Lesotho Ultra Trail 2015

Un petit tour rapide dans les montagnes du Lesotho et puis s'en va

Romain Mouton | 12 janvier 2016

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Encore frais comme un gardon

Avec uniquement deux trails proposés en Ethiopie, j’avais besoin de nouveauté, et rentrer en France pour courir ne serait pas spécialement malin. Même si l’envie m’a effleurée plusieurs fois l’esprit. Heureusement, le Lesotho n’est pas loin, et nous profitons avec Miss d’un long week-end, pour nous y rendre et courir le Lesotho Ultra Trail (LUT).

 

Le Lesotho Ultra Trail, aussi appelé LUT, est un trail de la Skyrunning Series. Skyrunning est souvent synonyme de tracés techniques dans un cadre majestueux. L’épreuve propose deux parcours : un de 38 kilomètres choisi par Miss pour son premier trail, et un de 50 kilomètres pour ma part.

 

C’est tant bien que mal que nous arrivons un jeudi soir d’octobre au Maliba lodge, centre logistique de la course. Après cinq heures d’avion, suivi de cinq heures de conduite à gauche, et deux traversées de frontière, la bière a un petit goût de victoire. Le Maliba lodge est un hôtel assez luxueux, perdu au milieu des montagnes. Il accepte néanmoins l’invasion de tentes et de coureurs en débardeur de sport et tongs le temps d’un week-end.

 

L’organisation est en avance elle aussi, et profite de notre arrivée pour nous expliquer comment va se passer le week-end. Etant les premiers coureurs sur place (hors élites), nous devons essuyer un peu les plâtres au niveau du camping, mais ça passe. Surtout le vendredi matin, quand nous pouvons admirer le lever de soleil sur le massif de Maluti au sortir de la tente.

 

Nous profitons de notre première vraie journée sur place pour nous décrasser sur un parcours de six kilomètres autour du lodge. Les montagnes sont sauvages et magnifiques, je pense que nous allons nous faire plaisir sur la course. Ça nous donnerait presque envie de revenir ici un autre week-end.

 

Les coureurs arrivent petit à petit et le lodge commence à être bondé. La très grande majorité des coureurs sont des sud-africains, très accueillants et très sympathiques, à partir du moment où vous arrivez à vous faire à leur accent. Beaucoup d’entre eux sont également des habitués du LUT : une très grande partie des dossards étaient déjà réservée dès février, date d’ouverture des inscriptions.

 

Etrange ces coureurs sud-africains. Au contrôle du matériel obligatoire, je constate que tout le monde ne court pas avec des chaussures de trail. Et ensuite, durant le briefing, une majorité enchaîne bière sur bière. Ce n’est pourtant pas la faute de l’organisation, qui nous répète qu’il s’agit d’un parcours difficile, en altitude, avec pas mal de caillasses (« vous allez tous mourir »). Après avoir couru sur l’Echappée Belle, je me demande ce qu’il entend par « pas mal de caillasses » …

 

Le départ a lieu le samedi sur la terrasse du lodge… à 5h30 du matin. Nous sommes 120 coureurs, prêts à affronter une journée qui s’annonce chaude. Forcément avec un réveil à 4h, j’ai réussi à mettre mon t-shirt à l’envers et à le constater qu’à dix secondes du départ. J’ai également oublié de mettre de la crème solaire sur les cuisses, mais ça, je ne le constaterai que sur la ligne d’arrivée…

 

Une fois le départ donné, la course nous fait débuter par une descente, l’occasion de me placer parmi les premiers. J’adore les descentes, mais la consigne est de ne pas s’enflammer si je veux garder du jus pour les montées. Une fois en bas, le parcours continue sur une boucle de six kilomètres, nous ramenant au lodge. C’est exactement le parcours de la veille. Malheureusement pour moi, je me crame un peu à la tête d’un groupe de coureurs en chasse patate derrière le groupe de tête.

 

La chaleur pour une fois va m’aider. Alors que je dois m’arrêter pour retirer mes manchettes, j’ai du mal à rattraper le groupe auquel j’appartenais. Un rapide coup d’œil sur le GPS me montre que, houlà, ça va trop vite pour moi en fait. Je reprends donc un rythme plus décent, m’amenant au pied de la première difficulté.

 

Les deux parcours se superposent jusqu’au 36e kilomètre. Le 38 voit une grosse montée et le 50, deux, dont la deuxième est surnommé « le mur ». Mais déjà à la première, je me dis que j’aurai dû plus bosser les côtes ces derniers temps. J’en bave, et une trentaine de coureurs me reprend dans l’ascension, laissant au moral l’occasion de flancher. Je ne vous raconte pas comment j’étais content d’en arriver au bout.

 

Après l’ascension, le parcours zigzague sur un plateau à plus de 3000 mètres d’altitude. Je récupère sur le premier kilomètre en m’hydratant et mangeant comme il faut, avant de me dire qu’il est temps de faire payer les affreux jojos qui ont osé me doubler.

