Comment choisir sa tente

Romain Mouton | 24 mars 2017

Vous avez attrapé le goût de la randonnée en autonomie et vous souhaitez maintenant investir dans une tente pour aller encore plus loin ? Je vais tenter de vous expliquer ici comment bien choisir sa tente. Mais avant cela, prenons juste le temps de regarder ce que nous avons comme abri possible sur le marché. Car il n’y a pas que la sacro-sainte tente comme solution, il y a également les plus économiques tarp et bivy.

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L'un de mes meilleurs bivouacs en Finlande avec une MSR Fury, par -10°C

C'est quoi votre type ?

Le bivy est la solution la plus légère et la plus simple à utiliser puisqu’il s’agit d’un sursac imperméable et respirant (normalement) dans lequel on enfile son sac de couchage. Seul vous et votre sac de couchage sont alors protégés de la pluie et du vent, et il faudra trouver une solution pour votre sac à dos.

 

Le tarp est une toile que l’on place au-dessus du sac de couchage en fonction de l’orientation du vent et du terrain. Cette solution est plus légère que la tente et permet d’observer ce qu’il se passe autour de soi, tout comme d’observer le ciel étoilé la nuit. Il faut juste avoir le coup de main pour savoir l’installer rapidement, et le sol n’est pas protégé. Il ne faudrait pas non plus que le vent tourne dans la nuit.

 

La tente est la solution la plus confortable, puisque vous avez un toit, des murs et un sol protégés. L’avantage est d’avoir une chambre à l’abri des regards et protéger des éléments. Les inconvénients sont qu’elle est plus lourde qu’un tarp ou un bivy.

La condensation, l’ennemie du trekkeur

La condensation est, techniquement, du au contact de l’air chaud avec une toile plus froide, venant alors transformée la vapeur d’eau contenue dans cet air chaud, en gouttelettes. Concrètement, c’est de l’eau à l’intérieur de votre toile de protection qui va venir nous emmerder.

 

Le tarp est le type d’abri le moins sensible à cette condensation car il est très facile de faire circuler de l’air à l’intérieur de l’abri, et donc d’évacuer cet air chaud. A contrario, le bivy est le plus sensible à la condensation puisque l’air ne circule quasi pas. Il faudra dans ce cas faire très attention à la qualité du tissu, en vérifiant son imperméabilité et sa respirabilité.

 

La tente souffle le chaud et le froid face à la condensation. Les tentes mono-toit (ou simple toit) ne disposent que d’une toile de protection, les rendant sensibles à la condensation, d’autant plus que l’eau va ruisseler de la toile au plancher. Il va falloir alors faire très attention à la qualité des bouches d’aérations, et s’assurer que l’air puisse bien circuler dans la tente pour éviter d’être mouillé. Les tentes doubles-toits n’ont pas ce problème puisqu’elles disposent d’une toile intérieure (le plus souvent en moustiquaire) reliée au plancher, et d’une toile extérieure où l’eau peut ruisseler à même le sol. Les tentes doubles-toit permettent ainsi de réduire le recyclage de l’air chaud et d’avoir un peu d’isolation thermique.

 

Mais alors pourquoi il existe des tentes mono-toit ? Pour réduire LA caractéristique d'une tente : sa masse ! Les tentes à simple paroi sont plus légères que les doubles toits, et sont souvent utilisées par les alpinistes dans leurs ascensions.

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Une moustiquaire pour la toile intérieure est la meilleure alliée face à la condensation

A l'assaut du surpoids

Vous constaterez assez vite dans vos recherches en magasin, la masse de la tente détermine le plus souvent son prix. Mais la règle de base est de ne pas avoir une tente dont la masse par personne dépasse 1 kg (donc 2 kg pour une tente 2 personnes) pour une tente trois saisons.

 

Car oui, une autre caractéristique d’une tente est sa capacité à résister aux éléments. On parle dans ce cas-là de saisons, avec des tentes allant de 1 saison (à fuir) à 4 saisons. Une tente 1 saison est conçue pour être utilisée l’été, 2 saisons, printemps et été, 3 saisons, printemps, été et automne et 4 saisons toute l’année, même l’hiver.

 

Dans le cas du trek, nous devons privilégier les 3 saisons qui ont des comportements plus sains face à la pluie et qui savent gérer quelques coups de vent. Les 4 saisons vont apporter une résistance plus forte au vent et seront même capable de rester debout avec de la neige sur le toit. Les différences d’un point de vue conception sont le plus souvent une tente intérieure non plus seulement composée de moustiquaire, mais aussi de tissus pleins, et des arceaux formant une structure plus solide.

