Comment choisir une doudoune

Romain Mouton | 25 octobre 2016

S’il y a bien une chose immuable en montagne, c’est qu’on se les caille assez souvent. Même l’été ! Comme quoi, les copains nous disant qu’on fait un sport débile et qu’on ferait mieux de se mettre au tennis, ils ont peut-être raison… Mais les fabricants de vêtements ont pensé à nous (enfin, surtout à notre compte en banque) et proposent des polaires et des doudounes pour nous réchauffer. On peut alors rétorquer aux copains, que le tennis, c’est un peu un sport de ***.

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On est quand même mieux là qu’à taper dans la baballe

Le vêtement qui aime quand vous ne bougez pas

La grande différence entre la polaire et la doudoune, c’est que la première vous permet d’avoir chaud quand vous produisez un effort (dynamique), alors que la seconde est prévue pour vous réchauffer quand vous êtes à l’arrêt (statique). Après rien ne vous empêche d’avoir une grosse polaire pour les pauses, je ne suis pas un dictateur non plus. Reste que la doudoune est quand même plus chaude et moins lourde.

 

Une doudoune, c’est simple, c’est comme un mini sac de couchage où vous êtes libres de vos bras. Les points communs sont nombreux, à commencer par le prix. Pas question de partir avec le porte-monnaie, vous partiriez trop léger au magasin. Prenez plutôt le portefeuille avec la CB dedans… Plus sérieusement, les technologies sont très proches, et les marques vendant des sacs proposent très souvent des doudounes.

Duvet ou synthétique ?

Tout comme pour les sacs de couchage, l’isolant de la doudoune peut être soit en duvet, soit en synthétique. Les kits de matos montrent que j’ai opté pour les deux technologies. Le gros inconvénient du duvet est de ne pas supporter l’humidité, qui dégrade son pouvoir gonflant. Alors qu’il est facile de protéger un sac de couchage du contact avec l’eau, il l’est déjà moins avec la doudoune, car on va la porter en dehors de la tente, histoire de manger ce super sandwich à la rillette et au beurre bien au chaud.

Les duvets

Si vous n’êtes pas allergiques aux plumes d’oies (meilleur gonflant) ou de canard (moins chères et plus robustes), les doudounes en duvet sauront vous apporter une isolation efficace tout en étant plus légères et plus compressibles que les doudounes synthétiques.

 

Le duvet peut avoir plusieurs qualités, quantifiées généralement en Fill Power, dont l’unité est le CUIN. Plus le CUIN est élevé, et plus le duvet occupe de l’espace, gage de chaleur pour vous. Le seul hic, c’est que la mesure de ce CUIN peut suivre plusieurs normes, dont les plus connues sont les normes IFDB, EU et US. Si vous comparez plusieurs doudounes entre elles, faites alors attention à ce que les mesures de CUIN soient toutes exprimées dans la même norme. Quant à moi, je parle en IFDB.

 

La qualité du duvet bourré dans les doudounes du marché débute généralement autour de 600-650 CUIN, pour atteindre sur les produits haut de gamme 850 CUIN. Des duvets de 1000 CUIN sont l’apanage du très haut de gamme, et utilisés à ma connaissance que pour des vestes hors de prix de PATAGONIA (plus proposées à la vente) et RAB (Zero G Jacket).

 

En multipliant la masse en grammes de duvet utilisé par sa qualité, vous obtenez un indice de chaleur. Vous pouvez ainsi comparer deux produits ayant des quantités et des qualités différentes de duvet. Une doudoune contenant 450 grammes de duvet de 650 CUIN sera ainsi plus chaude qu’une doudoune contenant 300 grammes de duvet de 850 CUIN.

 

Le duvet de 650 CUIN a la réputation d’être plus durable que celui de 850 CUIN. Reste que les produits les plus intéressants du côté ratio masse/chaleur sont ceux aux CUIN élevés…

 

Le duvet est l’assemblage de plumes et de plumettes, dont la répartition est donnée sous une forme du type « 90/10 », soit 90 % de plumes et 10 % de plumettes. Je ne vais pas vous surprendre en vous disant que plus il y a de plumes, et meilleure sera l’isolation, même si la présence des plumettes est importante pour bien espacer les plumes et avoir un gonflant homogène.

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Plumes et plumettes – Crédits FAO

De plus en plus de fabricants proposent également un traitement hydrophobique du duvet, augmentant considérablement (forcément, quand on part de presque rien) sa résistance à l’humidité. Mais ce traitement disparaît avec les lavages.

 

Enfin, dernier point à prendre en compte : la construction de la doudoune. Les coutures et le cloisonnement du duvet vont créer des ponts thermiques, c’est-à-dire des zones où seul le tissu vous isole de l’air froid. Peu de constructeurs communiquent dessus, et le meilleur conseil que je puisse vous donner est de vous orienter vers des marques reconnues de matos de montagne.

