Comment choisir son sac de couchage

Romain Mouton | 2 décembre 2016

Le sac de couchage fait partie de la liste des matériels qui coûtent une blinde. Et ce n’est pas le moment de faire le rapace, car dans le triptyque tente, matelas et sac de couchage, c’est l’élément à mon sens le plus important. D’une part, sa masse sera sur votre dos toute la journée (vous fatiguant donc), et son pouvoir d’isolation est lié à la qualité de votre sommeil. Personnellement, je préfère porter un peu plus quitte à être plus fatigué le soir, mais au moins, je repartirai (presque) comme neuf le lendemain. Mais il ne faudrait pas non plus qu’il soit trop lourd et trop encombrant, afin de ne pas limiter la quantité de nourriture dans le sac (nourriture qui est souvent une variable d’ajustement sur la masse totale portée par vos épaules).

 

Comme les sacs coutant une blinde, le marketing s’en donne à cœur joie pour essayer de faire un écran de fumée et nous rendre confus dans nos recherches. Il est temps de démystifier tout ça.

Les températures indiquées par les fabricants

A la base d’un sac de couchage, il y a une température optimale de fonctionnement. Les constructeurs fournissent généralement trois températures sur leurs sacs de couchage. Il y a d’abord la température de confort, qui est la température minimale à laquelle vous vous sentirez encore à l’aise dans le sac. Puis la température limite de confort, celle en-dessous de laquelle ça va commencer à faire un peu frisquet (mais vous pouvez toujours dormir sans crainte, voire de manière confortable si vous vous habillez un peu) et la température extrême, qui est la température minimale d’utilisation du sac de couchage si vous êtes un alpiniste des années 50… La comparaison entre les sacs devrait donc être facile, mais c'est sans compter sur les normes de mesure de ces températures, pouvant être différentes d’une marque à une autre.

 

Pour ma part, je fais le tri en prenant en compte la température de confort, et je vérifie vite fait qu’elle ne soit pas farfelue en regardant la quantité d’isolant utilisé par le fabricant. Donc, dans la suite, quand je vous écris "prendre un sac pour une température de 0°C", je sous-entends la température confort.

Duvet ou synthétique?

Le principe d’un sac de couchage est de vous isoler au mieux de l’air extérieur, et ainsi laisser votre corps réchauffer la couche d’air emprisonné dans le sac de couchage. Tout comme pour les doudounes, l’isolant utilisé peut être soit en duvet, soit en synthétique. Les kits de matos montrent que j’ai opté uniquement pour les sacs en duvet. Le gros inconvénient du duvet est de ne pas supporter l’humidité, qui dégrade son pouvoir gonflant. Mais il est assez facile de protéger un sac de couchage du contact avec l’eau. En tout cas, plus qu'une doudoune!

Les duvets

Si vous n’êtes pas allergiques aux plumes d’oies (meilleur gonflant) ou de canard (moins chères et plus robustes), les sacs en duvet sauront vous apporter une isolation efficace tout en étant plus légers et plus compressibles que les sacs synthétiques.

 

Le duvet peut avoir plusieurs qualités, quantifiées généralement en Fill Power, dont l’unité est le CUIN. Plus le CUIN est élevé, et plus le duvet occupe de l’espace, gage de chaleur pour vous. Le seul hic, c’est que la mesure de ce CUIN peut suivre plusieurs normes, dont les plus connues sont les normes IFDB, EU et US. Si vous comparez plusieurs sacs entre eux, faites alors attention à ce que les mesures de CUIN soient toutes exprimées dans la même norme. Quant à moi, je parle en IFDB.

 

La qualité du duvet bourré dans les sacs du marché débute généralement autour de 600-650 CUIN, pour atteindre sur les produits haut de gamme 850 CUIN. 1000 CUIN existent, mais cette qualité est pour le moment réservée à certaines doudounes.

 

En multipliant la masse en grammes de duvet utilisé par sa qualité, vous obtenez un indice de chaleur. Vous pouvez ainsi comparer deux produits ayant des quantités et des qualités différentes de duvet. Un sac de couchage contenant 450 grammes de duvet de 650 CUIN sera ainsi plus chaud qu’un sac contenant 300 grammes de duvet de 850 CUIN.

