant de « si », je n’y crois pas du tout, mais autant essayer.

 

Et comme quoi, il faut garder de l’espoir en toutes circonstances, non seulement, on retrouve la nana sur la terrasse d’un café, mais aussi la balise qui était tombée de la poche de ma veste pour se cacher sous le siège. Joie totale, je suis invincible, je vous défonce tous ! Hum… pardon.

 

Après une longue marche jusqu’au camping, les bear spray à portée (on ne sait jamais) on se dégote un petit emplacement tranquillos dans la zone des pauvres qui n’ont pas de voiture, mais avec à portée tout le confort. La douche fera énormément plaisir : pouvoir se débarrasser de la crasse de plusieurs jours, ça n’a pas de prix ! La bière et la pizza au feu de bois ont également permis d’envisager de passer une très bonne nuit.

Jour 4, de Jasper à Waterfalls

12.6 km, 460 m de D+ et 110 m de D-

Quatrième jour de marche, mais cinquième jour dans les Rocheuses. La journée d’hier nous a permis de nous remplumer un peu, d’aller acheter une nouvelle paire de chaussures pour Mac Lovin, un sac étanche pour moi (l’un des miens étant mort) et de la graisse pour étanchéifier le cuir de nos chaussures dans le futur. Cette journée nous a également permis de mettre au point un plan d’action pour la suite du parcours, plan d’action consistant à faire du stop jusqu’à une ancienne maison de Parc Canada marquant le départ du sentier de Poboktan Creek (rivière Poboktan). Soit tout de même à 70 bornes de Jasper.

 

La chance veut que ce matin, il fasse beau, et c’est donc propre comme des gardons que nous nous installons sur le bord de la route, pouce en l’air, tout sourire, espérant qu’une âme charitable veuille bien nous permettre de faire ce « petit saut de puce ». Mais on ne doit pas avoir l’air si honnête que ça, vu que personne ne s’arrête. Même pas les motards, et ce n’est pas faute d’essayer.

Mac Lovin à la corvée de pouce

Au bout d’une heure, un 4x4 aussi vieux que celui de l’allemande (et le seul dans cet état en fait) s’arrête. On fait la rencontre de Jamel, un australien vivant au Canada et travaillant comme instructeur de parachutisme. Le mec a l’air super louche, et je le soupçonne d’agrémenter son café d’une liqueur quelconque, mais on finit par passer un bon moment en sa compagnie et il prend même le temps de descendre pour nous regarder partir.

Selfie avec Jamel

C’est donc sur les coups de onze heures que l’on remet les pieds sur un sentier, celui de Poboktan Creek donc, faisant la jonction assez rapidement avec le parcours de la GDT.

 

Reprenant les hurlements habituels, nous progressons rapidement jusqu’à atteindre le campement de Poboktan Creek, après avoir avancé toujours à couvert de la forêt, sur un sentier très boueux. Il fait beau, l’ambiance est à la déconne, surtout que toujours crier nous fait vite péter un câble. Mais on ne restera pas longtemps au campement, les moustiques ayant décidé de manger en même temps que nous.

 

Sur le chemin, nous croisons deux trekkeurs canadiens sur le chemin du retour à la civilisation. Ce n’est pas la première fois que je le remarque, mais la plupart des gars sur le sentier ont des couteaux super longs sur la sangle du sac à dos. Comme ils doivent être sûrement surdimensionnés pour couper le sauciflard local (on y arrive bien avec un Opinel n°7), ces couteaux doivent alors servir à se défendre des ours en cas d’attaque ? Mais vu l’apparence très urbaines de ces gars, j’ai un doute sur leur capacité à faire quelque chose avec…

Vallée de Poboktan Creek

Le campement de Waterfalls est une heure plus loin, et nous devons nous arrêter ici, le prochain étant un peu loin et il est normalement interdit de faire du bivouac sauvage. De toute façon, le terrain n’est pas très engageant pour planter sa tente. Et puis, comme son nom l’indique, le campement de Waterfalls offre une vue directe depuis les tables sur une chute d’eau.

Waterfalls

Campement de Waterfalls

Après avoir installé nos tentes, nous faisons la rencontre de Leslie, une habitante de Banff qui s’est lancée sur la GDT il y a un peu plus d’un mois en solo. La nana envoie du lourd, ça fait plaisir à voir. Bon, elle nous avoue aussi qu’elle stresse énormément sur le sentier, surtout quand elle passe des zones avec quasi personne. A un moment de la discussion, nous avons le malheur de lui demander comment ça passe dans la vallée d’Amiskwi, vallée que l’on doit traverser dans une semaine. Elle nous raconte que c’était un passage très dur pour elle, avec une végétation très abondante, un passage à gué complétement cinglé et que si l’on a que trois semaines au Canada, ce n’est certainement pas pour en perdre une là-bas. Et bien comme ça, on est briefé…

Jour 5, de Waterfalls à Jonas Cutoff

9.6 km, 320 m de D+ et 120 m de D-

Encore une petite étape aujourd’hui, car si l’on veut doubler pour rejoindre un deuxième camp, ce n’est plus 10 kilomètres qu’il faut parcourir, mais 32. Ou comment doubler peut vous permettre de tripler.

 

Les trekkeurs de la veille nous avaient prévenus que le sentier allait se dégrader après le campement de Waterfalls, et c’est le moins que l’on puisse dire. Il passe à travers des champs de boue et des marécages, profitant de la galère du trekkeur pour disparaître. J’ai même reconnu pendant un moment une ambiance à la Navarino, où on avance tout en puissance pour n’avoir qu’une moyenne horaire inférieure au kilomètre.

 

Ce matin, nous apportons un peu de variété dans les mots criés pour le bonheur des ours. A côté des fidèles « Maurice » et « Mon copain pilote », une petite compétition a lieu ce matin en beuglant le nom des capitales du monde. Fidèles à nous-mêmes, je me prends une raclée comme il se doit, même si j’ai le droit de dire que les écarts se réduisent au fur et à mesure des années.

 

Il faut bien ça pour s’occuper. La vue se dégage un peu de temps en temps, mais on ne peut pas dire pour le moment que ça soit exceptionnel comme paysage…

Sentier de la GDT

Quand la vue se dégage enfin

Traversée de rivière

Nous arrivons super vite au campement, et comme nos plans ont changé, nous n’avons pas de réservation d’emplacements aujourd’hui. On se positionne alors sur une place qui offre des solutions de replis proches au cas où l’on se fait foutre dehors.

 

Ce qui ne sera pas le cas, car sur les huit emplacements, tous réservés, seul un est occupé en plus du nôtre. Il s’agit d’un couple d’américains, dont le gars travaille dans le poids lourd au gaz naturel. Quand je lui dis que moi aussi, mais pour le marché européen, la discussion déraille un peu et sa femme nous rappelle vite à l’ordre. Nous sommes en nature bordel, pas à un salon automobile !

Emplacement à Jonas Cutoff

Jour 6, de Jonas Cutoff à Four Points

23.4 km, 870 m de D+ et 840 m de D-

Nous retrouvons le couple d’américains au petit-déjeuner et partageons une table avec eux. Il faut dire qu’ils ont étalé leurs affaires sur toutes les tables disponibles, rendant la cohabitation obligatoire. Des cervidés viendront également prendre leur petit-déjeuner avec nous.