 

Tant que l’on parle de structure, vous pouvez voir apparaître l’expression de tente autoportante durant vos recherches. Cela veut simplement dire que la tente tient debout sans avoir besoin de planter les sardines. Ces tentes sont souvent plus résistances au vent, et également plus simple à nettoyer au démontage, puisqu’il suffit de la lever et de la secouer pour vider la poussière.

Montage et habitabilité

Sur certaines tentes double toit, il est possible de monter la tente intérieure après la tente extérieure, l’argumentaire consistant à nous faire croire qu’ainsi, la tente intérieure n’est pas trempée. Je n’ai jamais possédé de tentes de ce type, mais je n’ai jamais eu de problèmes à monter sous la pluie. Avec l’expérience, le montage est rapide et une serviette microfibre peut venir réparer les éventuels dégâts. Sinon, et si le temps le permettait, j’attendais juste que ça passe. Par contre, pouvoir ne monter que la tente intérieure est un vrai plus, surtout quand les nuits sont sèches et chaudes.

 

Il faut faire attention à la forme de la tente, pour avoir suffisamment de place pour vivre dedans. Prévoyez les cas où vous passerez une journée entière enfermé(e )si le temps est trop patagonien. Une ou deux absides (zone de dégagement entre les deux toiles au niveau des portes) pour les tentes double toit permettent de se faire à manger en réduisant le risque de foutre le feu à sa tente (mais pas en l’annulant) et de stocker des chaussures boueuses à l’extérieur de la toile intérieure. Si vous comptez acheter une tente pour un parcours de plusieurs semaines, pensez à l’option de prendre une tente plus grande pour avoir de la place et pour ne pas péter un câble trop vite.

 

La robustesse des zips est un détail à regarder de près. Il faut qu’il puisse tenir dans le temps, et surtout, faire face aux basses températures, qui ont tendance à dégrader leur performance. Rien de tel que de se déplacer en magasin pour se faire un avis sur la question.

 

Attention également à la robustesse des sardines, celle de DECATHLON résistant assez mal à l’utilisation de pierres comme marteaux. Pour ma part, je privilégie celles en croisillons (comme celle de dessous par exemple), qui plus lourdes certes, mais qui permettent de réduire le nombre de pièces de rechange.

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La violette est une à croisillon

Imperméabilité et tissus

Quand on a de la chance, les fabricants précisent les capacités d’imperméabilité et de respirabilité de leur produit.

 

L’imperméabilité, c’est-à-dire la capacité à ne pas laisser passer l’eau à travers le tissu, est le plus souvent exprimé en mm. Il s’agit en fait de la hauteur de colonne d’eau que l’on peut poser sur le tissu (donc la pression d’eau) avant que celui-ci ne fuit. Une autre unité utilisée est le Schmerber, qui vaut en fait un mm de colonne d’eau. Concrètement, les valeurs minimales à considérer pour une bonne tente sont de 1200 mm pour la toile et de 3000 mm pour le sol. Mais attention, toutes les valeurs de hauteur d’eau ne se valent pas, les mesures ne suivant pas forcément le même mode opératoire entre les fabricants. Les tentes JAMET peuvent ainsi avoir un double-toit avec une imperméabilité de 3000 mm d’eau, mais avoir un comportement sous la pluie moins bon que les tentes MSR limitées à 1200 mm.

 

La technique d’imperméabilisation peut également expliquée les différences de comportement sous la pluie. En gros, les fabricants utilisent actuellement deux méthodes : appliquer un enduit (comme de la peinture si vous voulez) sur la toile basée soit à partir de silicone, soit à partir de polyuréthane (PU). Le silicone est plus cher que le PU, sèche un peu moins vite mais il est beaucoup plus durable et résistant. Le PU en revanche a le mérite de ne pas se déformer : en effet, il faut souvent retendre les toiles en silicone une heure après avoir monté la tente.

 

Dernier point sur les tissus, vous allez voir souvent le terme de RipStop apparaître, suivi d’un truc du genre 20D. Le RipStop est une technique consistant à renforcer le tissu en intégrant un maillage avec des fils plus résistants (généralement du nylon). L’avantage, c’est de pouvoir garder une toile légère sans trop sacrifier la robustesse. Le RipStop permet aussi d’éviter que les trous ne s’agrandissent. Le 20D signifie que les fils utilisés pour le RipStop ont une masse linéaire de 20 deniers. Plus le nombre devant le D est gros, et plus la résistance du RipStop sera importante. C’est d’ailleurs pour cela que la toile de plancher a souvent un tissu RipStop plus fort que celui de la toile.

