Ascension du Kibo, parc du Kilimandjaro

Un trek sur le toit de l'Afrique avec la bonne humeur tanzanienne

Romain Mouton | 1er novembre 2015

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Crédits Kilimanjaroroutes.com

Il fut un temps, j’étais encore jeune, je tenais encore l’alcool et je voulais absolument grimper les plus hauts sommets de chaque continent, en commençant par le Kibo, dans le parc du Kilimandjaro. Mais fauché comme un nouvel actif, les prix m’avaient amené à me diriger vers un autre style de voyage (le GR4, en Auvergne, c’était déjà moins loin).

 

C’est ainsi que dix ans plus tard, me voilà en Tanzanie, avec déjà un paquet de treks dans la musette, presque dix kilos en plus (ça va, j’avais encore de la place) et prêt à en découdre avec ce volcan de presque 6000 mètres d’altitude.

 

Dans la suite, je bascule au présent pour le récit quotidien.

Jour 1. De Moshi à Big Tree Camp (2800 m)

D+ : 800 m / D- : 0 m / Km : 4

Cette journée est davantage consacrée aux derniers préparatifs qu’à la marche. Elle commence à Moshi, où l’équipe des guides et porteurs vient nous récupérer tôt le matin. Première découverte, incroyable pour nous : l’équipe est à l’heure, voire même légèrement en avance. Alors que nous sommes plus habitués à ce que les éthiopiens ne respectent pas les horaires, sur le coup, on est pris de court. Surtout que le personnel de l’Ameg Lodge, où nous stationnons à Moshi, n’est pas un modèle de réactivité pour le petit-déj’.

 

Dans le nous, il y a trois personnes : Miss, Papa Miss et moi… plus dix-sept porteurs, un guide, un assistant guide et un cuisinier. Quand je suis monté dans le bus, j’ai dû demander au guide s’ils venaient tous avec nous, tellement cela me parait un peu disproportionné. A se demander si j’aurai le droit de porter mon slip durant le trek. Au final, on se demande pourquoi le nombre s’arrête à dix-sept. Mais ça fait tourner le tourisme en Tanzanie et apporte un peu d’argent à ce pays qui en a besoin. Pour information, des agences permettent aux touristes de porter leurs affaires, et si je devais le refaire, je prendrais certainement cette option.

 

Nous sommes loin des treks à l’arrache, mais c’est agréable d’être au petit soin. Le bus n’est certes pas très confort, mais suffisamment pour ne pas arriver rincé quelques heures plus tard à la porte du parc du Kilimandjaro. Nous avons choisi de parcourir la Lemosho Road, avec un budget de neuf jours, soit sept jours d’acclimatation, un jour de push et un jour de descente. Les randonneurs qui décident de partir sur la Machame ont quant à eux beaucoup moins de route à faire depuis Moshi. Mais je suis content d’avoir au moins une semaine pour nous laisser le temps de s’acclimater à l’altitude et profiter du paysage.

 

Le bus nous dépose enfin à la porte d’entrée du parc du Kilimandjaro, sur les coups de midi. Après trois heures de route, dont une majeure partie sur piste, je profite d’être enfin au calme et de ne plus respirer de poussière. On nous demande alors de nous enregistrer dans le registre du parc, et on profite d’un panier repas, le temps que l’équipe puisse se répartir le barda, et que chacun puisse peser son sac. Notre agence travaille avec une association de porteurs, qui veille à ce que ces membres n’aient pas un sac trop lourd (20 kilogrammes maximum, en plus de leurs affaires personnelles), et qu’ils puissent dormir et manger confortablement. La météo m’inquiète un peu, avec un ciel très nuageux. J’espère qu’il fera beau par la suite pour au moins profiter de la vue durant l’ascension…

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Pesée des sacs

Après avoir repris le bus pour rejoindre le point de départ, nous voilà en milieu d’après-midi, et, enfin, sur le chemin. Amy, notre guide, doit sentir notre impatience d’en découdre, et nous envoie en éclaireur avec son assistant, Daudi, le temps que les porteurs déchargent le véhicule.

 

L’étape d’aujourd’hui n’est longue que de quatre kilomètres, à travers la jungle. Daudi nous annonce au départ qu’il faut faire attention, car le chemin est raide. C’est un peu la blague de l’après-midi, et on avale le dénivelé comme de rien, sur un chemin propre et large. Le bon côté, c’est que l’on peut profiter de la jungle sans risquer de trébucher.

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au bout du chemin, le sommet!