 

Jonas Cutoff marque le début de la boucle Brazeau. Le sentier nous fait enfin sortir de la forêt dans la matinée pour entamer une section plus montagneuse. Nous avons enfin une vue dégagée sur les sommets alentours, magnifiée par un ciel de traîne permettant d’apporter un jeu de lumière intéressant. Avec tout ce lexique photographique, il est grand temps de sortir le reflex et de mitrailler tout ça. Je m’exécute donc, fouille dans mon sac pour sortir l’appareil de son sac étanche, vise et appuie sur le déclencheur… mais rien ne se passe. C’est quoi ce bordel encore ? Après plusieurs essais et tentatives de bricolage, le couperet tombe. L’appareil est resté sur « on » toute la nuit, et pas de bol, avec le mode vidéo enclenché… Nous sommes même pas à la moitié du trek que je n’ai plus de batterie. Va me falloir traîner donc un kilo de matos photo totalement inutile, et devoir me reposer sur mon smartphone, qui, bien qu’il soit bon en photo, est loin de valoir un reflex.

Haut de la vallée de Poboktan

J’ai naturellement la mort comme on dirait chez les francs-maçons, mais le sentiment sera de courte durée, le sentier devenant alpin à souhait. C’est que je commence à aimer la caillasse ma bonne dame. Après avoir croisé un couple qui campait en bivouac sauvage (avec une vue autrement plus sympa que celle du campement de Jonas Cutoff), et de les avoir maudit intérieurement par jalousie (bouh, mais vous n’aviez pas le droit de camper ici), le sentier part droit dans le pentu. Le Mac en profite pour montrer qui c’est le patron, avant de stopper net au col de Jonas Shoulder (épaulement Jonas), quelques centaines de mètres plus loin. Arrivant à sa hauteur, je comprends vite pourquoi, la vue est tout simplement et très certainement la plus belle que j’ai pu voir dans ma vie… Et le reflex qui n’a plus de batterie…

Vue depuis Jonas Shoulder

Après s’être posé pour s’en mettre plein les yeux, on repart et une espèce d’écureuil se donne en spectacle sûrement pour passer un chapeau à la fin du spectacle et quêter des bouts de barres de céréales.

On redescend dans une vallée, avant de la remontée jusqu’à un col super large où nous attends une marmotte pas si sauvage qu’elle n’en a l’air. Le sentier est super sympa dans ce sens de parcours, avec une vue toujours sublime.

Une fois le col passé, le sentier descend tranquillement en direction d’une forêt de sapins et la moyenne horaire peut remonter sans que l’on ait à trop envoyer. Avec l’absence de pluie et le petit vent frais pour éviter que l’on transpire, c’est vraiment très agréable. Mais il fallait s’en douter, ça n’allait pas durer, et une fois de nouveau dans la forêt, nous devons à nouveau crier aux ours, patauger dans la boue et se prendre des branches dans nos gueules d’anges. C’est le petit moment de « plein le cul » généralisé, dont l’apogée est le moment où le Mac glisse sur une pierre lors d’une traversée de rivière, et remplit sa nouvelle paire de chaussures d’eau. Pour les pieds secs, faudra repasser…

 

Nous prenant certainement en pitié, la boucle Brazeau s’adoucit sur les derniers kilomètres avant le campement de Four Points. Les nouvelles chaussures du Mac sèchent en fait super vite et on avance de bonne humeur en direction du campement. Encore une fois, on est en dehors de notre planning de réservation, ce qui veut dire que l’on n’a pas d’emplacement de réservé. Et encore une fois, pas de soucis, puisque même si nous sommes plusieurs groupes ce soir, nous ne sommes pas les seuls à ne pas avoir réservé et il restera même plusieurs emplacements de disponibles. Le couple d’américains seront les derniers arrivés, et je profite qu’ils reviennent demain à la civilisation et de la fatigue du trekkeur pour leur refourguer une cartouche de gaz vide à jeter. Je suis comme ça moi, j’aime abuser des bonnes choses.

Rivière Brazeau près du campement de Four Points

Jour 7, de Four Points à Pinto Lake

31.6 km, 820 m de D+ et 990 m de D-

Il y a des journées mémorables dans la vie d’un trekkeur et celle-ci est l’une des miennes.

 

La journée débute parfaitement, avec un grand ciel bleu et pas de vent. Partis du campement avec des tentes sèches et un petit-déjeuner pris dans de bonnes conditions, l’équipe a la pêche et la bonne humeur, et ça fuse sur cette fin de la boucle Brazeau. Le sentier joue les petites montagnes russes, entre forêts et clairières, et les paysages sont grandioses. La navigation reste simple jusqu’au moment de passer près du col Nigel, ou une bifurcation permet soit de rejoindre la route en passant le col, soit de continuer plus au sud en direction de Cataract Pass (col de Cataract), ce qui est notre plan.

Vue près du col Nigel

Dès la bifurcation, on sent que la fréquentation sur le sentier n’est plus la même. Il y a beaucoup de traces de pas au départ, mais elles se font de plus en plus rares au fur et à mesure que l’on se rapproche du col. Le sentier nous fait passer entre une rivière sur la droite, et une montagne tout en longueur sur la gauche, dont une partie impressionnante de la crête a glissé dans la vallée. Impressionnante du genre à ne pas vouloir être là quand ça glisse de là-haut. Le sentier nous fait traversé les débris et ça en fait de la caillasse.

Regardez la taille de la dalle qui a glissé

Le fond de la vallée est majestueux, avec une montagne faisant office de mur en fond de vallée, et un glacier alimentant la rivière que l’on suivait jusqu’à présent. Au détour d’une pause, je trouve un magnifique quartz poli mais ce fils de Mac Lovin me le vole pour l’offrir à sa belle. Je tenais alors ici à dénoncer cette injustice, et que la belle sache que le cadeau n’est pas aussi honnête que cela.

Fond de vallée

Une fois au fond de la vallée, à manger des graines tout en imaginant que c’est un gros steak avec des petites patates (sept jours de graine, ça commence à devenir lassant), on se pose la question de savoir où passe le chemin pour rejoindre le col. Le col est quand même proche, et il faut grimper deux cents mètres pour l’atteindre. Ça sentait la montée de sangliers et on n’est pas déçu, le sentier part tout droit vers le col. Deux cents mètres en moins d’un kilomètre, la petite pause au col est obligatoire !

 

Cataract Pass marque la frontière entre le parc de Jasper et la White Goat Wilderness Area (zone sauvage de la chèvre blanche). Je ne sais pas si c’est un effet placebo avec le nom de la nouvelle aire de jeu, mais j’ai l’impression que la suite va déjà être plus sauvage.

 

Après avoir noté nos noms dans le cahier présent au col, on s’oriente vers le sud, suivant un sentier qui devient de moins en moins lisible. Heureusement que les cairns et le GPX permettent de le retrouver quand on le perd, ou du moins, anticiper où il devrait être. En gros, on doit arriver dans le fond de la vallée de Cataract pour ensuite la longer jusqu’à un réseau de rivières et de lacs.

Cataract Pass

Alors autant, naviguer dans un monde minéral, c’est plutôt simple (et encore…), autant quand le végétal s’en mêle, ça devient vite l’enfer. Les cairns ont maintenant foutu le camp, ou pire, il y a un tout seul au milieu de nulle part, posant plus de questions qu’il n’apporte de réponses. On a toujours le GPX, mais les premiers pas dans la vallée me font soupçonner un GPX fait à l’arrache sur un ordinateur… On devait passer un campement rustique mais on a rien vu, alors que bon, la vallée n’est pas large et la vue est plutôt dégagée. En clair, on sait où l’on doit aller sans savoir si l’on y va de la meilleure des manières. Le GPX tient absolument à nous faire suivre le cours d’une rivière, mais on ne le sent pas et on prend un peu de hauteur sur la rive droite pour mieux observer de quoi il en retourne.