 

Le duvet de 650 CUIN a la réputation d’être plus durable que celui de 850 CUIN. Reste que les produits les plus intéressants du côté ratio masse/chaleur sont ceux aux CUIN élevés…

 

Le duvet est l’assemblage de plumes et de plumettes, dont la répartition est donnée sous une forme du type « 90/10 », soit 90 % de plumes et 10 % de plumettes. Je ne vais pas vous surprendre en vous disant que plus il y a de plumes, et meilleure sera l’isolation, même si la présence des plumettes est importante pour bien espacer les plumes et avoir un gonflant homogène.

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Plumes et plumettes – Crédits FAO

De plus en plus de fabricants proposent également un traitement hydrophobique du duvet, augmentant considérablement (forcément, quand on part de presque rien) sa résistance à l’humidité. Mais ce traitement disparaît avec les lavages.

 

Enfin, dernier point à prendre en compte : la construction du sac de couchage. Les coutures et le cloisonnement du duvet vont créer des ponts thermiques, c’est-à-dire des zones où seul le tissu vous isole de l’air froid. Peu de constructeurs communiquent dessus, et le meilleur conseil que je puisse vous donner est de vous orienter vers des marques reconnues de matos de montagne.

Les synthétiques

Dans le cas d’un isolant synthétique, le principe est de prendre des fils de polyester et de les tordre afin d’obtenir une plume en plastique. Le gros avantage de cette plume en plastique sur la plume naturelle est que son pouvoir gonflant n’est pas ou peu sensible à l’eau. L’occasion pour les grandes marques de nous proposer un sac de couchage qui sera chaud même sous une pluie diluvienne. Je vous préviens tout de suite, il ne faut pas rêver non plus.

 

Ici, plus question de CUIN : les fabricants parlent plutôt de grammage par mètre carré, avec dans l’idée que plus le g/m² est élevé, et plus l’isolant sera efficace. Les chiffres vont de 40 à plus de 120 g/m², mais je vous conseille de privilégier ceux allant au-dessus de 80, gage d’un sac bien isolant.

 

Je ne vais pas lister tous les isolants disponibles sur le marché, il y en a des tonnes. Mais parmi ceux qui sortent du lot, on retrouve les PRIMALOFT Gold et Silver, les 3M Cirrus, Thermoball de THE NORTH FACE et Thermal Q Elite de MOUNTAIN HARDWEAR.

 

En général, j’évite ce type de sac de couchage car, bien qu’ils soient moins chers que ceux en duvet, ces sacs sont bien moins endurants. De mon expérience, l’isolant synthétique s’écrase en fil du temps et le sac perd petit à petit son pouvoir gonflant, et donc son pouvoir d’isolation.

Les tissus utilisés

Ce n’est pas le tout d’utiliser un isolant de qualité, encore faut-il que l’enveloppe en tissu soit à la hauteur.

 

La robustesse du tissu et sa respirabilité sont généralement antagonistes. Un tissu dense, avec un grammage par mètre carré (g/m²) élevé résistera plus efficacement aux agressions extérieures mais sera moins respirant. Un tissu dense participera alors à l’effet cocotte-minute, en n’évacuant que difficilement la vapeur d’eau que votre corps génère. Un tissu moins dense sera également plus compressible.

 

La plupart des marques font confiance au fournisseur PERTEX, et les tissus Quantum, Quantum GL (20 % plus léger que le Quantum mais moins résistant) et Endurance (robuste et résistant aux projections d’eau) sont les plus largement diffusés.

Les sacs de couchage retenus pour les kits de matos :

Si vous regardez le positionnement des kits, je considère trois intervalles de températures :

 

  • La zone entre 15 et 5°C de température moyenne (et encore 15, c’est pour mettre un maximum…) dans lequel on retrouve les kits Starter, Bivouac, Islande et l'extension Trail
  • La zone entre 5 et -5°C, dans lequel on retrouve le kit Navarino
  • La zone entre -5 et -15°C dans lequel on retrouve le kit Polaire

 

Comme ce sont des températures moyennes, qu’il fait plus froid la nuit et que, normalement, on dort la nuit, les températures à considérer pour les sacs de couchage doivent être inférieures. Du coup, pour les kits Bivouac et Islande, je recommande un sac badgé 0°C, pour Navarino, un sac badgé -10°C et pour Polaire, un sac badgé -25°C.