La jungle est tellement dense, je pense que les premiers vainqueurs du sommet ont dû en baver un petit peu pour la traverser. Le chemin est large, propre et bien tracé, on se croirait dans un jardin parisien, mais dès qu’on en sort, il faut faire face à un mur de végétations. J’aime beaucoup cette ambiance Jurassic Parc, il ne reste plus qu’à espérer que les velociraptors restent bien du domaine de la fiction. Par contre, si le Marsupilami pouvait être réel…

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jungle à gauche du chemin

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jungle à droite du chemin

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plante endémique

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gros chat tanzanien

Bref, ça jacasse, ça jacasse, et voilà que nous sommes déjà au camp. Une heure. C’est court comme première journée. Après s’être inscrit sur le registre, Daudi apprend que nos porteurs ont déjà monté le camp, il ne nous reste plus qu’à les trouver. Je ne sais pas comment ils ont pu faire pour nous doubler sans que l’on s’en aperçoive, mais oui, ils sont bien là. Forcément, avec dix-sept porteurs, il est difficile de louper le campement. Il y a deux tentes pour nous, une tente cuisine, une tente repas, plus les tentes des porteurs, à raison d’une pour trois. Nous sommes plusieurs groupes ce soir, et le camping étant étroit, j’ai l’impression d’être dans un village.

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Big Tree camp

Un groupe de porteurs se met à chanter lorsque leurs trekkeurs arrivent. J’avoue, je ne suis pas fan de ces moments où le touriste filme tout content la scène, alors qu’il est évident à la tête du local que ce n’est pas dans son naturel. Amy nous expliquera par la suite que normalement, c’est interdit, car c’est peut-être gentil le premier soir, mais en altitude, ça peut devenir fatiguant et les porteurs n’ont pas spécialement envie de chanter. Les agences proposant cette prestation doivent souvent recourir à un leader de la chanson, qui doit picoler ou fumer la moquette pour se donner du baume au cœur… et beh, où on en est rendu…

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Danse de fin  d'étape

Décidemment, je n’arrête pas d’être surpris en cette première journée. Nous avons le droit à de l’eau chaude pour nous laver, un thé avec du pop-corn et à un repas gargantuesque. Si toutes les journées sont comme celle-là, je ne pense pas que je vais maigrir.

Jour 2. De Big Tree Camp à Shira 1 Camp (3500 m)

D+ : 1270 m / D- : 560 m / Km : 8.8

Après un copieux petit-déjeuner, il est temps pour nous de faire enfin connaissance avec le groupe. Amy tient absolument à ce que l’on retienne tous les noms. La pression est grande, car moi et les noms, ça fait deux. De la bonne humeur et une photo de groupe plus tard, Daudi nous ouvre à nouveau le chemin.

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Notre équipe

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Reprise du chemin

Aujourd’hui, nous quittons la jungle pour rejoindre dans un premier temps des arbres plus petits, et plus clairsemés. A l’arrivée en Tanzanie, on ne pouvait pas manquer le Kilimandjaro, mais maintenant que l’on est sur ses pentes, ce petit malin joue à cache-cache. Cette partie de la randonnée est jolie, mais j’ai comme une envie d’attaquer la haute montagne…

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Bye bye la jungle

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Plante endémique

Il ne me faut pas attendre trop longtemps. Un peu plus tard, le plateau de Shira s’offre à notre regard, ainsi que la vue sur le Kilimandjaro. Il en impose, et c’est à se demander par où passe le chemin. Une fois sur le plateau, fini les arbres, place à aux plantes vivaces et au restant de coulées de lave. Le camp est au bord du plateau et nous y sommes sur les coups de midi.

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Premier regard sur Kibo

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Plateau de Shira

Une fois au camp, je suis servi pour l’ambiance de haute montagne. Il y a tout ce qu’il faut : un vent sec à faire éclater les lèvres non protégées, un soleil qui tape dur, exigeant les lunettes, et la poussière qui vient se taper l’incruste dans toutes mes affaires. C’est ça qu’on aime et c’est ça qu’on veut.

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Moment de détente pour les porteurs

Un premier coup de semonce débarque néanmoins. L’un de nos porteurs a le mal de l’altitude, et c’est lui qui se tape la table. Alors qu’Amy s’excuse que l’on doive manger notre repas de midi par terre, on s’inquiète plutôt de son état de santé. Il arrivera tant bien que mal dans l’après-midi, alors qu’un autre porteur annonce avoir également des symptômes. Pour Miss et moi, c’est la pêche. Nous sommes encore à des altitudes à laquelle je m’entraîne en Ethiopie, et on profite de l’après-midi pour aller voir le champ de cairns près du camp et faire quelques photos.