Là, encore, ça va

C’est en marchant de caillasse en caillasse que je me foule la cheville. Après avoir posé mon pied droit sur une grosse pierre, celle-ci explose sous ma semelle au moment où je transfère tout mon poids dessus. La chaussure arrive à retrouver une nouvelle position stable dans les débris, mais n’a pas forcément regardé si c’était compatible avec le positionnement initial de la jambe. Je tombe à terre, en profitant au passage pour m’écorcher la paume de main sur une pierre et comprendre qu’elles sont en fait toutes friables et coupantes. Mac Lovin me demande si ça va et je comprends tout de suite que quelque chose ne va pas vu que je ne lui réponds pas le « OK » automatique. Sur le coup, c’est légèrement douloureux, mais la cheville est chaude et je me doute bien que ça ne sera plus pareil plus tard dans la journée.

 

L’état d’esprit est donc de retrouver un chemin potable au plus vite, afin de dérouler les kilomètres avant que la cheville ne me fasse trop mal. On se décide à longer le bord de la rivière et de voir ce que ça donne. Une demie heure plus tard, on se rend à l’évidence, c’est n’est sûrement pas le meilleur chemin possible.

 

Le GPX passe quant à lui dans la forêt qui est apparue sur la rive gauche, et on profite d’un affluent de la rivière pour aller voir s’il y a vraiment un chemin. Des traces de campement sont présents, mais pas de sentier. Les sapins sont très denses, mais on tente quand même le coup. Après avoir imaginé de probables dégagements et galérer dans les branchages pendant une dizaine de minutes, le GPX recolle enfin avec un chemin. C’est presque la délivrance de voir ce bout de sentier, si ce n’est qu’il est très effacé, et qu’il disparait assez souvent. La bonne nouvelle par contre, c’est qu’on peut le retrouver presque à coup sûr en suivant le tracé GPS. Le plus surprenant, c’est qu’au bout de quelques centaines de mètres parcourus à une magnifique moyenne de 1 km/h (et encore, ça descend !), on devine la logique de ceux qui ont fait le chemin, permettant de ne plus le paumer en anticipant où il devrait passer lorsque la végétation a repris le dessus et que le sentier n’est plus visible.

 

Ce n’est pas pour autant que la confiance revient dans le groupe. Avec déjà une vingtaine de bornes dans les pattes, il est temps que le campement de Cataract Creek apparaisse. Nous devons néanmoins nous rendre à l’évidence, il n’y a pas de campement. Ce qui veut dire que si on veut rester sur le plan initial, il nous faudra camper à l’arrache et les traces fraîches de pattes d’ours et de loup sur le sentier ne sont pas très encourageantes… Le GPX est découpé en tronçons sur ma montre, et je crois me souvenir que celui que l’on suit aujourd’hui s’arrête au camp de Pinto Lake, qui pour le coup doit sûrement être un vrai campement. A vol d’oiseau, le camp n’est plus trop loin, et on se décide à tenter le coup. Quitter à camper à l’arrache, autant que ça soit en essayant de rejoindre Pinto Lake, et si nous n’y arrivons pas, on s’arrêtera à la tombée de la nuit.

 

Ce plan a aussi pour avantage de faire un maximum de distance tant que ma cheville est chaude, car je dois bien me l’avouer, ce n’est pas la forme. Les sensations se dégradent au fur et à mesure des pas, avec d’abord une petite douleur, puis une tendance à boiter, suivis par une douleur à chaque pas. Le sentier n’étant pas entretenu, des troncs sont couchés dessus et les enjamber m’est très pénible. Et ce n’est pas comme s’il y en avait tous les dix mètres. Je commence à me dire que c’est impossible que je puisse repartir le lendemain matin, avec un sentier censé être pire que maintenant. Même si j’ai un moyen de prévenir les secours, j’imagine déjà la honte de devoir expliquer que c’est juste pour une cheville, et j’imagine également la difficulté pour les secours de nous rejoindre au milieu de nulle part, ainsi que toute la paperasse qu’il faudra se taper par la suite…

 

Bref, je n’ai plus trop l’esprit festif, et le sentier qui part en vacances lorsque l’on arrive au niveau des embranchements de rivière ne me fait plus du tout rire. Le GPX dit de traverser la rivière mais le semblant de carte à notre disposition n’est pas trop du même avis. On se décide à traverser quand même et j’ai envie de tout abandonner, l’eau froide montant au genou, les pieds meurtris sur les cailloux, la cheville me faisant atrocement mal pour me permettre de lutter contre le courant. Je peux le dire avec le recul, c’est sûrement le pire moment de ma vie de trekkeur.

 

Heureusement, une fois sur l’autre rive, le sentier réapparait et le moral remonte en flèche. L’autre bonne nouvelle est que l’eau glacée permet de masquer la douleur de la cheville, et je peux me remettre à marcher presque normalement. On longe une rivière, oscillant entre terre ferme et marécage, et je dois convaincre Mac Lovin de suivre le GPX car il ne s’attendait pas à que l’on remonte le cours de la rivière vers le lac de Pinto.

Dans les marécages certes, mais avec une vue sympa

Toujours dans l’expectative, on doit de nouveau traverser un cours d’eau, dont on ne voit pas le fond cette fois-ci, l’eau venant d’un glacier et étant chargée de sédiments. Encore une fois, je ne passe pas un super moment, la cheville n’étant plus tenu par la chaussure pendant la traversée…

 

Mais des signes encourageants apparaissent. Il y a d’abord cette odeur de feu, qui part et qui revient, à se demander si on ne l’imagine pas. Et il y a des traces de chaussures, nombreuses et fraîches, qui se dirigent vers le campement. Le rythme augmente à nouveau pour arriver au plus vite au campement, et espérer y voir d’autres personnes.

 

C’est l’explosion de joie quand on voit enfin le campement, avec une colonne de fumée trahissant un feu de camp ! Nous arrivons à Pinto Lake après une trentaine de kilomètres en terrain sauvage, sur les coups de 21h. Le soleil commence à se coucher, mais on a encore le temps de monter les tentes et de se faire à manger. Un groupe de canadiens nous souhaite (encore une fois) la bienvenue et nous fait de la place autour du feu pour que l’on puisse mieux savourer la soirée.

Campement de Pinto Lake

Le campement est rustique, mais c’est bien mieux que de devoir camper au milieu de nulle part, avec de la place pour les tentes et même des toilettes. Pour la nourriture, il faut se débrouiller en revanche pour l’accrocher à un arbre, et heureusement que nous ne sommes pas seuls, car nous devons le faire dans le noir, un peu éloigné du camp, alors que nous ne sommes pas très dégourdis.

Pinto Lake

Jour 8, de Pinto Lake à Owen Creek

16.6 km, 1320 m de D+ et 840 m de D-

C’est le bordel ce matin dans le camp, les canadiens rangeant leur matériel avant de petit-déjeuner tout en se balançant des vannes entre eux. Je leur en veux pas, ils ont été tellement sympas hier soir ! Je reste immobile un petit moment dans mon sac de couchage, car il va falloir tester cette cheville et décider si elle m’autorise à repartir ou non. Mais j’appréhende un peu la réponse… Ok, c’est un peu douloureux, mais je peux au moins essayer de faire l’étape d’aujourd’hui.

 

Après avoir pris le petit-déjeuner (crème vanille et gâteaux secs… bon sang, ce que j’ai envie de croissants !) et ranger les tentes, on débute cette journée de marche par une traversée de rivière… Génial comme départ… L’eau est froide, et une douleur à la cheville m’inciter à exprimer mon opinion par un pragmatique « putain », auquel répondront les canadiens en rigolant « careful, we know this word ! » (attention, nous connaissons ce mot !).