Les kits Bivouac et Islande

Dans le kit Bivouac, je vous propose le Mysterious Traveler 500 de la marque polonaise CUMULUS. Cette marque est peu connue en France, mais propose des duvets robustes et bien conçus, avec du duvet de qualité. Le Mysterious Traveler 500 embarque 500 grammes de duvet 700 CUIN (norme IFDB), le tout pour une masse inférieure au kilogramme. Le seul hic est la taille du sac, et si vous faîtes plus de 1m80, il faudra contacter CUMULUS pour avoir une version longue (+30 euros).

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Mysterious Traveler 500 – Crédits CUMULUS

En alternative, vous avez également le CUMULUS Lite Line 300, qui est plus léger (640 grammes), avec moins de duvet (300 grammes) mais de meilleure qualité (850 CUIN, norme IFDB). Il est moins chaud que le Mysterious Traveler 500, mais si vous n’êtes pas frileux ou que vous comptez ne randonner que dans des pays chauds, il peut faire l’affaire.

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Lite Line 300 – Crédits CUMULUS

Ça, c’est pour la version dite économique. Si maintenant vous avez plus de pépètes, je ne peux que vous conseillez de partir sur le Panyam 450 de CUMULUS. En réduisant la quantité de duvet de 50 grammes, mais en utilisant un duvet de 850 CUIN au lieu des 700 du Mysterious Traveler 500, le Panyam 450 est plus léger et plus isolant de 9 %.

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Panyam 450 – Crédits CUMULUS

Je conseillais auparavant le Mirage ¾ de VALANDRE. VALANDRE est un fabricant de doudounes et de sacs de couchage en duvet du sud-ouest de la France, dont la réputation n’est plus à refaire. Leurs produits sont haut de gamme et ils ne s’en cachent pas, affichant avec une petite étiquette sur l’emballage indiquant qu’il n’est pas possible de mettre un prix sur la qualité… Bah tiens. Mais il est vrai que le Mirage ¾ est une petite merveille : plus léger que le Mysterious Traveler 500 de 100 grammes (en taille M. 100 grammes, c'est presque un saucisson en plus dans le sac à dos !), et pourtant plus chaud avec ses 365 grammes de duvet en qualité 800 CUIN selon la norme EN, soit plus de 900 CUIN si on fait l’équivalence avec la norme IFDB. De quoi dormir tranquille à 0°C, tout en restant avec une masse inférieure à 800 grammes. Je l’ai néanmoins retiré de mon kit car il est très ample et l’absence de collerette peut être vue comme un défaut.

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Mirage 3/4 – Crédits VALANDRE

L’extension Trail

Difficile que de proposer un sac de couchage pour partir courir en itinérance. Le mieux reste quand même de trouver des treks avec des refuges ou des lodges le long du parcours, afin de ne pas avoir à emporter matelas, bivy et sac de couchage. Après, on ne va pas se le cacher, c’est quand même plus sympa quand on court au milieu de nulle part.

 

Dans ce cas-là, il faut que le triplé sac de couchage, bivy et matelas soit le plus compact et le plus léger possible. Car il va falloir trouver de la place pour l’eau et la nourriture.

 

La solution la plus économique est de reprendre le sac de couchage du kit Bivouac. Ça marchera très bien, le sac étant très compressible et léger. Ce qui me gêne en revanche, c’est qu’on risque d’endommager ce super sac. En effet, dormir en bivy, c’est le risque de déchirer le tissu extérieur du sac et de pourrir l’intérieur avec de la sueur qui a coulé en abondance toute la journée.