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Champ de cairns

Nous revenons à temps pour le thé et le pop-corn, suivi d’un magnifique coucher de soleil coloriant le sommet en rose. La montagne pousse même le vice à nous offrir la voie lactée juste avant d’aller nous coucher.

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L'instant pop corn

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On m'a piqué mon appareil

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Coucher de Soleil sur Kibo

Jour 3. De Shira 1 Camp à Shira 2 Camp (3900 m)

D+ : 1080 m / D- : 720 m / Km : 10.7

Forcément, plus l’altitude est élevée, et plus ça caille le matin. Dès Shira 1, la petite doudoune est vivement conseillée. Mes frissons me font penser à mon frangin, qui me dit assez stupide pour aller au seul endroit en Afrique où l’on peut se les peler.

 

Encore une fois, le petit-déjeuner est copieux, et Rapha, l’aide de camp, nous fait même la surprise de nous apporter des crêpes. Entre l’omelette, les saucisses, le porridge et les crêpes, on est très loin des lyos du matin, ce qui n’est pas pour me déplaire. Du coup, j’en profite, un peu trop même, et je dois plier le camp et commencer la rando avec un mal de bide… tout en espérant que ça ne reste que dans le bide…

 

Aujourd’hui, il n’y a quasiment pas de dénivelé vu que l’on doit traverser le plateau. Le guide a quand même prévu une petite grimpette, histoire d’aller s’acclimater un peu. Mais avec juste 200 mètres de différence d’altitude, il ne faudrait pas avoir le mal des montagnes non plus. Ou plutôt si, c’est le moment où jamais, vu que Shira 2 est proche de la piste prévue pour les ambulances. C’est Amy qui nous guide aujourd’hui, et j’ai encore du mal à cerner le bonhomme. Il est assez robotique avec nous, mais je l’ai surpris hier à rigoler avec les porteurs. Il ne me reste maintenant plus qu’à le faire rire à mon tour.

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Traversée du plateau

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Traversée du plateau

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incroyable, Amy qui rigole

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Arrivée de Daudi dans le groupe

Le bide va mieux, mais les problèmes sont maintenant plus bas. Je profite d’une pause pour m’isoler, et surtout constater que les autres trekkeurs sont des cradingues. Je le savais déjà, mais là, je fais face à un champ de papier toilette. Heureusement qu’on nous informe au départ sur la pollution, je n’ose même pas imaginer l’état du parc sinon.

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La plaine de la mort

Amy commence à cerner notre niveau, et arrête de nous prévenir quand ça va grimper sec. J’ai enfin un peu d’action au pied du sommet, avec quelques pas techniques. Juste le temps de se mettre l’eau à la bouche et ça s’arrête. Merde, mais j’en veux encore moi !

 

L’avantage à ne pas porter ses affaires, c’est que je peux trimballer le reflex avec un trépied. Je m’amuse comme un fou à jouer avec les réglages et la télécommande, en photographiant le Mont Méru, second plus haut sommet de Tanzanie. Suffisamment pour que la batterie donne des premiers signes de faiblesse. Il va falloir que je fasse attention si je veux pouvoir immortaliser le sommet.

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Photos au petit sommet

La suite du chemin redescend sur le plateau pour commencer à gravir enfin les dernières pentes. Le campement est au bord du plateau et permet de profiter à la fois de la vue sur le Kili, et sur le Mont Méru. On arrive sur les coups de midi, histoire de pouvoir manger du poulet et des frites sous la tente messe.

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Shira 2

Et heureusement que ça caille (surtout quand on ne fait rien) histoire de brûler un peu des calories. Mais s’il fait froid, pourquoi les glaciers fondent-ils alors ? J’ai envie de vous répondre, ils ont bien le droit de faire ce qu’ils veulent. Plus sérieusement, pleins de théorie coexistent mais je préfère celle du guide. La raison serait que les villageois vivant près du massif coupent trop d’arbres, et comme il y a moins d’arbres, il y aurait moins de condensation, et donc moins de nuages. S’en suit moins de pluie sur la montagne. Pour le guide, la fonte n’a rien à voir avec le réchauffement climatique, qui de toute façon n’existe pas selon lui…

 

Je profite du coucher de Soleil pour en prendre plein les yeux avant d’aller attaquer le dîner. Amy en profite pour nous briefer sur le mal des montagnes, et malgré une explication capillotractée, je remarque qu’il a au moins bon sur les gestes à suivre. En gros, boire beaucoup d’eau, marcher doucement (« pole pole ») et lui indiquer tous les petits bobos que l’on aurait. Le briefing avant la nuit, il n’y a rien de mieux pour cogiter et t’empêcher de dormir. Ah si, il y a le mec qui ronfle dans la tente d’à côté.