Les conseils pour choisir

Bon, et concrètement, comme ça se passe ? Premièrement, décidez le nombre de personnes que vous souhaitez, ainsi que la période de l’année. A partir de ce cahier des charges, il suffit de trouver la tente avec le maximum de résistance (tissus RipStop, imperméabilité supérieure à 1200 mm pour la toile et 3000 mm pour le sol) ou avec un poids minimum (moins de 1 kg/personne) qui rentre dans votre budget.

 

Le marché est dominé par les tentes MSR, et en possédant quatre, c’est mérité. Ces tentes sont très fonctionnelles, légères et la qualité du service après-vente (pour peu que vous sachiez écrire en anglais) justifie grandement le prix en magasin. Pour la petite histoire, j’ai entre autres la Carbon Reflex 1 de chez eux, dont j’ai cassé des arceaux carbones. Ma faute, j’ai fait de la merde avec. Deux semaines plus tard, ils m’ont renvoyé des pièces de rechange (plus que nécessaire) avec un mot d’excuses.

 

Les tentes BIG AGNES, NEMO et THE NORTH FACE sont également des modèles populaires, et à juste titre. Les modèles de chez DECATHLON ne sont pas très intéressants, même sur leur spécialité, à savoir le rapport qualité-prix. Les tentes JAMET sont assez étonnantes sur ce créneau, mais elles restent assez lourdes.

 

Si le trek vous plaît vraiment, n’hésitez pas à investir. Une tente à 300€, c’est peut-être cher, mais comparé à l’hôtel ou à un camping, elle sera assez vite rentabilisée. Si vous ne souhaitez pas investir autant, vous pouvez toujours jeter un coup d’œil du côté des tarps, généralement moins chers.

 

Sinon, vous pouvez toujours regarder ce que je vous propose dans mes kits.

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Campement avec un MSR Hubba Hubba NX

Les abris retenus dans les kits

Les kits Bivouac et Islande

Si vous êtes dans une phase de découverte du trek, il est peut-être plus prudent de ne pas partir sur un abri très cher au début. Réservé plutôt cet effort d’investissement pour le sac de couchage, qui est à mes yeux une dépense plus critique.

 

Un tarp est la solution la plus économique, mais va vous demander de rogner sur le confort et de faire preuve d’ingéniosité lors du montage. Ce modèle ci par exemple me semble intéressant. N’oubliez pas que dans le cas des tarps, il vous faut généralement une paire de bâtons qui servira d’arceaux.

 

Si perdre en confort, ce n’est pas votre truc, autant rester sur une tente. Le modèle idéal pour débuter est à mes yeux la JAMET Dolomite 4 000. Avec ces deux kilogrammes pour deux personnes, c’est un peu la punition tout seul mais au moins, vous aurez de la place le soir, et mieux vaut mettre au départ les pépettes dans un bon sac de couchage. J’ai possédé cette tente pendant plusieurs années avant de monter en gamme, et je l’ai rarement prise à défaut, même sous la douche écossaise. En revanche, ça reste une tente d’entrée de gamme et il faut bien gérer les ouvertures pour éviter que ça condense de trop à l’intérieur. Elle est également très limite pour ne compter que sur elle lorsque l’on s’éloigne de toute trace de civilisation.

 

Si vous avez envie d’investir, je vous conseille de passer sur des tentes de la marque MSR. Si vous cherchez un modèle une place, regardez la Carbon Reflex 1. Facile à monter, très légère, elle n’en reste pas moins robuste et sait résister aux grosses pluies et aux rafales de vent. Vous pouvez même partir uniquement avec la toile extérieure si vous achetez le tapis de sol adéquat pour aller encore plus loin dans l’allégement. Si vous êtes deux, je vous conseille une référence, la Hubba Hubba NX toujours chez MSR. Vous pouvez même opter pour une extension si jamais vous partez très longtemps ou si vous êtes de jeunes parents. C’est deux modèles sont suffisamment agréables à vivre pour rester toute la journée enfermé(e)(s) dedans en cas de grosses pluies.