 

Encore une fois, l’eau froide a un effet bénéfique sur la douleur et on peut repartir sur le sentier (toujours aussi taquin) à un bon rythme. Nous marchons d’abord sur la rive du lac, puis abandonnons le groupe de canadiens pour s’enfoncer dans la forêt. La forêt est tellement dense et sauvage que c’est à se demander pourquoi le sentier passe spécifiquement par ici et comment les traceurs ont fait pour se repérer.

 

Mac Lovin m’avait prévenu qu’il fallait traverser un autre cours d’eau, mais le bol fait que l’on n’ait pas à retirer les chaussures cette fois-ci. J’aime toujours comme cela a l’air facile de loin ou en photo.

Mac Lovin à la manoeuvre

Après une bonne nuit de sommeil, la bonne humeur règne dans le groupe, et ça déconne autour de chansons ou de variantes aux « Maurice ! » et son copain pilote. Mais assez vite, le sentier nous fait grimper droit dans le pentu. Le souffle devient court, et il est difficile de crier pour faire peur aux ours. Enfin leur faire peur, c’est surtout nous qui flippons d’en rencontrer un dans cette pente car il y a peu de visibilité et de dégagement. Les pauses sont généralement courtes dans les bois, surtout que l’on se fait dévorer par les moustiques.

 

Le dénivelé permet finalement de changer d’étage pour passer à un monde plus minéral, avec maintenant de la visibilité pour arrêter de faire du bruit et profiter du paysage. On passera la journée à enchaîner trois cols tout en restant presque tout le temps haut en altitude. J’adore cette journée, on est à quelques jours de la civilisation, littéralement dans un coin paumé tout en suivant un tracé GPX dont je ne connais pas la provenance. C’est grisant, et je n’ai pas trop envie de glander en même temps car c’est le genre de hautes vallées où l’on aimerait pas voir un orage débouler.

No man's land

Mais faut bien avouer qu’au bout de vingt bornes et plus de mille mètres de dénivelé positif, les cailloux, on commence à en avoir marre, surtout après la grosse journée de la veille. Lors du passage du deuxième col, on devrait voir normalement le lac Michele (Michele Lake), mais rien, et le moral se casse la gueule. On voit au loin le dernier col de la journée, et on avance sans trop d’enthousiasme dans sa direction, car il faut descendre puis monter, en espérant que le lac soit en fait caché quelque part entre les deux cols. Sinon, ça veut dire que l’on aurait un quatrième col à passer…

A la recherche du lac Michele

Au final, le lac était bien caché, et je comprends à son niveau que les campements du type « 4 » sur ma liste sont en fait des endroits de camping sauvage, et c’est pour cela que nous n’avions rien vu au niveau de Cataract hier. Alors comme celui de ce soir est de la même catégorie, une fois passé le dernier col, on décide de rester en altitude et de camper dans la descente aux abords des premiers arbres pour nous permettre de pendre la nourriture, sans être complétement en forêt.

 

Après avoir trouvé un endroit à peu près plat, et protégé par une grosse pierre, nous montons les tentes sous l’œil bienveillant d’une grosse marmotte à quelques mètres de là en train de prendre son bain de soleil. L’emplacement est exigu et une fois les tentes montées, le sol pas très plat appelle à une nuit peu confortable. On profite également du cours d’eau proche pour se laver un peu car ça commence à bien dauber sous les dessous de bras, mais l’eau glacée et le petit vent me limite aux pieds. Je préfère encore sentir la marmotte sauvage que de me laver le torse avec des glaçons. Il ne nous reste maintenant plus qu’à pendre notre nourriture dans un sapin après avoir mangé… et c’est là que débute nos soucis de la journée.

Campement pas très confortable

Car hier, à Pinto Lake, les sapins étaient plus grands et les branches les plus basses étaient cassées. La branche la plus près du sol était alors à quelques mètres du sol et il était facile de lancer la cordelette avec un mousqueton en guise de lest pour s’y pendre. Là, le sapin est plus petit et gavé de branches bien touffues. La technique de la veille ne marchant pas, on rajoute plusieurs mousquetons pour essayer de faire un passage en force, sans succès, emmêlant la cordelette dans les branches et pestant sur l’incapacité du lanceur (qui est constante au final quel que soit le lanceur…). Après plus d’une demie heure, on arrive enfin à un semblant de réussite, la nourriture étant à peine à quelques mètres en hauteur… On ne se fait néanmoins pas d’illusions : autant les sacs sont protégés des rats et souris, autant si un ours passe par ici, on n’aura plus qu’à chasser de la marmotte pour petit-déjeuner. C’est peut-être pour ça que celle de tout à l’heure est partie se planquer.

Sucess Story

Jour 9, d'Owen Creek à Lake Louise

8.5 km, 30 m de D+ et 850 m de D-

Conformément à l’inclinaison du sol, la nuit n’a pas été terrible, mais il suffit juste d’ouvrir la porte de la tente pour tout oublier et se dire que quand même, je suis bien là. Le soleil est en train de se lever dans un grand ciel bleu, éclairant d’une lumière jaune orangé la ligne de crête en face de nous. La chance continue avec nos provisions toujours à leur place, et un vent froid orienté de sorte que l’on puisse prendre le petit-déjeuner derrière notre grosse pierre, du seul côté confortable.

En ouvrant la porte de la tente

Mon moral est au beau fixe à la reprise du sentier, mais c’est sans compte sur cette GDT, briseuse de bonne humeur. Maintenant que l’on redescend dans une vallée en suivant la rivière Owen, le sentier joue de nouveau à cache-cache et on doit sauter sans cesse d’une rive à l’autre. Au début ça va, la rivière est toute petite mais plus on perd en dénivelé et plus elle gagne en taille. Phénomène étrange au passage, car je ne vois pas d’affluents et il est difficilement imaginable que toutes les petites fuites d’eau se déversant dans la rivière arrivent à fournir autant d’eau.

 

Notre table de marche indique quatre kilomètres entre le campement et la route au fond de la vallée, mais la lecture de la carte, le fichier GPX et notre progression indiquent tous qu’il ne faut pas trop avoir d’espoir. Nous sommes partis pour en baver et pendant encore un petit moment. Le sentier passe normalement sur la rive gauche de la rivière, à une dizaine de mètre plus haut, mais de nombreux éboulements de terrain ont emporté le sentier, et nous passons notre temps à descendre et monter dans les gravats, sans compter le fait de devoir se frayer un passage lorsque nous sommes au plus près de la rivière. Mac Lovin me signale que les semelles VIBRAM, c’est vraiment de la merde sur les pierres mouillées. C’est en lui répondant que je ne suis pas d’accord avec lui que je glisse sur une d’elles et que je me rattrape in extremis avant de me viander dans l’eau. L’honneur est sauf, il n’a rien vu.