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Méru dans les nuages

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Méru dans les nuages

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Méru dans les nuages

Jour 4. De Shira 2 Camp à Barranco Camp (3970 m)

D+ : 1280 m / D- : 1210 m / Km : 10.9

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Discrimination jusqu'aux toilettes

Un ranger vient nous rendre visite pendant le petit-déj’, voir si tout se passait bien et discuter autour de l’entretien du parc. L’occasion de parler de pollution, et de nous expliquer que la solution la plus viable pour lui est de pister les trekkeurs un par un, quitte à ramasser derrière eux. Il tient néanmoins à nous rassurer, en expliquant que la situation s’améliore d’année en année. Parler de PQ pendant que je mange, c’était la bonne idée pour éviter de me blinder le bide de crêpes, et du coup, je sors de la tente messe frais comme un gardon.

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A l'assaut

Le ciel se charge assez vite ce matin, et on marche entre nuages et éclaircies. Le vent s’est également levé, l’occasion de s’émerveiller des jeux de lumière à l’abri et au chaud, protégé derrière sa hardshell.

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Jeux de lumière

Ce matin, la Lemosho Route rejoint la Machame, et bien que je pensais qu’il y avait du monde sur le chemin, c’est une autoroute de trekkeurs qui est sur la nouvelle voie. Daudi peste un peu car bien que nous marchons « pole pole » (doucement en swahéli), il s’impatiente derrière les autres groupes. On profite alors de chaque passage large pour essayer de doubler et retrouver un rythme qui nous convient mieux.

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Jonction avec Machame

Amy nous rejoint alors que nous sommes dans les nuages, j’en profite pour lui demander pourquoi il y a une tente messe loin d’un camp juste à côté de nous. Certaines agences bravent les interdictions pour être sûr que leurs clients soient contents de leur ascension, quitte à dégrader l’environnement. L’amende est lourde mais il n’y a pas suffisamment de rangers pour contrôler les chemins. Et comme ils ne sont pas nombreux, le mot passe vite sur où ils sont. Ces agences ne risquent donc rien. Amy me raconte que parfois ils essayent d’en parler aux tanzaniens impliqués, mais ça ne sert pas à grand-chose. Car bien que les agences doivent être basées en Tanzanie, elles sont souvent des façades pour des agences internationales qui contrôlent tout. Je devais être un peu naïf avant de venir mais je suis impressionné de voir le business qu’est le Kilimandjaro.

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Premier regard sur la Lava Tower

Pour nous, la pause déjeuner est au pied de la Lava Tower, avec les paniers repas que l’on nous a donné ce matin, et les crêpes que j’avais demandé à mettre de côté. Encore une fois, c’est l’orgie, et on a du mal à finir. Un des symptômes du mal des montagnes est la perte d’appétit. C’est bon, je peux être tranquille, je ne l’ai pas. Bon, on mange dans un amoncellement de déchets, mais la neige qui commence à tomber permet de faire abstraction. Surtout quand je peux regarder des trekkeurs mal équipés subir, alors que je suis bien protégé par ma veste et mon surpantalon. Je sais, c’est un peu salopard de ma part, mais ça me rappelle quand moi aussi je débutais.

 

On reste une heure ici pour s’acclimater. La Lava Tower est à 4650 mètres d’altitude, et être ici permet de globuliser avant de redescendre à Barranco Camp à 3970. Pour s’occuper, Amy nous dit qu’on peut escalader la tour si on le souhaite, c’est juste que c’est un peu glissant avec la neige, et qu’on va avoir froid aux doigts… heu… on passe…

 

En partant du camp, la vue est magnifique. C’est d’autant plus magique que la neige est toujours en train de tomber (enfin, c’est plus de la grêle), blanchissant le paysage. C’est probablement l’un des seuls endroits où il peut neiger en Afrique et j’y suis.

 

La descente se passe bien, surtout quand on redescend d’aussi haut, et sur des petits sentiers bien tracés et pas trop casse pattes. On avance assez vite et nous en profitons pour faire des photos de nous, sous la neige, au pied d’un palmier. Mais les bonnes choses ont souvent une fin, et une fois suffisamment redescendus en altitude, la neige se transforme en pluie, maculant de boue le sentier. C’est alors bien trempé que l’on arrive à Barranco.