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MSR Carbon Reflex 1

L'extension Trail

Avec le peu de place disponible dans le sac à dos, le meilleur abri lorsque l’on court restera le refuge ou le lodge. Pas besoin ainsi de se charger avec un abri et un matelas, voire même avec un sac de couchage.

 

Mais si le parcours l’impose, le meilleur abri dans ce cas de figure est le bivy. La tente est trop lourde et le tarp sera difficile à monter avec des bâtons non réglables en longueur. Il faut s’habituer au bivy, mais avec votre sac à dos en guise d’oreiller, et les affaires déjà protégées par un sac de compression étanche, il est tout de même possible d’envisager une bonne nuit.

 

Le bivy doit être suffisamment large pour pouvoir y placer vous, votre sac de couchage et votre matelas. Il faut qu’il soit à la fois léger et capable d’offrir une protection suffisante pour affronter une pluie fine. Si durant la nuit, la pluie grossit, vous pouvez toujours tout ranger et reprendre le trek en attendant que ça passe. Attention également à la respirabilité du tissu, car le bivy est l’endroit rêvé pour la condensation. Privilégiez les modèles avec une respirabilité supérieure à 10 000 g/m²/24h.

 

Le modèle de bivy que j'ai retenu est le Moonlight de chez TERRA NOVA, un bivy à la fois léger (210 grammes), imperméable et respirant, disposant en plus d'une moustiquaire pour limiter les assaults des insectes. La protection contre ces petits intrus sera néanmoins limitée par le fait que la moustiquaire peut être en contact avec votre peau, laissant le soin à ces vicieuses bestioles de pouvoir exprimer leur talent.

Le kit Navarino

L’abri reste identique à celui des kits Bivouac et Islande, mais je ne vais pas vous le cacher, ils vont commencer à devenir limites aux basses températures. Que ça soit la Carbon Reflex 1 ou la Hubba Hubba NX, elles résistent sans soucis au gel mais les fermetures éclairs seront plus difficiles à manipuler.

 

Des parois pleines à la place des moustiquaires pourraient être un plus pour gagner en thermique, mais je trouve qu’investir dans une nouvelle tente pour ces conditions n’est pas avantageux financièrement. Si vous faîtes attention lors de la manipulation des fermetures éclairs, autant investir dans un bon sac de couchage plutôt que dans une nouvelle tente qui aura une polyvalence limitée.

Le kit Polaire

Oubliez les Carbon Reflex 1 et les Hubba Hubba NX, il va falloir maintenant monter en gamme et avoir une tente avec des parois en tissus plein à la place des moustiquaires, et une ossature permettant de résister aux vents violents et aux chutes importantes de neige.

 

Plusieurs choix s’offrent à vous pour l’ossature de la tente. Vous pouvez opter pour une tente avec des arceaux parallèles comme le propose HELSPORT ou HILLEBERG par exemple, ou pour une structure autoportante.  J’ai moyennement été convaincu par HELSPORT durant mon raid au Spitzberg, et j’opterai plutôt pour une structure autoportante, plus facile à déplacer si l’on doit changer rapidement l’orientation de la tente, et plus robuste à mon sens.

 

Encore une fois, je me tourne du côté de MSR pour vous conseiller la Fury. Pour moi, c’est la tente parfaite, même si l’abside peut sembler petite et qu’il n’y a pas de toile à pourrir. Elle a résisté à des conditions de vent terribles en Islande lors de ma traversée, et ce, sans sourciller, là où la HELSPORT casse des arceaux avec un vent moindre (mais violent quand même). Bon, par contre, c’est sûr, si vous êtes deux dedans, mieux vaut que ça soit un très bon pote ou votre conjoint car ça reste une deux places. Large en été, mais avec tout le matos nordique, les divers rangements seront vites comblés.

 

En guise d’alternatives, j’ai entendu de bons échos de la Trango 3 de MOUNTAIN HARDWEAR et de la VE25 de THE NORTH FACE. Mais ces deux modèles sont plus lourds et plus chers que la Fury de MSR.

 

Je vous conseille également une seconde tente dans ce kit Polaire, qui fera office de salle à manger et de cuisine lorsque vous partez en groupe. Cette tente ne doit pas forcément être très résistante au vent puisque vous n’avez pas besoin de la monter pour dormir. La Twin Sisters de MSR fera parfaitement l’affaire pour quatre personnes à condition que vous creusiez un banc et un fossé de chaque côté pour mettre les pieds.

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Copyright © 2018 Romain MOUTON

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