Descente le long de la rivière Owen

J’ai eu deux trois frayeurs dans cette descente, qui ne fait rien pour épargner ma cheville. Il y a notamment ce moment où l’on redescend droit dans le pentu en direction de la rivière. J’ouvre et alors qu’une marche d’un mètre se présente avec une énorme pierre stable au sommet, il suffit que je pose le pied dessus pour comprendre que non, elle n’est pas stable. Et me voilà un mètre plus bas dans un nuage de poussières, par chance sans bobo. Il y a aussi cet autre moment où je pense deviner un sentier dans un éboulis bien pentu, le long de la ligne de niveau. Avec les branches dans la tronche et le sac qui s’accroche de partout, je dois faire un petit saut pour mettre mon pied à un endroit de la taille de mon pied. A la fin du saut, je sens que la terre se tasse un peu et j’attends de voir si je vais me retrouver dans la rivière à trois mètres plus bas. La sueur froide remontant mon dos me signifie que non, ça ne va pas glisser. Mais au final, ce n’est pas le bon chemin…

 

Nous descendons donc avec une magnifique vitesse moyenne inférieure au kilomètre par heure, jonglant entre navigation catastrophique et passages délicats durant toute la matinée. Dire que l’on pensait arriver à la route sur les coups de dix heures… Lors de notre descente, on passera ce qui devait être l’emplacement officiel du camp d’Owen Creek (rivière Owen) et nous sommes contents d’être restés plus haut. Car dans toute cette galère (que l’on apprécie plus après que pendant), il ne faut pas oublier la présence potentielle des ours aux abords du chemin, alors si on peut éviter de passer la soirée entre les troncs d’arbres annihilant le champ de vision.

Campement d'Owen Creek

Enfin, la route (ou plutôt, l’autoroute) se fait entendre, et on profite d’être encore cachés de la vue des automobilistes pour se laver dans la rivière et être plus présentables pour faire du stop. Un groupe déboule sur le sentier et leurs chiens nous surprennent totalement alors que l’on s’affaire à se faire tout beau. Même une fois que l’on comprend que c’est des chiens, il reste quand même un arrière-goût de trouille en se disant que si c’était une autre bestiole plus sauvage, on l’avait dans l’os.

Sentier de la GDT dans Owen Creek

Jusqu’au bout cette matinée ne m’aura pas épargnée, même lorsque l’on arrive sur le parking au bord de la route. Je me casse la gueule au ralenti dans la poussière, m’ayant accroché le pied dans une branche au moment de passer à travers une haie. Tellement au ralenti que je rigole déjà avant même de toucher le sol. C’est dans ces moments que l’on voit les vrais potes, avec un Mac Lovin mort de rire également avant même de me demander si ça va.

 

On trouvera ensuite en moins de dix minutes un gars nous prenant en stop pour Lake Louise. Cette fois-ci, on a vraiment de la chance, car il n’y avait pas beaucoup de circulation, et nous avons le droit de faire le voyage dans un pick-up tout neuf, avec un canadien fort sympathique, prenant même le soin de nous payer une bière. Je ne vous raconte pas l’effet de la bière après autant de jours sans boire une goutte et complétement fatigué. J’avais vachement moins de problèmes après.

Jour 10, de Lake Louise à Floe Lake

11.5 km, 810 m de D+ et 110 m de D-

Après avoir passé une journée de repos à Lake Louise pour laisser reposer un peu ma cheville, et organiser la fin de notre périple, nous voilà de nouveau au bord de la route à encore faire du stop. Mais cette fois-ci, nous sommes équipés d’un magnifique panneau réalisé à partir d’une boîte de gâteau pour indiquer où nous voulons aller. Le plan est de parcourir la Rockwall, une section de la GDT que j’avais prévu pour la fin mais dans l’autre sens. Avec les jours de perdus aussi bien à Lake Louise et à Jasper, il ne nous est pas possible de parcourir la section dans la vallée d’Amiskwi, que l’on nous a vendu comme très peu distrayante. Nous partons alors sur la Rockwall pour la faire dans le sens opposé à celui prévu, c’est-à-dire du sud vers le nord, pour finir au village de Field. Reste que nous avons plein d’inconnus ce matin : il nous faut faire une quarantaine de kilomètres en stop pour rejoindre le point de départ, avec un changement d’autoroute… Les gars de parc Canada nous ont également dit qu’il n’y avait plus d’emplacements disponibles dans les camps, mais on parie sur le fait que les orages à venir vont décourager les randonneurs à partir en montagne. Bref, il faut savoir rester positif ce matin.

Notre magnifique panneau

Moins d’une demie heure après avoir commencé à faire du pouce dans l’endroit le plus merdique de la ville pour faire du stop (champions !), une voiture s’arrête et nous amène jusqu’à la seconde autoroute. On lève de nouveau le pouce et un pick-up s’arrête pour nous amener au point de départ. C’est quand même génial quand c’est aussi simple, parce que nous sommes quand même deux gars avec deux gros sacs et des vêtements pas forcément super propres… Le second conducteur m’a foutu un peu les jetons en montant à bord. Les sièges sont recouverts d’une décoration camouflage, et il était aussi loquace qu’une armoire normande. Le genre de Clint Eastwood qui pourrait facilement dans un film t’enterrer dans le désert parce que ta tronche lui revenait pas.

 

C’est bien content de descendre du pick-up que l’on arrive au point de départ de la Rockwall, avec pour objectif de rejoindre le lac Floe (Floe Lake) dans la journée. Journée assez courte par ailleurs puisque le lac se trouve à une petite dizaine de kilomètres de là, avec à peine huit cent mètres de dénivelé. Mais à mon sens, c’est le genre de journée usante, car je me dis que ça va être les doigts dans le nez, alors qu’il faut quand même transpirer un peu.

 

Et pour transpirer, on va transpirer. La chaleur est accablante aujourd’hui et ça sent bon l’orage de fin de journée (je triche un peu, la météo l’a annoncé ce matin). La Rockwall étant une randonnée prisée des canadiens, le sentier ne ressemble en rien à ce que l’on a dû suivre ces derniers jours. Je peux même écrire que c’est le grand luxe, avec des panneaux indicateurs, un sentier bien tracé, aucun tronc couché à passer et avec de nombreux autres randonneurs. Un peu trop de monde à mon goût, car avec le nombre de voitures garés sur le parking du point de départ, je commence à me dire que le campement sera peut-être plein ce soir… Avec dix-huit emplacements (!), on aura peut-être la chance d’en avoir au moins un et de ne pas avoir à planter à côté…

 

La montée au lac Floe n’a rien d’exceptionnelle. Ça monte quoi, au milieu d’une forêt qui a dû brûler il n’y a pas si longtemps vu le nombre de troncs nus et couchés. Seul un banc construit avec des ardoises permet de nous distraire un peu. Bordel que je n’aime pas ça monter en plein cagnât, et ça sent sur ma forme, me faisant souvent distancé par le Mac Lovin.

 

La vue devient déjà plus sympa lorsque l’on s’approche du campement et que l’on peut apercevoir le lac Floe, entourées de montagnes et de glaciers. Le campement est juste énorme, et on trouve un emplacement en début d’après-midi près d’une zone où l’on pourra planter au besoin. On profitera ensuite de l’après-midi à glander aux bords du lac et à se faire agresser par les moustiques lorsque la brise disparaît l’espace d’un instant. Je rencontre une autrichienne qui randonne avec son micro chien et ayant parcourue la randonnée dans l’autre sens. Elle me dit de ne pas m’en faire pour les campements, les précédents n’étant jamais pleins. J’ai essayé de lui parler en allemand mais vu la tête qu’elle a faite, je pense que j’aurai besoin de réviser un peu…

Lac Floe

L’orage ne viendra pas ce soir. Il y a bien eu un coup de tonnerre et une tentative d’averse, mais tout est sec cinq minutes après, et après avoir essayé de faire des ricochets avec la pierre la plus lourde à notre disposition, on peut profiter d’un repas au bord du lac lors du coucher de soleil.

 

Les groupes de randonneurs continuent à arriver dans la soirée, mais il restera quand même deux autres emplacements de libre en plus du nôtre.

Jour 11, de Floe Lake à Tumbling Creek

18.5 km, 1050 m de D+ et 1200 m de D-

L’étape du jour est le campement de Tumbling Creek (rivière Tumbling). Il y a en gros deux cols à passer avant de rejoindre le camp.