 

La pluie ne durera pas longtemps, le temps de faire une sieste et il fait de nouveau beau, tout au moins suffisamment pour profiter des abords du camp et pouvoir sécher nos affaires de la journée. Avec l’air sec de l’altitude, ça ne prend pas beaucoup de temps.

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Photos depuis Barranco

Petite surprise ce soir au briefing d’Amy. C’est mon anniversaire aujourd’hui, et c’était celui de Miss trois jours avant. L’équipe nous a fait un gâteau et vient nous chanter une petite chanson. Tout le monde essaye de rentrer dans la tente messe et ça devient assez vite le bordel quand on partage le gâteau. Je me demande toujours comment ils ont pu faire un gâteau sans four et sans avoir forcément anticipé les ingrédients. Le comble, il est bon ! J’aurai juste une petite frayeur à voir Amy prendre plein de photos avec le flash, bousillant la moitié de la batterie.

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Fête surprise

Jour 5. De Barranco Camp à Karranga Camp (4040 m)

D+ : 730 m / D- : 670 m / Km : 5.9

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Barranco

Encore une fois, le petit-déjeuner est énorme : omelette, saucisses grillées, crêpes, tartines, porridge, nous n’avons que l’embarras du choix. Je fais attention à ne pas trop m’empiffrer pour éviter d’avoir mal au bide comme il y a quelques jours. D’autant plus que ce matin, on doit affronter le Breakfast Wall.

 

Le Breakfast Wall (mur du petit-déjeuner en français) s’appelle de son vrai nom Barranco Wall. Il s’agit d’une grosse montée de 300 mètres de dénivelé à flanc de falaise. Les tanzaniens l’ont surnommé de la sorte, car beaucoup de trekkeurs en profitent pour vomir leur petit-déjeuner (version Daudi) ou parce qu’on se le tape de suite après le petit-déjeuner (version Amy).

 

Moi, c’est dans les chiottes pour touristes que j’ai failli rendre le mien. Apparemment, tout le monde n’est pas à l’aise avec un trou, et même si un tanzanien m’avait prévenu avant, ça reste raide. C’est le désavantage de ces treks populaires, souvent l’environnement laisse à désirer avec des personnes peu habituées à vivre avec ce niveau de confort.

 

Encore une fois, on part parmi les derniers du campement. J’avais prévu plusieurs couches, le mur étant à l’ombre, pour éviter d’avoir froid en attendant après les autres randonneurs. Mais en fait, on est parti bien après les autres, et ça pulse ce matin. Je suis un peu déçu, alors qu’Amy et Daudi semblaient en faire toute une montagne, le fameux Breakfast Wall se fait facilement. Pourtant le guide avait annoncé un passage très étroit nommé le Kissing Rock, où l’on doit presque embrasser la falaise pour traverser. Une fois au fameux Kissing Rock, c’est un peu la déception, on peut passer de front en fait. Le côté le plus sympa du Breakfast Wall, c’est l’arrivée en haut, avec une superbe vue sur le sommet et sur les environs. Il est même fortement conseillé de faire des photos où l’on saute sur une des dalles. Attention, le nombre de saut est limité, après six, tes poumons demandent d’arrêter les conneries.

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Saut en haut du breakfast wall

Nous restons suffisamment longtemps, encore une fois pour nous acclimater, cette fois-ci à 4250 mètres. En m’isolant pour aller aux toilettes, je me retrouve en face du Kibo, le plus haut sommet, et chose incroyable, dans un silence de montagne. Je ne m’en étais pas rendu compte, mais c’est le bordel en fait sur le chemin. Je profite de cet instant, tout en faisant attention à ne pas regarder le sol, jonché encore une fois de papier toilette.

 

La suite du sentier est franchement une des portions les plus sympas. Petit chemin à niveau, avec pas trop de monde, et une vue sur la plaine, avec le Mont Méru pas loin. Malheureusement, ça ne dure pas longtemps et l’on reprend à nouveau d’autres groupes. Ce n’est pas que je supporte pas les autres, mais ce n’est pas très agréable de marcher dans un nuage de poussière.

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Sentier parfait

Arrivé à Karranga, c’est un peu la déprime. Ce n’est pas loin d’être l’un des pires campements que j’ai dû faire dans ma vie. Au-delà que le terrain soit en pente, le sol est jonché de détritus et une odeur d’urine règne lorsque le vent disparaît. Il ne faut surtout pas marcher pieds nus la nuit, car des lames de rasoir sont à même le sol.