 

Car le plateau est une des difficultés de la course pour les coureurs sud-africains, peu habitués à courir à ces altitudes, alors qu’elles sont celles de mes entraînements. Le chemin est parfait : un sentier étroit au milieu d’un paysage de montagnes grandioses, en léger faux plat montant. J’arrive à reprendre assez vite du terrain sur un groupe de coureur, mais lorsque je vois qu’ils n’arrêtent pas de se retourner pour savoir où j’en suis, je décide de feinter. Je lève le pied et ne les reprend que petit à petit, accélérant lorsqu’ils accélèrent, et freinant lorsqu’ils ont une baisse de régime. Une fois sur eux, ils sont morts et je profite d’un passage technique en roche pour les déposer histoire de les finir.

 

Pas de bol, je me paume quelques instants plus tard, et le temps que je trouve le bon chemin et que je m’y élance, le groupe est de nouveau sur moi. Je reprends assez vite mes distances, mais un vent fort se met à souffler. Que faire ? Poser le sac et mettre la veste, ou attendre que ça passe transit de froid. J’opte pour la première option, en profitant pour manger un morceau, et les autres pour la seconde. Ils profitent également d’un léger coup de cul montant pour me distancer. Je ne me crame pas à essayer de les reprendre, je sais qu’une descente n’est pas loin.

 

Enfin, la première grosse descente arrive pour m’emmener au ravitaillement du 36e kilomètre. L’organisation avait annoncé des cailloux et il semble qu’ils soient concentrés sur cette descente. Ce n’est pas l’Echappée Belle non plus, mais c’est tout de même des dalles posées sur des plus petites pierres roulantes. Heureusement, quelques gros blocs sont stables et je peux jouer avec. Le problème avec les descentes, c’est qu’à force de doubler des coureurs, je me laisse griser et à chaque fois, c’est la même histoire. Je vois un coureur au loin et je me dis, allez, je le rattrape et je me calme… avant de voir un nouveau coureur au loin…

 

Après m'être tiré la bourre avec deux autres coureurs sur les trois kilomètres nous amenant au ravitaillement, j’ai le choix de partir sur le parcours du 38 ou du 50. Les deux coureurs partent sur le 38, et à les voir, je comprends que je me suis cramé pour rien dans cette descente. J’hésite à partir sur le 38 car je suis quasi sûr de pouvoir faire un bon classement (après coup, au moins un TOP15), mais on n’est pas là pour faire dans la dentelle et je pars sur le 50.

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Au pied du "mur"

Une fois sur les pentes de la deuxième difficulté, je comprends pourquoi ils la surnomment « le mur ». J’aurai dû bosser les chiffres : je m’attendais à 400 mètres de dénivelé mais à voir les drapeaux du second ravitaillement sur la ligne de crête, c’est plutôt le double en fait. J’en bave. Un coureur en jaune devant aussi, mais avec nos démarches d’escargot, c’est quand même lui le plus rapide et il me distance petit à petit. Avec la chaleur j’explose, et le moral fout le camp au fur et à mesure que les coureurs me reprennent. Bref, c’est la galère et je me traîne tant bien que mal jusqu’au ravitaillement.

 

Au ravito, un bénévole fait le clown et beugle que je ne suis pas là pour acheter un bout de terrain. Sur le coup, ça me fait marrer et les deux verres de Coca-Cola finissent de me remonter le moral. Je sais qu’à partir de maintenant, c’est sept bornes de descente jusqu’à l’arrivée. Tant qu’à finir mal, autant tout donner.

 

Cette descente n’est pas assez technique pour que je puisse reprendre rapidement les autres coureurs. Elle est néanmoins magnifique, avec un petit single quasi tout le long. Il n’y aurait pas les herbes hautes masquant le chemin et surtout les pierres, elle serait magnifique. Mais j’arrive quand même à revenir sur quelques coureurs, qui se sont cramés dans la montée. En discutant avec eux et en voyant leur tête, ils sont surpris de me voir là. Je leur dis de me suivre mais ils sont trop morts.

 

Et moi, je suis surpris, me voilà quarante bornes passés, à faire du 10 km/h. Je retrouve à deux bornes de l’arrivée le gars en jaune qui souffrait avec moi dans la montée, en train de marcher. Je lui dis me suivre, maintenant que c’est plat. Le gars fait le yoyo mais s’accroche. Seulement, j’avais oublié qu’il y avait une petite montée sur les derniers cent mètres, que je fais en marchant. J’attends de voir si le gars en jaune va jouer la gagne car jusqu’à présent, il était plus rapide que moi en montée. Mais non, il a plus de jus et on est deux à souffler comme des bœufs jusqu’à la ligne d’arrivée. On la passe ensemble sous les acclamations des gens du lodge en train de boire des bières en terrasse.

 

Après avoir moi aussi posé mes miches sur une table et commandé une bière, il est temps de faire le bilan : 50 kilomètres en 9h24 de course. Je me suis tellement fait plaisir sur ce parcours, et les sud-africains savent mettre de l’ambiance. Le niveau n’est pas très élevé, et ça fait plaisir pour une fois de ne pas faire le poireau en fond de tableau. Le seul regret, c’est que le Lesotho soit si loin pour espérer y revenir bientôt…

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