 

Afin de limiter alors au maximum la masse et le volume occupé par le sac de couchage dans le sac à dos, je pars sur un quilt. Il s’agit d’un sac de couchage auquel on a enlevé la capuche, ainsi que l’isolant sur la zone en contact avec le matelas. Assez radical pour diminuer la masse sans trop taper sur le pouvoir isolant. Après, il faut juste un très bon matelas, et ça tombe bien, c’est notre cas.

 

Le quilt dans l’extension trail est le CUMULUS Quilt 250, contenant 250 grammes de duvet de 850 CUIN. Je me répète, mais je n’ai pas d’actions chez CUMULUS. C’est juste que peu de fabricants proposent des quilts, et encore moins des quilts à des prix raisonnables. Vous pouvez utiliser le quilt avec la doudoune de la liste pour faire face aux températures proches de zéro. Si après il fait trop froid durant la nuit, le mieux est de courir pour se reposer plus tard.

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Quilt 250 – Crédits CUMULUS

Le kit Navarino

Dans le kit Navarino, je vous propose de rester chez CUMULUS avec le Teneqa 700. Il s’agit d’un sac de couchage avec une charge de 700 grammes de duvet de qualité 850 CUIN (norme IFDB). Avec une masse parmi les plus basses du marché et une qualité de fabrication au top, le positionnement prix est très attractif ! Même si vous devez voir avec CUMULUS pour allonger le sac. Si vous n’avez pas envie de passer commande directement chez CUMULUS, allez faire un tour sur Aventure Nordique. Le petit plus avec ce sac est le zip intégral, qui vous permettra de mettre le Mirage ¾ dedans pour aller encore plus bas en température.

 

En alternative, vous pouvez envisager le VALANDRE Bloody Mary, qui sera plus cher et plus lourd, et théoriquement moins performant en température que le CUMULUS avec ses 620 grammes de duvet de qualité 800 CUIN (norme EN, qui je le rappelle, est plus strict que la norme IFDB). Ce sac de couchage bénéficie néanmoins d’une qualité de construction supérieure, et il est possible de choisir sa collerette en fonction des conditions du trek. Le tissu utilisé est également plus robuste que celui du Teneqa 700.

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Teneqa 700 – Crédits CUMULUS

Le kit Polaire

Encore une fois, c’est un CUMULUS que je vous propose pour le kit Polaire : le sac Excuistic 1 200, avec 1.2 kilos de duvet en qualité 850 CUIN (norme IFDB) traité hydrophobe. Pour avoir ce duvet traité, il suffit d’envoyer un email à CUMULUS et indiquer cette requête. Bien sûr, le sac est plus cher que le prix indiqué sur le site, j’ai par exemple acheté ce sac 667 euros début 2016 (frais de port compris). Je suis trop fan de ce sac. Il est beau d’abord, très très chaud ensuite, et résiste bien à l’humidité grâce au duvet et à son tissus Pertex déperlant.

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Excuistic 1 200 – Crédits CUMULUS

En alternative, pas le choix, je vais faire le gros bourrin et vous recommander le VALANDRE Thor Neo. Alors, on a 1.25 kilogrammes de duvet de qualité 800 CUIN (norme EN) pour une masse de 1.9 kilogrammes. Ma femme l’a, et je dois avouer, c’est un peu la Rolls Royce des sacs de couchage. Il est même suffisamment large pour dormir en combinaison en duvet dedans. Moins efficace lorsque l’humidité rode, il est plus performant en température et plus robuste que le CUMULUS. Quant au prix, c’est presque une honte de devoir mettre autant dans un sac de couchage :p

 

En seconde alternative, vous pouvez combiner le Panyam 450 et le Teneqa 700, mais à conditions qu’il ne fasse pas trop froid non plus. Même en additionnant les quantités, vous aurez moins de duvets qu’avec les sacs proposés ci-dessus. Les plumes seront également légèrement compressées et perdront en performance d’isolation. Mais je pense qu’il est possible d’avoisiner une nuit à -15°C avec cette combinaison.

 

Enfin, il est également possible pour les très grands froids de booster l’Excuistic 1 200 en le recouvrant du Teneqa 700, dont vous aurez au préalable ouvert le zip en grand.

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