 

On consacre donc avec Miss notre après-midi à vadrouiller dans le coin pour se trouver un endroit plus sympa, et j’en profite pour jouer avec mon appareil photo.

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Kibo

En revenant pour le thé, nous avons même le droit à un super coucher de soleil sur le Mont Méru.

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Coucher de soleil sur le Mont Meru

Jour 6. De Karranga Camp à Barafu Camp (4650 m)

D+ : 870 m / D- : 280 m / Km : 3.9

Très petite journée aujourd’hui. A peine quelques heures de marche. Rien de spécialement intéressant si ce n’est qu’on entre maintenant en haute-altitude pour y rester. Le temps n’étant pas à la fête, ça caille de ça caille. Surtout que le vent s’est levé.

 

Le seul problème que j’ai rencontré est de devoir suivre le guide, qui avançait très lentement. J’aime marcher à un rythme constant, ça me permet de m’évader dans mes pensées. Marcher lentement n’est pas un problème en soi, mais les écarts de rythmes sont plus visibles. Comme j’étais en deuxième position, juste derrière le guide, je le laissais partir pour le rattraper quand il ralentissait. Mais Amy freinait tellement la marche que je devais me stopper pour ne pas lui rentrer dedans. Adieu doux rêves, et bonjour envie de massacrer quelqu’un.

 

Une fois arrivés au camp, l’équipe nous a dégoté un coin sympa, un peu à l’écart des autres tentes, et même si le coin est toujours cradingue, au moins la vue est sympa.

 

L’après-midi est consacré à bouquiner, faire la sieste, écouter de la musique, bref, à rien glander. Mais on arrive enfin à briser la glace avec Amy lorsqu’il vient nous faire un briefing avec Daudi sur la Tanzanie et les prochaines élections.

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Moments d'attente

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Coucher de soleil

Jour 7. De Barafu Camp à Crater Camp (5740 m)

D+ : 1300 m / D- : 200 m / Km : 9.2

Pour ceux qui ont pris l’option moins de six jours, le programme depuis le camp de Barafu Camp (4650 mètres) inclut près de 1300 m de grimpette et plus de 2700 m de descente. Autant dire que le contraste est important avec les jours précédents. Il est aussi possible d’opter pour l’option grosse feignasse, c’est-à-dire faire l’étape nommée en deux jours avec une nuit dans le cratère entre temps. Nous avons bien sûr opté pour la seconde option, ce qui nous permet, luxe supplémentaire, d’avoir un réveil à 5h30 contrairement aux autres qui ont dû partir vers 2 ou 3h du matin. C’est donc bon derniers que l’on quitte le camp, profitant ainsi du lever de Soleil dès le départ (c’est-à-dire encore frais et dispo) et de la vue en générale pendant la grimpette. Assez vite, nous rencontrons les premiers trekkeurs redescendant, avec un sourire béat sur le visage. Ça fait plaisir à voir. Les sourires s’effacent néanmoins au fur et à mesure des rencontres, pour finir par voir ce que les tanzaniens appellent les « walking dead » : c’est le petit surnom donné par les porteurs et guides aux personnes qui ne comprennent plus rien à ce qu’ils leur arrivent, et qui avancent parce qu’on leur dit d’avancer, aider le plus souvent d’un ou deux porteurs.

 

Les gens sont fous. Les touristes d’abord, de vouloir atteindre le sommet coûte que coûte, le plus souvent en oubliant que la descente représente sûrement le plus gros morceau de la journée. Ils prennent six jours de trek pour des questions de coût et c’est à mon sens un gâchis. Le plus souvent, il ne reste même pas cinq minutes au sommet, à cause du mal des montagnes dû à une mauvaise acclimatation, et finissent par se dire une fois au camp plus bas que c’était la pire journée de leur vie. Un peu dommage. Et puis les guides ensuite, qui poussent et poussent les gens à toujours aller de l’avant, même si les symptômes commencent à devenir sérieux… il y a un taux de succès à afficher. En même temps, je les comprends un peu, ce n’est pas dit que le touriste ne gueule pas si jamais on veut lui faire faire demi-tour. Cela en est au point qu’il paraît normal de vomir durant son push et d’avoir la tête comme si tu avais écouté les Rolling Stones en boucle toute la journée. A leur vue, j’ai prié Miss de me mettre des claques si je me retrouve dans cet état… Parce ce qu’il ne faut pas déconner avec le mal des montagnes, surtout quand tu sais que huit personnes sont mortes cette année à cause de l’altitude (chiffre à prendre avec des pincettes car issu des fameuses statistiques de notre guide).