 

Le premier col est forestier et c’est à peine si on le devine. Avec une après-midi à glander et des sacs qui deviennent légers, on l’avale sans trop forcer. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir la mort lorsque l’on s’aperçoit que le chemin nous fait quand même vachement descendre. Parce que oui, le trekkeur est un flemmard et comme le second col est à la même altitude que le premier, ça veut dire qu’il va falloir faire tourner les mollets plus tard…

Quand on se retourne sur le chemin

Le premier col offre une vue exceptionnelle. Avec une après-midi à glander et des sacs qui deviennent légers, on l’avale sans trop forcer. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir la mort lorsque l’on s’aperçoit que le chemin nous fait quand même vachement descendre. Parce que oui, le trekkeur est un flemmard et comme le second col est à la même altitude que le premier, ça veut dire qu’il va falloir faire tourner les mollets plus tard…

Premier col de la journée

Ça descend, ça descend, ça descend et ça descend encore. J’aurai pensé croiser plus de monde en sens inverse mais à part un couple de randonneurs, personnes. Au passage, il semblerait que l’on fasse suffisamment de bruit pour qu’on nous entende de loin…

 

Voilà maintenant dix jours que l’on ne mange rien d’autres que des gâteaux secs et des graines. Alors à la pause, quand on commence à parler du poulet dominicale et d’autres pommes de terre sautées, c’est le début de la fin. Pourtant, il y avait une règle tacite dans le groupe de ne pas trop se mettre l’eau à la bouche, mais le barrage rompt et c’est la route ouverte aux religieuses au chocolat, aux raclettes et autres pizzas. C’est dur ensuite de plonger la main dans le sachet de graines… L’avantage, c’est qu’en rentrant, il faudra manger pour faire attention à notre ligne. Alors que je ne rentrais presque pas dans mon pantalon de trek avant de partir, traduisant un certain enclin à la bonne nourriture chilienne bien grasse, heureusement que ce même pantalon ait une ceinture maintenant serrée comme jamais si je ne veux pas le retrouver aux genoux.

 

La descente jusqu’au campement de Numa Creek (rivière Numa) est entièrement dans une forêt de sapins, cachant la vue sur les sommets alentours. Mais pas vers le ciel, et on constate qu’il se couvre de plus en plus, sans que l’on s’en inquiète pour le moment. C’est en quittant Numa Creek après le déjeuner, et en étant content de ne pas y rester pour camper, que la pluie commence à tomber.

 

On met du temps à comprendre que l’averse est amenée à rester, et faisons l’erreur de ne mettre que la veste de pluie une fois déjà trempés. C’est toujours agréable de marcher sous la pluie, quand il fait bien chaud et que tu transpires sous la veste, remontant les manches pour essayer de refroidir la machine et que la végétation luxuriante en profite pour te griffer et piquer les bras… Quelques dizaines de minutes plus tard, on se mettra à l’abri d’un arbre pour passer les pantalons de pluie alors que le mal est déjà fait et que nous sommes complétement détrempés. Il pleut tellement que j’ai l’impression d’être dans ma douche.

 

C’est à ce moment que je remarque que le Mac n’est pas en confiance, et lui demandant pourquoi, il me demande si je ne pense pas qu’un orage arrive. « Attends, si c’est un orage, on aurait entendu la foudre tombée depuis longtemps maintenant. Y a pas de soucis, c’est juste une très grosse averse » répondis-je plein de confiance, avant d’entendre la foudre tombée une ou deux minutes plus tard.

 

Ah la foudre et notre bande de bras cassés, c’est une grande histoire d’amour qui a commencé lors d’une traversée du Queyras, lorsqu’elle était tombée à moins de cinquante mètres de nous sur un pylône alors que l’on montait vers la ligne de crête. Nous avions alors passé une heure trente accroupie dans les bois, priant tous les dieux du monde de nous épargner. Alors quand huit ans plus tard, on se retrouve à nouveau près des bois et à nouveau en train de prendre de l’altitude, de mauvais souvenirs ressurgissent. Demi-tour toute, direction des arbres un peu plus bas, pour se mettre à l’abri de la pluie et faire en sorte de ne pas se retrouver sous les arbres les plus hauts. L’attente de l’accalmie est bien entendue angoissante, avec la pluie redoublant d’intensité comme si c’était encore possible et les éclairs frappant les sommets alentours. Au bout de quelques minutes d’inactivité, j’entends des bruissements autour de nous comme si une grosse bestiole était tout proche, et on se met alors à crier pour se faire remarquer. Ça serait quand même ballot de tomber sur un ours en plein orage.

 

Après avoir passé une demi-heure à se geler avec l’eau froide dégoulinant dans le dos, l’orage est enfin calmé et un constat s’impose. Quand même le slip est détrempé, c’est qu’il ne doit plus y avoir grand-chose de sec dans le sac à dos. Faudra espérer qu’il fasse beau sous peu si l’on veut pouvoir sécher quelque chose, mais le ciel n’a pas l’air de prendre cette direction, et on se dépêche de passer ce foutu col, puis le petit passage en altitude pour redescendre vers le campement de Tumbling Creek avant que le ciel nous serve la petite sœur. C’est fou comment on avance vite et sans peine avec une épée de Damoclès sur la tête.

 

La petite sœur nous sera servie comme convenu dans la descente, nous rinçant une nouvelle fois complétement. Ma montre GPS m’indique que l’on arrive au kilométrage du campement, mais toujours rien à l’horizon. Nous abdiquons et courrons nous mettre à l’abri encore une fois le temps que ça passe. Dans cette ambiance de tempête, voilà qu’un couple de trekkeurs passe devant nous, marchant comme si de rien n’était, en direction du col d’où nous venons. Le gars est très relax, la femme un peu moins, et je les regarde passer en me disant que c’est surréaliste. Même la foudre tapant le sommet tout prêt et dont l’onde sonore secoue le sol ne leur fera pas faire demi-tour. Comme quoi, on doit être de grosses flipettes.

 

Bon, tu es où saloperie de campement, il sera temps de te montrer pendant l’accalmie avant que l’on s’en prenne la troisième vague. Ha, tu es là, de l’autre côté de la rivière, mais il faut encore descendre un peu le long d’elle pour trouver un pont, et remonter pour te retrouver.

 

On arrivera à monter les tentes avant que la dernière averse de la journée, et à se mettre à l’abri, dans nos sacs de couchage pour attendre que ça passe. En sortant pour aller manger avec un semblant de ciel dégagé, je constate que toutes mes affaires qui n’étaient pas dans des sacs étanches sont trempées, chaussures comprises. Au moins, le froid permet de manger ce soir sans se faire agresser par des moustiques.

Jour 12, de Tumbling Creek à Helmet Falls

12.4 km, 580 m de D+ et 700 m de D-

La succession des prochains campements nous obligeant à choisir de faire des petites étapes plutôt que des méga longues, on profite de la perspective d’une petite journée de marche pour attendre que le soleil tombe dans la vallée où se trouve le campement pour faire sécher des affaires. Avec ce grand ciel bleu, ça serait dommage de partir trempés. Surtout le t-shirt que j’ai enfilé ce matin, froid et humide, est une agression olfactive. Mais je le porte pour le faire sécher plus rapidement, c’est ça le don de soi.

Opération séchage

Une fois que le soleil a fini de faire fumer toutes nos affaires et que tout soit à peu près sec, on reprend le sentier, direction le col de Wolverine. L’ascension permet de profiter du paysage alentour, avec la présence de nombreux glaciers, et ainsi de voir ce qui n’était pas visible sous la pluie de la veille. On fait même un petit crochet par le campement de Wolverine, situé à quelques mètres de la frontière officielle du parc de Kootenay, véritable camping municipal avec ses nombreuses tentes. Il y a l’air d’avoir plus de monde qu’au campement de Tumbling Creek, c’est dire.