Les synthétiques

Dans le cas d’un isolant synthétique, le principe est de prendre des fils de polyester et de les tordre afin d’obtenir une plume en plastique. Le gros avantage de cette plume en plastique sur la plume naturelle est que son pouvoir gonflant n’est pas ou peu sensible à l’eau. L’occasion pour les grandes marques de nous proposer une veste qui sera chaude même sous une pluie diluvienne. Je vous préviens tout de suite, il ne faut pas rêver non plus.

 

Ici, plus question de CUIN : les fabricants parlent plutôt de grammage par mètre carré, avec dans l’idée que plus le g/m² est élevé, et plus l’isolant sera efficace. Les chiffres vont de 40 à plus de 120 g/m², mais je vous conseille de privilégier ceux allant de 80 à 120 g/m², gage d’une doudoune avec un bon ratio isolation/respirabilité.

 

Je ne vais pas lister tous les isolants disponibles sur le marché, il y en a des tonnes. Mais parmi ceux qui sortent du lot, on retrouve les PRIMALOFT Gold et Silver, les 3M Cirrus, Thermoball de THE NORTH FACE et Thermal Q Elite de MOUNTAIN HARDWEAR.

 

En général, j’évite ce type de doudounes car, bien qu’elles soient moins chères que celles en duvet, elles sont bien moins endurantes. De mon expérience, l’isolant synthétique s’écrase en fil du temps et la doudoune perd petit à petit son pouvoir gonflant et donc son pouvoir d’isolation.

 

Reste qu’on peut difficilement s’en passer lorsque les températures sont proches de zéro. En effet, à ces températures, la météo fait l’aller-retour entre pluie et neige, et les doudounes en duvet sont trop épaisses pour ces températures pour pouvoir être porter sous une hardshell sans être compressées. L’isolation synthétique s’impose dans ce cas-là.

Les tissus utilisés

Ce n’est pas le tout d’utiliser un isolant de qualité, encore faut-il que l’enveloppe en tissu soit à la hauteur.

 

La robustesse du tissu et sa respirabilité sont généralement antagonistes. Un tissu dense, avec un grammage par mètre carré (g/m²) élevé résistera plus efficacement aux agressions extérieures mais sera moins respirant. Un tissu dense participera alors à l’effet cocotte-minute, en n’évacuant que difficilement la vapeur d’eau que votre corps génère. Un tissu moins dense sera également plus compressible.

 

La plupart des marques font confiance au fournisseur PERTEX, et les tissus Quantum, Quantum GL (20 % plus léger que le Quantum mais moins résistant) et Endurance (robuste et résistant aux projections d’eau) sont les plus largement diffusés.

Les doudounes retenues pour les kits de matos

A travers les listes que je vous propose, vous pouvez vous rendre compte que ma stratégie d’équipement passe par trois modèles de doudounes : une micro-doudoune pour les listes Starter, Bivouac et Islande, une doudoune synthétique pour le kit Navarino et une grosse doudoune d’expédition pour le kit Polaire. Le tout avec bien sûr une grosse doudoune plus chaude que la doudoune synthétique, à son tour plus chaude que la micro-doudoune.

La micro-doudoune

Les températures prévues dans les listes de matériel Starter, Bivouac et Islande ne sont pas très froides, et la doudoune ne sert dans le cas présent qu’à alléger le sac à dos en évitant de prendre une polaire supplémentaire pour les moments de repos. 5°C, quand on marche, ce n’est pas très dur. Par contre, ne rien faire à cette température, c’est être sûr de se les peler.

 

Quant aux précipitations, je prévois un matériel pouvant voir la totale dans ces listes : pluie, orage, vent, voire neige fondue, il faut que la doudoune puisse absolument passer sous une veste de protection pour être préservée de l’humidité. Car oui, la doudoune doit être en duvet, les doudounes en synthétiques dans cette gamme d’usages n’ayant pas un ratio masse/isolation suffisamment compétitif face à la polaire supplémentaire. Bon, je ne vous cache pas que la doudoune sous la veste L.I.M. d’HAGLOFS (veste de la version économique de Starter), ça ne sera pas forcément l’optimum…

 

Le cahier des charges est alors le suivant : un maximum d’isolation pour moins de 330 grammes (la masse d’une polaire), en duvet, pour un prix contenu car on ne roule pas sur l’or.

 

Dans la catégorie économique, j’ai retenu la Full Down de QUECHUA. Quand DECATHLON propose un produit, c’est généralement difficile de faire mieux niveau qualité/prix.