 

J’adore la sensation quand 5000 mètres apparait sur ma montre, l’impression de franchir une porte qui ouvre sur un monde où tu n’as pas vraiment ta place. Avec l’arrivée des fameux maux de tête (je commençais à m’impatienter) et le calcul mental permanent pour limiter les gestes inutiles. Faites un petit saut pour passer une pierre et vous verrez, vous le payez pendant un quart d’heure. Mais comme nous n’avons pas le stress de la descente, l’ascension se passe sans trop d’encombres. Il faut juste gérer les couches car le vent joue à cache-cache et le soleil cogne fort. J’ai juste un moment de moins bien lors du déjeuner, avec une perte d’appétit, dut soit à l’altitude, soit aux déjections humaines entourant les rochers sur lesquels le guide nous a fait arrêter (c’est de la merde ? mais oui c’est de la merde !).

 

Depuis Barafu, c’est un mur qu’il faut franchir et ce mur s’arrête à « Stella Point », enfin arrivés sur le bord du cratère. Bienvenue sur une autre planète : la vue sur le cratère est époustouflante, un océan de roches et de poussières, avec des vagues de roches, des trous partout et des glaciers, tels des bateaux. Les glaciers sont impressionnants, des monstres de glace posés là, au milieu de la poussière mais néanmoins d’un blanc presque pur. Je vous invite à vous dépêcher pour pouvoir profiter de la vue, car bientôt, il n’y aura plus de glaciers. Le restant de la vue est également loin d’être dégueulasse et on s’arrête histoire de savourer.

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Stella Point

Le fameux « Uhuru Peak » s’aperçoit au loin, le bord du cratère créant une rampe y menant. Le ciel étant au grand bleu et ayant encore du temps devant nous, nous réussissons à convaincre le guide de faire le sommet aujourd’hui au lieu du lendemain matin. Histoire que, si on doit plier le camp parce que quelqu’un est malade dans la nuit, au moins, nous n’aurons pas de regret.

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Vue sur Uhuru peak

Depuis Stella Point, une demi-heure (je crois) est nécessaire pour rejoindre « Uhuru Peak ». Il suffit juste de suivre les cadavres de chaufferettes qui marquent le chemin. Quand je vous dis que c’est une poubelle ici. Une fois au sommet, pas d’explosion de joie, sûrement à cause de l’absence de difficulté majeure, anéantissant les moments de plein le cul. Mais tout de même l’impression d’être à un endroit spécial, un endroit magique. L’impression aussi de voir que la Terre est ronde. Y a pas, ça pète de ça pète. Nous avons même la chance d’être seuls au sommet.

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Vue depuis le sommet

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Sommet

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Pollution au sommet du Kibo

Comme tout le monde, nous ne restons pas longtemps au sommet à cause des petits bobos liés à l’altitude. On redescend donc tranquillement par le chemin de la montée jusqu’à Stella Point, avant de bifurquer à gauche et s’engager dans le cratère. Lorsque l’on arrive au camp, les tentes sont en places et les tanzaniens rigolent déjà.

 

J’avoue, gonfler les matelas pneumatiques à 5700, ce n’est pas une partie de plaisir. Après que Rapha nous fasse manger dans nos tentes, on s’endort assez tôt. Ce n’est pas plus mal car la nuit n’est pas de tout repos. J’arrive à bien dormir mais je dois me réveiller sans arrêt pour reprendre de l’air. Mon mal de tête a du mal à passer mais je pense que c’est plus dû à une mauvaise hydratation. Pas de bol, le tuyau de ma poche à eau est sorti du sac de couchage et a gelé. En revanche, aller aux toilettes est loin d’être une corvée. Imaginez-vous dans un paysage désertique, avec des icebergs flottant, éclairés par une pleine lune. Y a de quoi aimer à montrer la sienne.

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Iceberg perdu

Jour 8. De Crater Camp à Mweka Camp (3100 m)

D+ : 100 m / D- : 2700 m / Km : 13.2

Au petit matin, on ne peut pas dire que la nuit fut très agréable. Ça ne traîne pas pour plier le camp et redescendre au plus vite. A la différence des walking dead, nous avons encore un peu les yeux en face des trous lors de la descente, et le guide nous fait prendre un chemin différent de la montée, un de ceux gavés de petits cailloux roulant, transformant les premiers 1000 mètres de descente en un moment vraiment sympa.