Quand on se retourne sur le chemin

Enfin, le Rockwall est en vue. On se pose au Rockwall Pass (col de Rockwall) pour profiter de la vue offerte sur ce mur gigantesque donnant le nom à la randonnée entre Floe Lake et Helmet Falls. C’est joli mais après avoir vu Jonas Shoulder, on devient exigeant et nous sommes un peu déçu. Mais bon, il fait super beau, une petite brise nous assure de ne pas avoir trop chaud et l’ambiance est à la grosse déconne. Je ne vous dirai pas tout, mais il y avait de la fesse autour du Rockwall aujourd’hui.

Rockwall

De l'autre côté du col

C’est ici que l’on a inventé le concept du trek entrée, plat et dessert. Ce concept consiste à commencer un trek long par une petite randonnée de quelques jours, l’entrée donc, histoire de se mettre en conditions et de vérifier que le matos et le bonhomme sont en adéquation. Ensuite, le plat de résistance, plusieurs jours en total autonomie où l’on se doit d’en chier comme un porteur népalais. Enfin le dessert, une petite rando de deux jours après un retour à la civilisation pour revenir plus facilement à son rythme quotidien habituel. On est comme ça nous, à inventer des choses qui n’intéresse personne, même pas nous une fois rentrés.

 

La descente du Rockwall Pass a un air de Belledonne avec tous ses gros cailloux posés n’importe comment. C’est un peu long et heureusement qu’il y a les petites trekkeuses canadiennes sentant bon le parfum les chutes d’Helmet Falls pour égayer un peu cette fin de parcours.

Helmet Falls

Le campement d’Helmet Falls n’est pas le meilleur que l’on ait fait, mais il est plutôt bien agencé. Voyez plutôt : des tables avec des casiers à nourriture juste à côté, offrant tous une vue sur les chutes d’eau au loin, une rivière à côté des tentes, idéale pour récupérer de l’eau fraîche (très très fraîche l’eau) en vue d’essayer de faire une lessive pour se débarrasser de cette odeur de chacal faisandé, et des chemins suffisamment propres pour se déplacer pieds nus, même lorsque l’on est aussi douillet que moi. Le seul souci de ce camp, c’est que tous les emplacements sont les uns sur les autres, et que l’on a gagné un groupe de trekkeurs canadiens par forcément habitués à la nature… Comme le disait si bien Jean Yanne : « l’enfer, c’est les autres ».

 

Le mauvais temps viendra quand même nous faire un petit coucou pile au moment où l’on démarre le réchaud, mais suffisamment court pour s’arrêter dès que l’on a tout ranger pour laisser passer l’averse… Des fois je vous jure…

Jour 13, de Helmet Falls à Mac Arthur Creek

14.8 km, 510 m de D+ et 760 m de D-

Aujourd’hui, nous quittons le parcours de la Rockwall pour filer vers la vallée Mac Arthur le long de la GDT, vallée au passage fermée à cause de la présence nombreuse d’ours…

 

J’ai super bien dormi, malgré la pluie qui est tombée toute la nuit. Et même si les tentes sont trempées, le soleil est présent ce matin pour tout faire sécher avant de partir. Mac Lovin a lui aussi bien dormi, et ça s’entend. J’ai le droit à un véritable répertoire de la chanson française, avec des morceaux plus ou moins bien, mais en tout cas, ça me change des classiques « Maurice » pour indiquer notre présence aux alentours. La chanson « Le Pouvoir d’Achat » deviendra même l’hymne officiel de cette GDT 2016. Moi aussi faudrait que je bosse mes classiques la prochaine fois avant de partir.

Sentier de la GDT, direction le parc de Yoho

Le sentier, maintenant plus sauvage, grimpe en direction du Goodsir Pass, où l’on peut enfin sortir un peu de la forêt et profiter de la vue. La North Tower (tour nord) se fait notamment remarqué, et il est impensable que personne ne vienne ici alors que c’est déjà plus joli que la Rockwall.

Col de Goodsir

Ouvrant le chemin, je me prends plein de toiles d’araignées fraîchement tissées dans la tronche au fur et à mesure des kilomètres. Le sentier est sinon pas mal pour un chemin peu fréquenté, même si depuis que l’on ait passé du parc de Kootenay au parc de Yoho, on sent déjà que l’entretien en pâtit. Surtout avec ces petits passages complétement dingues où le sentier disparaît sous des plantes plus hautes que nous, et en devers.

 

Nous arrivons au campement de Mac Arthur Creek (ruisseau Mac Arthur) en début d’après-midi, et l’ambiance est déjà plus proche de celle des campements de Jasper. Voir même un peu plus flippante, avec ces arbres fins sans feuilles couinant les uns contre les autres…

 

Heureusement, une cabane pour rangers est placée un peu plus loin. Bien que fermée, une table est dehors avec vue directe sur le Mount Goodsir et ses acolytes. On passera ainsi l’après-midi à l’ombre donnée par le toit pour se protéger du soleil et de la chaleur étouffante.

Glandage

Avant dernier jour oblige, j’ai envie de tester à nouveau cette bombe à poivre. Je m’éloigne donc un peu du Mac pour éviter de lui en mettre plein le nez, et appuie bras tendu sur le déclencheur, en faisant attention au sens du vent. Et là, rien ne se passe. Bordel, ma protection personnelle ne fonctionne plus… mais depuis combien de jours ? Combien de fois je me suis éloigné pour… heu… pour réfléchir tout seul dans les bois, en me confiant totalement à cette protection. Oulla, c’est le moment sueur froide dans le dos en se repassant tous ces moments. C’est le moment de faire avec le Mac Lovin ce que fait une moule sur son rocher. Hep, viens là toi !

 

C’est donc dans une stratégie proche du convoyage de fonds que je pars sous protection chercher de l’eau dans une rivière claire placée un peu en amont du camp. En cette fin de journée, avec personne aux alentours à part des ours cantonnés dans une vallée, on n’est pas loin de faire dans nos frocs lorsque l’on doit retourner marcher dans la forêt… Alors pour se remettre de nos émotions, et puisque c’est le dernier soir, on s’offre une double portion de lyophilisés ce soir. Et c’est gavé comme des oies que l’on part se coucher après avoir savouré le coucher de soleil sur les montagnes au loin.

Inspiration avant d'aller se coucher

Jour 14, de Mac Arthur Creek à Lake Louise

19.3 km, 240 m de D+ et 440 m de D-

La nuit n’a pas été des plus tranquilles. A peine le temps de finir de lire et de dormir une heure que le ciel s’illumine d’éclairs et que le sol tremble en propageant le son de la foudre. Les sommets alentours prennent chers, et je compte les secondes entre le flash lumineux et le son, tremblant dans mon duvet de peur qu’on se prenne cette furie sur le coin de la toile de tente. Coup de bol, après s’être rapproché un peu trop à mon goût, l’orage se décide à passer dans une autre vallée puis de s’éloigner. Tout redevient silencieux, seul le son des arbres grinçant les uns sur les autres vient à mes oreilles. Dans le genre projet Blairwitch, ça se pose là, surtout que la forêt hébergeant le campement de Mac Arthur Creek est déjà flippante à la base… Je recommence à m’endormir avant qu’un énorme de coup de tonnerre ne tombe pas loin, sûrement sur le sommet à côté du campement. La flippe maximale, mais au moins, l’orage semble s’adoucir un peu, avec moins d’éclairs que tout à l’heure… mais tous pas très loin de nous…