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Full Down de Quechua – Crédits DECATHLON

Pour les versions standards, il n’y a pas grand monde capable de rivaliser avec les doudounes Incredible de CUMULUS (marque connue aussi pour ses sacs de couchage). A noter qu’il est possible d’opter pour une version plus robuste sur le site du fabricant, la Incredible Endurance, utilisant du PERTEX Endurance à la place du Quantum comme tissu extérieur.

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Incredible Jacket – Crédits CUMULUS

La doudoune synthétique

Les températures moyennes auxquelles doit faire face la liste de matos Navarino demande une doudoune plus isolante que la micro-doudoune ci-dessus, et il devient alors impossible de la porter sous la hardshell au risque de la compresser, et de perdre ainsi en isolation. Et comme les températures ne sont pas non plus extrêmes, il faut prévoir une doudoune qui ne craint pas l’eau.

 

Les doudounes synthétiques n’étant pas très durables, et avec un ratio masse/isolation plutôt bas, on pourrait avoir l’idée de prendre une petite doudoune synthétique à porter au-dessus de la micro-doudoune. J’y vois deux points négatifs. Tout d’abord, la masse de l’ensemble, qui sera plus lourd qu’une solution à doudoune unique. Et ensuite, l’économie toute relative, les doudounes synthétiques et plus polyvalentes n’étant différentes que de quelques dizaines d’euros pour un prix de base autour de 200 euros. Alors quitte à investir, autant le faire de manière intelligente et maximiser le ratio isolant/euros.

 

Le cahier des charges est alors le suivant : un maximum d’isolation (au moins supérieur à la micro-doudoune) pour une masse inférieure à 700 grammes (la masse de la micro-doudoune couplée à une petite doudoune synthétique) et un prix contenu, faisant appel à un isolant synthétique.

 

La solution que j’ai retenue est la RAB Photon X Jacket, une doudoune utilisant un PRIMALOFT Gold de 100 g/m² au niveau du dos et du torse, et de 60 g/m² au niveau de la capuche et des manches. Elle n’est pas donnée, mais c’est le prix de la qualité RAB, une marque reconnue pour ses doudounes.

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Photon X Jacket – Crédits RAB

En alternative, vous avez également la Ice Guide de MONTANE qui est intéressante, mais elle embarque un PRIMALOFT Silver en lieu et place du Gold de la RAB. Possibilité de se faire livrer en France depuis le site anglais.

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Ice Guide - Crédits MONTANE

La grosse doudoune

Cette fois-ci, nous ne sommes normalement plus embêtés par la pluie, et je peux à nouveau partir sur un rembourrage en duvet.

 

En revanche, cette doudoune est le premier rempart contre les agressions extérieures. Même si vous n’allez pas vous frotter le dos contre les rochers, une mauvaise manip’ et la déchirure n’est pas loin. Et une fois un trou dans votre belle doudoune, les plumes et plumettes vont en profiter pour foutre le camp. C’est donc PERTEX Endurance obligatoire. Voir mieux, un PERTEX Shield coupe-vent.

 

Certaines marques de référence nous expliquent qu’elle n’utilise pas de membrane pour ses produits, car la vapeur d’eau s’échappant du corps et passant à travers la doudoune va geler une fois en contact avec la membrane refroidie par l’air extérieur, et ainsi boucher les pores nécessaires à la respirabilité du produit. Ça se tient, mais je préfère avoir une doudoune qui ne respire pas quitte à avoir trop chaud, plutôt qu’une doudoune trempée à cause d’une erreur de dextérité avec une gourde ou une gamelle d’eau qui viendra détruire l’isolation. Et à ces températures, ça n’est pas franchement drôle. Si on peut alors avoir une membrane donc, banco pour moi.

 

De même, quitte à se protéger un maximum de l’eau provenant de la neige fondant au contact de la doudoune ou d’une erreur, autant également privilégier un duvet traité hydrophobe.

 

Le cahier des charges est alors une doudoune en duvet traité hydrophobe, si possible avec membrane, plus isolant que la doudoune synthétique du kit Navarino. La masse importe peu puisque le matériel est porté par la pulka, mais on va essayer de trouver une pas trop lourde non plus pour pouvoir l’utiliser durant une expédition en haute altitude. Les combinaisons intégrales étant l’ultime solution d’isolation et pesant 2 kilos, il faut que la doudoune soit plus légère.

 

Du coup, à un prix défiant toute concurrence, on part encore une fois chez RAB (enfin, vous pouvez aller voir chez PATAGONIA, mais c’est beaucoup plus cher) avec la Batura. On retrouve un tissu extérieur en PERTEX Shield, 455 grammes en duvet de 800 CUIN traité hydrophobe, et un look de mangeur de montagnes.

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Batura Jacket - Crédits RAB

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