 

De retour à Barafu, on retrouve l’ensemble des porteurs, ce qui nous permet de profiter d’un bon déjeuner avant de repartir sur le chemin.

 

Le parc du Kilimandjaro prévoit des chemins dédiés à la montée et à la descente. En dehors de certains porteurs ravitaillant des groupes proches du sommet, la descente se fait sans croiser personne, ce qui est vraiment appréciable, surtout vue la foule.

 

D’abord dans un décor de pierres, la perte d’altitude revoit petit à petit la présence de la végétation. Des charrettes sont présentes tout au long du parcours, conçues pour redescendre au plus vite des personnes malades ou blessées vers l’hôpital de Moshi. Amy en profite pour nous raconter une de ces mésaventures. Alors qu’il était au Crater Camp dans l’après-midi, il a décidé de partir au sommet par une voie directe, sans revenir au bord du cratère. C’était le parcours prévu pour nous si on faisait le push au petit matin. La chaleur de l’après-midi a fait que des blocs de pierre se sont descellés de la paroi, avant de foncer sur lui. Il a su éviter les gros morceaux, mais c’est fait fracasser le bras et le dos par des petites pierres. S’en est suivi une évacuation de nuit depuis 5700 mètres, à bord d’une de ces charrettes. La chance a fait qu’il a plu cette nuit-là et que des gars qui l’aidaient à redescendre se sont blessés aussi. Quand ça ne veut pas…

 

La descente est interminable sur la fin, surtout que l’on bouffe de la poussière soulevée par les trekkeurs qui nous précédent. Le truc est de vite les doubler. Mais une fois au camp, c’est le grand luxe. C’est plutôt bien tenu et on peut à nouveau se laver, parfait pour dire adieu à la crasse de ces trois derniers jours. Je ne vous raconte pas comment l’eau est noire à la fin du lavage.

 

Amy se lâche carrément pendant le repas en nous racontant des histoires de trekkeurs morts sur le parcours. Il n’a pas voulu nous en parler avant le sommet, mais maintenant que l’on est sur la fin, on n’a le droit de faire des cauchemars pendant la nuit.

Jour 9. De Mweka Camp à Moshi

D+ : 0 m / D- : 1420 m / Km : 9.1

La nuit a été pour le moins bruyante, on sent que c’est la fin pour tout le monde. L’occasion d’entendre des touristes évoqués le sommet, dont pour beaucoup ce fut la pire journée de leur vie.

 

Chaque départ de camp s’accompagne par une chanson de la part du groupe de porteurs, lorsque les pourboires sont donnés. Ça nous dérange un peu car nous n’avons pas spécialement envie qu’ils se forcent pour nous faire plaisir. Mais cette chanson reste quand même un moment touchant, concluant la fin du trek.

 

Maintenant que nous avons retrouvé la jungle, la descente est l’occasion d’observer les singes dans les arbres, ainsi que quelques fleurs inconnues. Le surplus de globules et le sommeil réparateur de la veille permet même de quasi courir pour rejoindre la porte de sortie.

 

Une fois à la porte, il faut nous taper un peu de paperasse, et Amy nous file nos certificats avant de reprendre la route. Les limites de vitesse strictes nous permettent néanmoins de profiter d’un retour à la civilisation en douceur au milieu des bananiers et des plantations de café.

 

 

 

Voilà, Kibo, c’est la fin. Je reste mitigé sur ce voyage. Je ne me reconnaissais pas dans les paroles des trekkeurs qui évoquaient le trek d’une vie. C’était pour moi, juste un trek, l’un des plus simples que j’ai fait. Le Népal demandait plus d’endurance, l’Ecosse, un certain savoir-vivre sous la pluie, le Chili, de l’organisation et la Finlande, un souci de l’orientation. J’ai passé neuf jours en montagne, c’est tout. On pourrait croire que c’est triste, mais si je fais abstraction du côté sportif, c’était quand même bien sympa. La montagne est imposante, posée au milieu de la savane, avec ces neiges éternelles. La lumière sublimait le tout et nous avions suffisamment de temps aux différents campements pour en profiter. Et bien sûr, l’impression au sommet de croire la Terre bien ronde. Sans oublier également l’état d’esprit des tanzaniens. Un voyage à faire dans sa vie, mais s’il ne devait y en avoir qu’un, sûrement pas celui-là.

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