 

Autant vous dire que j’ai des petits yeux au réveil, et la mine déconfite de Mac Lovin me laisse comprendre que lui non plus n’a pas beaucoup dormi. Bref, il est temps de rentrer à la civilisation et d’en finir avec ces conneries de mère nature qui nous en met plein la gueule. Mais maman est taquine, et alors que l’on est en train de prendre notre petit-déjeuner sur la table de la cabane des rangers, une pluie fine déboule avec d’autres nuages plus menaçants. Elle s’arrêtera juste au moment où nous finissons de ranger le campement pour éviter que tout ne soit trempée…

 

Le beau temps revient donc, et marcher ce matin est très agréable. D’une part, les quinze kilomètres à parcourir pour rejoindre l’autoroute sont en faux plat descendant, parfait pour avoir une vitesse moyenne de furieux sans faire trop d’efforts. Les sacs à dos sont vides de toute nourriture, donc ultra léger, et au bout de la journée se profile une bonne bière et un bon hamburger, de quoi se changer les papilles de la nourriture en poudre. La fatigue accumulée et la perspective d’une douche aident également à conserver une bonne humeur dans le groupe, malgré les soucis gastriques des uns, et les pieds mouillés des deux. En effet, bien que le parcours suive une piste forestière, il doit bien y avoir longtemps qu’un véhicule ne soit pas passé ici, et la végétation mouillée des pluies de la nuit vient détrempée pantalon et chaussures en à peine quelques kilomètres. Il serait également imprudent pour un véhicule de passer à certains endroits ravinés par le torrent, créant des corniches de terre qui ne demandent qu’à s’écrouler…

Hauteur de la corniche

Trois heures après être parti du camp, nous voilà au bord de l’autoroute devant nous amener à Field. Une analyse de la carte nous montre qu’il y a dix bornes jusqu’au patelin, mais les campings sont en fait bien plus loin… La mort… Mac Lovin et moi décidons alors de faire du stop, après avoir essayé d’être presque présentable pour ne pas effrayer le touriste.

 

C’est raté, personne ne nous prend. Il faut dire que, même si ce n’est pas une autoroute comme chez nous, faire du stop en marchant sur la bande latérale n’est pas très rassurant. Je ne tends pas trop le pouce pour éviter qu’un camion ne m’embarque. Les voitures vont trop vites et le trafic est trop important pour espérer une âme charitable. On abdique au bout d’une demie heure, changeant le plan pour atteindre Field et voir là-bas ce que l’on pourra trouver comme logement.

 

Murphy disait qu’à partir du moment où les choses peuvent mal tourner, elles tourneront mal, et il n’avait pas totalement tort. Nous sommes en galère sur une portion d’autoroute sans possibilité de prendre un autre chemin, avec presque plus d’eau et plus de nourriture, et voilà que Mac Lovin me balance avec le sourire que trois orages semblent se développer tout autour de nous… Mais là où la chance tourne enfin, c’est quand nous sommes enfin sur un chemin à l’abri dans un fossé qu’une voiture s’arrête et nous demande si on veut être déposer à Lake Louise. Sur le coup, je n’y crois pas, ça serait trop de la chance, mais si, deux californiens vont à Lake Louise et nous offre le transport alors même qu’on était presque invisible dans le fossé et que l’on avait arrêté le stop il y a déjà un petit moment. Joie puissance infinie !

 

Et la chance ne s’arrête pas là : alors qu’une fois au camping de Lake Louise, tous les panneaux indiquent qu’il est complet, le personnel nous indique que l’on peut profiter d’une annulation de dernière minute ! Avec même une salle hors sac rien que pour nous à quelques pas de la tente. Joie puissance infinie x 2 !

 

L’orage nous tombera dessus alors que l’on est bien à l’abri, je profite d’être en début d’après-midi et qu’il n’y ait personne aux douches pour savourer une longue douche bienfaitrice, avant d’aller boire une bière et manger un burger à l’auberge de jeunesse et finir la soirée devant un feu de bois à faire sécher des affaires. Le confort, c’est quand même sympa.

En conclusion, j’ai passé un très bon moment sur ce Great Divide Trail en compagnie du Mac Lovin, mais il n’en reste pas moins que ce trek est compliqué.

 

Compliqué, car bien que le sentier suive parfois des randonnées populaires, il est bien plus souvent dans des zones sauvages et avec une faible fréquentation et peu d’entretien, il est difficile à suivre. Mais c’est ce qui fait le charme de ce parcours, car une fois que l’on ait passé une de ces zones sauvages après en avoir bavé, le sentiment d’avoir accompli quelque chose dont on peut être fier apparaît. Au final, sur ces quatorze jours, je retiendrai essentiellement le passage dans cette White Goat Wilderness Area entre les parcs nationaux de Jasper et de Banff.

 

Compliqué, car bien que les bivouacs soient en pleine nature et parfois loin de tout, Parc Canada demande à ce qu’on les réserve et il y a alors peu de place de libre pour les imprévus. Dans les faits, les campements étaient loin d’être pleins, mais il est paradoxal d’avoir à passer du temps sur internet et au téléphone pour finalement avoir le droit de poser sa tente au milieu de nulle part. C’est la règle, il faut s’y plier et bien anticiper son voyage.

 

Compliqué enfin de conserver de la motivation à avancer car les paysages sont très souvent masqués par la forêt. Sur la GDT, il y a de grands moments avec des vues spectaculaires, puis des journées très moyennes où l’on passe son temps dans une forêt de sapins.

 

En bref, et vous l’aurez compris, j’en tire un bilan mitigé, d’autant plus que je n’ai pas le sentiment d’avoir accompli quelque chose vu que l’on n’a pas pu suivre le plan initial. D’habitude, je vous aurai dit, je reviendrai pour boucler tout ça, mais là non. Pas l’envie, car il faudrait changer de stratégie et partir avec moins d’autonomie et plus de ravitaillement mais ce n’est pas mon truc. Il n’en reste pas moi que c’était un trek très intéressant et très instructif, et j’ai beaucoup aimé les canadiens de la région, très accueillants et très agréables à vivre. Je ne compte plus le nombre de fois où l’on nous a proposé de l’aide, jusqu’à même nous prêter une voiture pour rejoindre un point de départ.

 

En clair, vous aimez le trek en forêt et vous êtes prêt à en baver un peu. Ce GDT est fait pour vous. Vous êtes plutôt montagnes et pas trop fana de l’organisation, je vous conseillerai plutôt de trouver un autre trek.

Côté organisation.

Article à venir prochainement.

Côté matos.

Si vous comptez faire la GDT durant les mois d’été, je vous conseille d’embarquer le kit Islande, car d’une part, il ne fait pas froid, et d’autre part, il pleut beaucoup.

 

Ajoutez à cette liste de matériel la fameuse bombe à poivre (ou bear spray), à porter toujours sur soi, soit dans une poche, soit encore mieux, dans un étui. Le mieux je pense est de se le procurer à Vancouver et de le mettre en bagage en soute dans l’autocar. La compagnie Greyhounds autorise leur transport en soute, et ils seront bien moins chers qu’à Jasper ou Lake Louise. Le gaz est en revanche interdit en soute, mais personne n’a fouillé nos sacs.

 

Ajoutez également une cordelette suffisamment longue pour pouvoir pendre un sac étanche contenant la nourriture dans un arbre, et une paire de petits mousquetons pour aider dans la manœuvre.

 

Enfin, n’oubliez pas de prendre une protection anti-moustique. Le masque filet contenu dans le kit fera l’affaire, mais un répulsif liquide rendra les soirées encore plus agréables.

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